CONSOLIDATION DE LA RÉPUBLIQUE
a raient un jour sur cette terre alors inhabitée. Ce ne furent que fêtes, rlumts, « musique et prières dans toute la cité ; on invoquait le saint pour qu'il prit sous « sa protection la ville qui désormais devait être éternelle. Quand le corps véné- « rable fut débarqué, tout le peuple alla au-devant de lui avec le elcrgé qui chance tait des hymnes et faisait fumer l'encens. On reçut ce noble présent avec toute « la dévotion possible; il fut déposé dans la chapelle ducale, et le doge, qui « mourut peu de temps après , laissa par son testament une somme considérable « pour britir une église. » Dès ce moment l'image du saint devint l’emblème de la république ; elle figura sur tous les monuments , sur les monnaies, sur les pavillons des vaisseaux ; Vive saint Marc! fut désormais le cri national que les Vénitiens firent entendre dans les combats, au milieu des séditions, ou durant les réjouissances publiques.
Jean Partieipazio , resté seul en possession de l'autorité ducale après la mort de son frère (830) , eut un règne des plus agités : les pirates naventins firent de nombreuses descentes dans les îles vénitiennes , et l'alarme dev int si générale que le doge dut se n#ltre à la tête de la flotte pour les repousser. Comme il retournait victorieux à Venise, il apprit qu'Obclerio, l'ancien doge exilé, venait de débarquer à Vigiglia et menaçait de le précipiter du trône. Jean marche aussitôt à sa rencontre, mais ses soldats, levés tous à Malamocco, patrie d'Obelerio, font défection et passent à l'ennemi. Celui-ci ne sut pas profiter du moment favorable : pendant qu'il hésitait, Partieipazio reçut de nouvelles troupes, l'attaqua, et se saisit de sa personne. Obelerio eut la tête tranchée par la main du bourreau, et le peuple traîna son cadavre dans la boue. Malgré son double triomphe. Partieipazio ne tarda pas à éprouver à son tour la fureur du peuple. Attaqué dans son palais par les partisans d'Obelerio . que guidait un homme de basse extraction , nommé Carossio, il n'eut que le temps de fuir et se retira en France.
l! ne fois maître du palais, Carossio, profitant de la stupeur générale, s'empara du pouvoir ; mais il ne le conserva pas longtemps : excités et soutenus par les familles patriciennes , dont l'intérêt commun était de se défaire d'un tel chef, les mécontents s'emparèrent de sa personne, lui crevèrent les yeux et l'exilèrent. Jean fut rappelé ; mais de nouveau il se trouva exposé à l'animosité de ses adversaires. l:n jour, comme il assistait à l'office divin, des hommes du peuple l'assaillirent , lui coupèrent la barbe et les cheveux, et le transportèrent S\ Grado, où il fut enfermé dans un monastère (83fi).
Pour mettre fin à ces conspirations si souvent répétées, l'assemblée générale aurait dû appeler au trône un homme énergique et ferme, à qui sa naissance et ses précédents permissent d'imposer aux partis. Malheureusement elle fit choix de Pic rre Tradenigo, issu, il est vrai, d'une très-ancienne famille de la petite ville de Pola, mais complètement dépourvu des qualités nécessaires. Tourmenté du désir de se signaler dans la carrière des armes . Tradenigo, aussitôt après son avènement , voulut , mais sans succès, diriger plusieurs expéditions contre les
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pirates nnventins ; île concert avec l'empereur d'Orient, il alla ensuite attaquer les Sarrasins qui ravageaient la Pouillr, la Calabre et les environs de Rome. Ces expéditions in fructueuses n’eurent d’autre résultat que d’appauvrir la nation et d'épuiser le trésor. Tant de revers successifs agitaient le peuple, et les places publiques étaient continuellement le théâtre de rixes sanglantes auxquelles prenaient part toutes les classes de citoyens. Six familles entre autres dirigeaient ces mouvements: d'une part, les Justiniani, les Polani, les llasi; de l’autre, les Barbolaui , les Selii et les Sevoli. Trop faible pour les contenir, Tradenigo périt victime de leurs fureurs : un jour qu'il se rendait avec son cortège à l’église de Saint- Zacharie, il fut massacré par une bande de sieaires. Après de vives poui'suiles, qui n’atteignirent qu'un très-petit nombre de coupables, on élut doge (861) Orso Partiiipazio, petit-lils de celui qui avait si noblement acquis le surnom de sauveur de la patrie.
De concert avec l’empereur Charles-le-Chauvo, Orso parvint à arrêter les progrès des Sarrasins en Italie et repoussa les corsaires dalmates; mais son plus beau titre à la reconnaissance des Vénitiens fut d'avoir ramené le calme au sein de la république et de l’v avoir conservé pendant dix-sept ans. Son fils Jean , qui depuis longtemps avait été appelé à partager l’autorité ducale, lui succéda en 881 et déti’uisit en un instant l'œuvre de son père.
Accoutumés à occuper le poste le plus éminent de la république, les Parlicipazio commençaient à ne plus regarder comme suffisante à leur gloire une dignité qui soumettait sans cesse leur sort au caprice des citoyens, et aspiraient a une position stable qui les dispensât de jamais descendre au rang de simples particuliers; mais comme ils ne pouvaient la trouver à Venise, ils songèrent à se la procurer au dehors. Depuis l’avénemcnt des Carlovingiens au Irène d’Italie, l’exarchat de Ravennc avait été soumis à la puissance temporelle des papes, et il s’y était formé, comme dans toutes les autres provinces de l’empire, des fiefs qui avec le temps devinrent de vraies souverainetés sur lesquelles les papes ne conservèrent que le droit d’hommage et d’investiture. I.c comté de Commacchio était de ce nombre : sa proximité de Venise, et peut-être aussi quelques sujets de mécontentement que le comte Marin, propriétaire de ce fief, avait donnés au saintsiège, décidèrent les Participa /.io à demander de lui être substitués. Jean VIII accueillit la proposition, et Orso fit partir pour Rome son frère lladouer; mais le comte Mann dressa une embuscade sur la roule, enleva son compétiteur et le retint prisonnier. Irrité de cet acte de violence, le doge attaqua Commacchio, et la saccagea de fond en comble. Chose étrange, et qui témoigne de l'ignorance de ces temps reculés, les Vénitiens célébrèrent cet odieux attentat comme s’il se fut agi d'une expédition entreprise dans I intérêt public. Néanmoins, accablé d'infirmités, désespéré de n’avoir réussi dans aucune de ses entreprises, Jean Participazio déclara qu'il ne pouvait plus supporter le fardeau du gouvernement, et il abdiqua après six ans de régne.
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