‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 18 sur 155 · CONSOLIDATION DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

CONSOLIDATION DE LA RÉPUBLIQUE

temps la république avait la sienne, l'une des mieux fabriquées de l'Europe; seulement, un traité conclu avec Béranger, roi d'Italie, autorisa la libre circulation de. la monnaie vénitienne sur le continent'.

La mort de Pierre Badoucr lit rentrer la dignité ducale dans la maison des Caudiani (9V2), en la personne de Pierre Candiano, troisième fds de Cnudiano II. Ce nouveau doge eut la douleur de voir son fils , qu’il avait appelé au partage du pouvoir, déshonorer son nom par les plus honteux excès , et sa conduite soulever l'indignation générale. Arrête , jugé et condamné , cet insensé aurait porté sa tète sur l’échafaud si les larmes de son père n'eussent obtenu la commutation de In peine de mort en un bannissement perpétuel. Il se retira à ltavenne auprès d’Adalbert, fils de Béranger, roi d’Italie; mais il s’y rendit plus criminel encore : des navires qu'il armait en course s'attaquaient de préférence aux batiments couverts du pavillon vénitien. Ce fut pour le cœur de son père un coup terrible; il en mourut de désespoir. Pourra-t-on le croire? ce même homme qui avait porté les armes contre sa patrie apres y avoir au dedans fomenté les divisions, fut appelé par acclamations au trône ducal (952) ; trois cents gondoles allèrent à Ravcnne pour lui porter la nouvelle de son élection et le ramener à Venise !

Ce retour inespéré de la faveur populaire parut avoir changé le caractère de Candiano : il gouverna d'abord avec sagesse et modération; mais sou naturel ne pouvait se plier à une trop longue contrainte. L’Italie venait de passer sous la domination saxonne; le succès de ses négociations auprès du nouveau chef (Othon I") décida Candiano à lever le masque. Dégoûté de sa femme, il la répudia ; gêné par le tils qu’il en avait eu, il le fit enfermer dans un monastère ; puis il épousa Valdrade , petite-fille de Béranger. Celte nouvelle alliance lui valut de grandes possessions en Italie, et, comme les autres princes de ce pays, il s'entoura d’une cour brillante de chevaliers et de vassaux. Enfin le peuple, qui ne pouvait tolérer ce faste presque royal, se révolta ; et comme le palais était trop bien gardé pour être enlevé d'assaut, il y mit le feu. Lorsque Candiano vit l'incendie s’étendre et toutes les issues se fermer devant lui , l’idée lui vint de prendre dans ses bras un de ses fils encore enfant et de se présenter a la multitude eu implorant sa pitié» Vaines prières! on les massacra l'un et l’autre impitoyablement, et leurs corps furent jetés à la voirie (97t>). Assez heureuse pour s'échapper, sa veuve se réfugia auprès d’Adelheid, épouse d'Othon

Les excès qu’on avait eu à reprocher au dernier doge déterminèrent tous les suffrages en faveur d’un homme d’un caractère entièrement opposé, Pierre l'rseolo, non moins recommandable par ses grandes richesses que par ses mœurs

1. Il existe encore des monnaies vénitiennes des ix« et Xe siècles; d*un côté elles portent l'empreinte d'une croix, cl autour celle inscription : Christ us imperut ; de l'autre, une espece d'ornement tiès-bi/arre, avec ce mot: Venutia. La plupart des monnaies postérieures ont, d’un côté, l'image du Sauveur assis sur un trùne, avec les lettres initiales de sou nom, de l’autre un saint Man: qui donne un étendard au doge, avec le nom du doge régnant et cette légende : Sanctus Marcus Veneiiarum.

ta

HISTOIRE DE V ENISE.

douces et pieuses. L'rscolo déploya une sagesse rare; il consacra une partie de son immense fortune à faire rebâtir l'église de Saint -Marc et le palais ducal détruits par le dernier incendie; mais, après deux ans de règne, dégoûté d'une dignité qu'il n’avait acceptée qu'avec répugnance, il se déroba à l'amour de son peuple et alla s'enfermer dans une abbaye des Py rénées, voisine de Perpignan, où il finit ses jours sous l'habit monastique. Son successeur imita cet exemple : c'était Vital Candiano, frère de l'avant-dernier doge, et son règne très-court ne présenta, au reste, rien de remarquable.

