CHAPITRE IV
ClilLLMiONE RECONRAIT L'INDEPENDARCE DE VER1SE. - PREMIERES COBJUÊTEÏ DE LE RtPUBlIQOE,
Consolidation do 1.1 nvpuliliquc. — Les reslcs «lu saint Marc sont transfères à Venise. — Luttes intestines. — Es|KMiitinns contre les pirates. — Les Hongres cherclient i s'emparer de Venise. — Leur défaite — Enlèvement des fiancées vénitiennes. — las Moros1 ni et les failoprini . — Guerres extérieures de Venise — Les Croisades. — Conquête de Constantinople.
A résolution qu'avaient prise les Vénitiens , de transférer à Itio.illo le siège du gouvernement, produisit les plus heureux résultats : de toutes parts on accourait vers cette lie : on y élevait de nouvelles constructions , on y créait des établissements de tout genre , et , grâce à la paix que le doge sut maintenir au dedans comme au dehors , la jeune Venise se trouva bientlit dans une situation florissante, que la mort de Pépin, survenue un an après, contribua encore à consolider. Charlemagne , déjà vieux et attaqué sur plusieurs points de ses frontières , s'occupait moins de venger les défaites de scs armées que d'acheter par des pacifications la sécurité de scs derniers jours ; aussi s'empressa-t-il de ratifier toutes les promesses que son fils avait faites : il reconnut l’entière indépendance de la république, et dans le traité qu'il conclut avec Nicéphore, les Vénitiens furent compris comme fidèles de l’empire d'Orient.
Deux événements troublèrent seuls la tranquillité du règne de Participazio : le premier fut une descente dirigée contre Grado par le patriarche d’Aquiléc , et que la flotte vénitienne parvint à repousser facilement ; le second , une conspiration tramée contre la vie du doge , mais que sa vigilance sut déjouer, et qui n'eut d'autre résultat que le supplice des principaux conjurés.
La prospérité dont jouissait Venise et la juste popularité qui l'entourait lui-
HISTOIRE DE VENISE
même, décidèrent Participazio à enfreindre les lois de l'État et ù partager le Irène avec un de ses liis; c'élail le plus jeune. L’aîné, nommé Justinien, était alors en mission auprès de l’empereur de Constantinople, A son retour, il se plaignit d une telle faveur accordée ù son détriment; le peuple l’appuya, et son père consentit ù l’associer au pouvoir avec Jean son autre (ils. Chose extraordinaire ! ils vécurent en parfaite intelligence, et les affaires publiques ne subirent aucune atteinte d’une situation si anormale. Lorsque Ange Participazio mourut, après un règne de dixhuit ans, la couronne ducale fut dévolue à Justinien (827), Jean s’étant désisté de toute prétention.
Justinien n'avait aucune des qualités qui distinguaient son père. D'un caractère irrésolu et d’une sauté débile . il ne larda pas à rappeler son frère et à lui déléguer une partie de ses attributions. Ainsi l'habitude semblait tendre insensiblement à rendre le pouvoir héréditaire, et l’indilTéreiicc du peuple y prêtait beaucoup. Aucun événement inqmrtant ne marque le règne de Justinien : pour la première fois, Venise arma contre les Sarrasins qui infestaient les côtes de Sicile , mais rien de sérieux ne fut entrepris de part ni d’autre; la marine marrlmdc seule s’attira la reconnaissance publique par un trésor dont elle dota Venise. Voici à quelle occasion.
Deux marchands vénitiens, Bon de Malamoeco et Rustic de Toreello, se trouvaient à Alexandrie au moment où l’église qui renfermait b' corps de saint Marc l’évangéliste était dépouillée de ses marbres et de ses plus beaux ornements par ordre du calife d’Égypte; ils proposèrent aux prêtres d’enlever la finisse où reposait le saint et de la transporter en lieu de sûreté ; mais ceux-ci ne furent que médiocrement satisfaits d’une proposition qui avait pour résultat de leur faire |H‘rdre à tout jamais une relique féconde en aumônes. Cependant, lorsqu’ils virent les soldats musulmans envahir leur église , toute hésitation cessa , et |>our quelques bourses ils livrèrent les précieuses reliques. Comme il y aurait eu danger à les transporter ainsi à découvert par les rues de la ville, ou eut recours à la rase : elles furent placées au fond d'un immense panier, et par-dessus on disposa plusieurs tranches de laid salé, afin que cette chair réputée immonde parmi les musulmans les délourmlt de toute espèce de perquisition. Arrivées à bord, on les enveloppa soigneusement dans plusieurs linges, puis on les hissa au milieu des voiles qui entourent la grande vergue, afin de les soustraire aux investigations des gens chargés de visiter les batiments en partance. Pendant la traversée le navire brava le vent et la tempête, car, dit la chronique, « saint Marc inspirait u sans cesse à l’équipage d'habiles manœuvres qui lui faisaient surmonter tous « les dangers. Lorsqu'ils prirent terre à Venise (21 janvier 829), la ville fui dans n l’allégresse ; on se disait de toutes parts que la présence du saint allait assurer la « perpétuelle splendeur de la république , ce qui confirmait bien l'ancienne tradi- « tion que saint Marc, ayant jadis navigué sur la mer d'Aquiléc et ayant touché « ces îles, avait eu une vision céleste qui lui avait prédit que ses restes repose-