‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 133 sur 155 · SOS · texte numérisé non relu

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HISTOIRE DE VENISE

siqucs du goûl français , la comédie italienne perdit ce quelle avait de vie et d'originalité, et tomba bientôt en décadence.

Le giovedi grosso (jeudi gras) était une des journées les plus solennelles du carnaval de Venise. C'est ce jour-là qu'avait lieu sur la place Saint- Marc une représentation grotesque et singulière dans le goût naïf et grossier du moyen âge. Cette réjouissance publique était destinée à perpétuer le souvenir d'une aventure arrivée en 1156 au patriarrbe d’Aquilée et à ses douze chanoines, la république avait fait prisonniers le vénérable prélat et tout son chapitre , et ils n'avaient été mis en liberté qu'à la condition que le patriarche enverrait tous les ans à Venise un tribut composé d’un bœuf gras pour lui et de douze cochons pour les chanoines. Or donc le jeudi gras tous les bouchers de la ville, divisés par compagnies et bizarrement accoutrés, se rendaient au palais ducal. Les uns portaient de vieilles hallebardes, les autres de longs sabres rouillés , ceux-ci des piques vermoulues , ceux-là de grands cimeterres turcs de six pieds de long. Arrivés dans une des salles du palais où la Seigneurie était assemblée , ils défdaient gravement devant le doge et les ambassadeurs, qui semblaient les passer en revue. On descendait ensuite sous le portique de la place, où se rangeaient le doge et sa suite ; le bœuf expiatoire était amené, et un des bouchers, s'élançant tout à coup du milieu de ses compagnons, lui abattait la tête, dit-on, d'un seul coup d’épée , aux applaudissements frénétiques de la multitude. Les regards se portaient ensuite vers le campanile du haut duquel douze cochons étaient précipités sur la place, l'un après l'autre, par rang de taille. Dans les derniers temps de la république on avait supprimé cette partie de la cérémonie, et au lieu du sacrifice des cochons on brûlait en plein jour, à deux heures après-midi, un feu d'artifice précédé d'un exercice de gymnastique transcendante. Sur une corde tendue du haut du clocher à la galerie du palais où se tenait le doge, un matelot déguisé en Mercure prenait son vol, et, arrivé devant le doge lui présentait un sonnet et un bouquet en retour desquels il recevait quatre sequins. Mercure remontait ensuite par la même voie daus les régions éthérées '.

Un autre genre de spectacle rappelait les antiques querelles des habitants des deux quartiers de San-Nicolo et de Caslcllo , qui, placés sur les rives opposées du

et de proverbes , elle des auteurs , donne des leçons et des conseils: ample frac, bordé de bleu. — Coviello, Calabrais, est rusé, satirique, observateur , alerte et prêt à tout ; il parle le patois de sa province; veste et culotte de velours noir, à boutons d’argent et richement brodés. Il a pour pondant le lourd et massif Pagliaceio , à la figure enfarinée, au large habit blanc , garni de boutons énormes, et au vaste chapeau; brave en paroles et poltron fieffé, glouton, malicieusement béle, maladroit et b-dourd. N'oublions pas, enfin, le plus illustre de la bande, avec Arlequin , le brave Polichinelle ( puicinello), délieuse charge du caractère national napolitain ; — vif, spirituel , coquet, vaniteux, impudent, colérique; il s’embarque facilement dans de mauvaises affaires, et y gagne souvent des coups; grand amateur de macaroni, paresseux, libertin, et d’un courage très-équivoque.

1. I.o mécanisme h l'aide duquel ce Mercure exécutait son vol périlleux mérite d’ètre rappelé. Il était suspeudu à la corde , dans une position presque horizontale , par des anneaux qui jouaient librement ; h un sign il donné , des mouilles fonctionnant avec rapidité liraient les cordes attachées aux anneaux, et le faisaient monter ou descendre comme s'il eût é.lé porté sur scs ailes.

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