Le tribun Mcmmo, homme d'une incapacité notoire, mais possesseur d'une immense fortune, remplaça Vital Candiano (979). Son administration fut trèsorageuse, parce qu'il manquait de l’influence nécessaire pour contenir dans l'ordre deux familles puissantes dont les inimitiés divisaient la république, et qu'on désignait par les surnoms dérisoires de Morosini et de Caloprini'. Chez des gens impétueux , qui croyaient que les faibles et les lâches seuls confiaient aux tribunaux le soin de défendre leur honneur, la querelle de deux individus était bientôt devenue celle de leurs proches, puis une guerre civile. Les Morosini ayant obtenu l'avantage, leurs adversaires se réfugièrent sur le continent, et allèrent implorer la protection d'Othon II. Accueillis avec complaisance par ce monarque, dont la secrète ambition était de s'emparer de toute l'Italie , ils n’eurent pas de peine à le décider a attaquer Venise. Par suite de leurs perfides conseils, la lagune fut étroitement investie, et les Vénitiens, privés de toute communication, songeaient déjà à se rendre lorsqu'une maladie violente emporta leur ennemi. Les hostilités cessèrent, et, sur les instances de la veuve d’Othon, les Caloprini obtinrent la grâce de rentrer dans leur patrie. Mais à peine s’étaient-ils assis à leurs foyers, qu’on les accusa, non sans motifs, d’avoir été traîtres à leur patrie; et ces récriminations ay ant excité la fureur populaire , en un seul jour trois d'entre eux furent assassinés. La vue de leurs cadavres transportés dans les rues par leurs partisans, les discours prononcés par ces derniers contre les Morosini, instigateurs du meurtre , produisirent une réaction soudaine , et l’on s’en prit au doge, dont la faiblesse laissait impunis de tels attentats. Docile à la voix du peuple, Memino signa sou abdication et se relira dans un cloître (991 ).

Jusqu'ici nous avons vu les Vénitiens concentrer toute leur activité dans des travaux d’organisation intérieure ; les soins de leur commerce et surtout leurs luttes intestines les ont préoccupés outre mesure, et si quelquefois ils ont porté leurs armes à l'extérieur , ce n’a été que pour repousser des pirates ou défendre leur indépendance menacée. Leur horizon va s'agrandir ; tourmentés par le besoin d'expansion, ils vont entreprendre des conquêtes lointaines; au lieu de quel-

1. Ces noms sont arecs : et Kxc'.-^r.vr.;, avec ta prononciation des Grecs modernes, se

liraient : Maroxini et Odopriies; ils signifient tes hoirs et les compagnons des sols, et tes gens qui se prosternent tiien. Peut-être ces surnoms sonl-its équivalents à ceux de flatteur» et de dopes que se donnaient les d.ux partis; peut-être sont-ils pins anciens que leur discorde, et dès celle époque éiaienl-ils changés en noms de famille. (Stsvioxni.)

CONSOLIDATION DE LA RÉPUBLIQUE. il

ques ilrs chétives , ce seront de vastes provinces, des royaumes entiers qu'ils asserviront à leurs lois , qu'ils soumettront à leur empire. Le dogat d'Urseolo II, fds de ce pieux doge qui , le premier, se retira dans un cloître, fut l'inauguration de cette ère nouvelle 1 901 ).

En partageant le monde romain , Théodose avait annexé la côte orientale de l'Adriatique à l'empire de Constantinople ; ce partage fut bientôt annulé par l'invasion des Barbares. Après avoir inondé l’Illjrie, des conquérants de race esclavonne y fondèrent deux royaumes indépendants et ennemis de Byzance, celui de Croatie au nord, celui de Dalmatie au midi, ne laissant aux Crées qu'un petit nombre de places situées au bord de la mer; et ceux-ci, qui n'avaient pas assez de trou|>es pour y tenir garnison, accordèrent aux habitants le droit de porter les armes, avec celui d’élire leurs magistrats. Leur ayant ainsi donné une patrie et les moyens de la défendre, ils accrurent dispensés de les protéger. Les villes maritimes de l'Istric, qui relevaient de l'empire d’Occident, n’étaient guère moins indépendantes ; en sorte que toute la r été illy tienne était parsemée de républiques naissantes qui, à cause de leur faiblesse, se trouvaient exposées aux incursions fréquentes des Barbares, des Naventins surtout, dont l'audace montait il un degré excessif. Afin de résister efficacement à ces continuelles attaques, toutes les villes de l'Adriatique formèrent une espèce de ligue qui concentrait dans la main d'un seul chef leurs forces disséminées , et afin de donner plus de consistance à leur confédération, elles offrirent à la république d'en prendre la direction suprême. Le doge y accéda , mais sous la condition que les magistrats des villes confédérées prêteraient foi et hommage, et que leurs troupes marcheraient sous les drapeaux vénitiens contre l'ennemi commun.

Politique habile , l’rseolo profita de l'occasion qu'on lui offrait d'illustrer son gouvernement par un tel accroissement de puissance. Ayant assemblé en toute diligence des troupes et des navires, il sortit des lagunes à la tête de la flotte la plus considérable que la république eût encore armée (937), et se dirigea d'abord surPola.oùil reçut successivement l'hommage des magistrats de l’arenzo, de Trieste, de Pirano, d’Isola, d'Emone, de Bovigno, de Numago, de toutes les villes maritimes de ITstrie. Après avoir réuni à son armée les renforts que ces villes lui envoyèrent , il se rendit à Zara , la plus ancienne alliée qu'eussent les Vénitiens dans la Dalmatie, et y reçut également l'hommage des villes de cette contrée : Salone , Sebenigo, Spalatro , Traou , Noue, Belgrade , Almisa et Ragusc ; les lies de Coronata, l’ago, Ossero, Lissa, Brazza, Arbo et Chcrso suivirent leur exemple. Enfin, à l’exception de Corzola et de Lczina, qui s'allièrent aux Naventins plutôt que de renoncer à leur indépendance, toute la côte illy Tienne reconnut volontairement l’autorité immédiate de Venise.

