‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 17 sur 155 · CONSOLIDATION DH LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

CONSOLIDATION DH LA RÉPUBLIQUE

Jeune, fictif, éclairé, le nouveau doge, Pierre Candinno, réunissait toutes les qualités nécessaires au chef d'un État; mais la fortune se joua de toutes ses espérances. Au bout d'une année, il périt dans une expédition contre les pirates naventins , et eut ainsi l'honneur d'ouvrir la liste des doges morts en combat tant pour la patrie, f.es Vénitiens apprirent à la fois et la mort de Candinno et la ruine de leur flotte. Au milieu de la confusion occasionnée par ce douloureux événement, on ne put s’accorder sur le choix de son successeur, et Jean Participazio fut invité à occuper provisoirement le trrtne ducal.

Venise avait besoin d'un chef qui sût à In fois fermer ses plaies par une sage administration intérieure et rétablir l'honneur de ses armes par son génie guerrier; elle le trouva dans Pierre Tribuno, neveu de Candiano, qui fut élu en 888. l.es douze premières années de ce règne furent on ne peut plus paisibles ; le commerce, en revivifiant la marine, ramena l'abondance; de nouveaux remparts s’élevèrent; le port fut fermé par de fortes chaînes; le quartier d’OIivolo, hérissé de fortifications nouvelles, devint une espèce de citadelle et prit le nom de Castcllo. Encore une fois Venise se vit en état de combattre avec succès un nouvel essaim de Barbares qui vint fondre sur son territoire vers l'an 900; c'étaient les Hongres, sortis, comme les précédents, de la Pannonie.

La célébrité dont jouissait Venise , la richesse de ses habitants, ne |iouvaient manquer d'attirer ces farouches déprédateurs. A peine arrivés sur les côtes de l'Adriatique, ils s'emparent de toutes les barques dis|ioiiihle8, s’y jettent tumultueusement, et, malgré leur ignorance dans l'art de la navigation, traversent la lagune : Citta -Nuova, Equilo, Copo d’Argere, Chiozza et toute cette chaîne d'iles qui protègent la lagune contre les empiétements de la mer, tombent en leur pouvoir. Encore un effort, et c’en est fait de Venise! Le doge, en cet instant suprême, appelle aux armes la population entière, l’encourage par sa fermeté et par le souvenir du désastre de l'armée de Pépin , puis, avec une flotte parfaitement organisée, il attaque ces hommes que dirige le seul instinct du pillage, les bat dans plusieurs rencontres successive», et enfin les force à se retirer en laissant la mer couverte de leurs débris. La nouvelle de cette victoire combla de joie les Vénitiens; et lorsque, deux ans après, la mort vint leur enlever Pierre Tribuno, les funérailles do ce sage et courageux magistrat furent un véritable deuil public.

Orso Participazio , nommé aussi Badouer, succéda immédiatement à Pierre Tribuno (9121, dont il s'atUicha à continuer la politique habile. Pendant les vingt années qu’il présida aux destinées de la république, il se montra prudent, modéré, plein de douceur et de piété. Il n'eut qu’un seul tort, celui d'abdiquer pour se retirer dans un monastère. Après Orso, Pierre Candiano II fut investi du souverain pouvoir (9:J2). A l'exemple de son père, Candiano fit aux pirates naventins une guerre à outrance, toujours couronnée de succès. C'est sous son règne qu'eut lieu le singulier enlèvement des fiancées vénitiennes, dont le récit, consigné dans

HISTOIRE UE VENISE

toutes les chroniques de la république , a si vivement impressionné l'imagination des poêles et des artistes.

A Venise, d'après un usage antique, tes mariages des nobles et des principaux citoyens sc célébraient le même jour et dans la même église. La veille de la Purification , dès le matin , d'élégantes gondoles se dirigeaient de toutes parts vers Olivolo, petite Ile située à l'extrémité orientale de la ville, et où le chef du clergé (alors l'évêque, plus tard le patriarche), faisait sa résidence. Les jeunes couples y délvarquaient au son des instruments de musique ; tous leurs parents , tous leurs amis, en habits de fête, les accompagnaient; les présents faits à l'épouse, les joyaux , les bijoux , renfermés dans d'élégantes cassettes ( arcrite ), étaient portés en pompe ; enfin , le peuple , se pressant en foule le long de In rive des Esclavons et dans les passages étroits qui débouchent vers Olivolo , suivait sans armes le joyeux cortège. Les pirates de l'Istric résolurent de mettre la circonstance à profit. Le quartier situé derrière l'arsenal et tout près d’Olivolo n'était point habité; l’arsenal lui-même n’existait pas encore. Ces brigands abordèrent de nuit sur l'ile déserte , et s'y cachèrent , eux et leurs barques. Au moment même où l'on célébrait le service divin, ils traversent le canal d'OIivolo avec la rapidité de l’éclair, s'élancent sur la plage, pénètrent le sabre à la main dans l'église, saisissent au pied de l'autel les vierges éplorées, et les entraînent vers leurs barques, où ils les entassent avec, les précieuses arcelle; puis, ramant à coups redoublés, ils s'efforcent de regagner leurs ports. Le doge, qui assistait à la cérémonie, partagea la douleur et l'indignation des jeunes hommes à qui l’on venait d'enlever leurs épouses; tous s'élancent hors de l'église, et, parcourant les quartiers voisins, appellent le peuple à la vengeance. A leurs cris, les habitants de Santa- Maria-Formosa rassemblent quelques navires ; le doge s’y jette avec les fiancés , et, un vent favorable gonflant leurs voiles, ils joignent les Istriotcs dans les lagunes de Caorle. Pas un des ravisseurs n'échappa au massacre, tous furent précipités à la mer, et les belles Vénitiennes rentrèrent en triomphe dans l'église. Pour perpétuer le souvenir de cet événement, on établit la fête des Maries (Mie Marie). Tous les ans , la veille de la Chandeleur, douze jeunes filles , magnifiquement parées, étaient conduites en cérémonie chez le doge et successivement chez les principaux citoyens , dans des gondoles qu'accompagnait un nombreux cortège. Après leur avoir fait ainsi parcourir la ville, on les réunissait dans une salle du palais, où on leur servait un festin somptueux. Candiano ne se contenta pas d'avoir clultié les pirates istriotcs , il voulut purger complètement l’Adriatique des corsaires qui l'infestaient, et transmit à ses successeurs la poursuite de cette noble entreprise.

Pierre Badouer, qui après Candiano monta sur le trône ducal, mourut au bout de trois ans , et son administration ne fut marquée par aucun événement qui mérite d'être enregistré. Quelques historiens ont prétendu que ce fut sous ce règne que Venise commença à battre monnaie. C’esI une erreur, car depuis long-

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