Le doge n'hésita pas un seul instant à attaquer les deux villes rebelles : Corzola était sans défense , elle fut emportée sans difficulté ; Lczina , le principal repaire des Naventins, passait pour inexpugnable, à cause de sa position escarpée. Le port

HISTOIRE DE VENISE

pii fut étroitement bloqué par la flotte , tandis qu’à l’aide d'échelles les troupes de terre gravissaient résolument les rochers et les murailles. La garnison se rendit à discrétion, et ne dut la vie qu'à la générosité du vainqueur. La prise de Lezina laissait le golfe de Naventa sans défense, aussi les Vénitiens eurent-ils bon marché du reste du pays; ceux des habitants qui échappèrent au carnage se mirent à la merci d'Urseolo , qui ne leur accorda la paix qu'aux plus dures conditions, et après les avoir réduits à un tel état de faiblesse qu’ils ne purent jamais s’en relever ni renouveler leurs brigandages.

Celte victoire mit lin à la lutte qui depuis plus de cent cinquante ans existait entre les Naventins et Venise ; mais l’alliance qui l’avait procurée fut plus protltable encore à la république. Toutes les villes confédérées durent accepter, non plus le simple protectorat , mais la domination de Venise : on envoya dans cliacune d’elies un magistrat qui, sous le titre de Podestat , les gouvernait au nom de la république, et l’assemblée, d’accord avec le peuple, invita le doge à prendre désormais le titre de due de Venise et de Dahnntie. Ainsi s’accomplit cette conquête ou, si l’on veut, cette première annexion de territoire.

Urseolo ne chercha pas à exploiter sa gloire ; au contraire, il employa les loisirs de la paix à rendre de nouveaux services à sa patrie. A l’exemple de son père, il consacra une partie de sa fortune à élever des monuments publics : Grado et lléraclée lui durent In restauration de plusieurs de leurs édifices, et lorsque Otlion III vint à Venise visiter le tombeau de saint Marc, il sut obtenir de l’empereur, outre de nouvelles franchises pour le commerce vénitien , une délimitation plus précise des possessions de la république. On ne le vil pas, comme le plus grand nombre de ses prédécesseurs, chercher à rendre héréditaire dans sa famille le pouvoir suprême; mais le peuple alla au-devant de ses scrupules en lin désignant pour collègue son fils aîné , qui venait d'épouser la nièce de deux empereurs de Constantinople. Malheureusement sa succession ne fut pas dévolue à ce fils privilégié : une peste affreuse qui désola Venise l’enleva prématurément à l'affection de son père et de ses concitoyens. Quoique déjà avancé en âge, Urseolo ne se laissa pas abattre par la douleur ; sa générosité, ses soins alTectueux , l’activité de son administration , lui acquirent de nouveaux droits à une éternelle reconnaissance ; et cependant , comme s'il 11e croyait pas avoir encore assez fait , en mourant il légua à sa patrie la plus grande partie de sa fortune. Son second fils, Otlion Urseolo, filleul de l’empereur d’Occidcnt , fut élevé au dogat par les suffrages unanimes de la nation (1006;.

Héritier des vertus de son père, Othon Urseolo voulut continuer son ouvrage; tout d’ailleurs semblait concourir à donner à son règne line grande stabilité. Il avait épousé une princesse hongroise, la sœur de saint Etienne de Hongrie; il était liaient de l’empereur Henri, et son frère occupait le siège patriarcal de Grado. Un de ses premiers actes fut de chasser les habitants d’Adria du territoire de l.oredo, qui appartenait à la république et sur lequel ceux-ci élevaient des

CONSOLIDATION DK LA RÉPUBLIQUE tî

prétentions; il délivra la Daimatic de l'invasion des Croates, et s'acquit line vaste influence par la sagesse de son administration. Une conduite si digne d’éloges ne put cependant le protéger contre les entreprises des factions. Dominique Flabenigo, issu d'une famille patricienne, avait depuis longtemps organisé contre les Urseolo un parti puissant qui les accusait d’aspirer à la tyrannie et leur suscitait de nombreux ennemis. Lorsque les esprits furent suflisammenl préparés. les conjurés pénétrèrent dans le palais ducal , s’emparèrent du doge, lui rasèrent la barbe et les cheveux, et le forcèrent de s’exiler (10-26). Faut-il le dire? la population entière de Venise laissa tranquillement s’accomplir un si odieux attentat.

Dominique Flalienigo ne recueillit pas les fruits d'une révolution qu’il avait excitée ; les suffrages publics déférèrent la couronne ducale à Pierre Centranigo, de la ramille des Rarbolani. Centranigo était assurément digne d’un tel honneur; mais les circonstances donnaient à sa promotion tout l’odieux dos insurrections les plus coupables ; d’ailleurs un grand nombre de citoyens, justement indignés du traitement qu’on venait d'infliger à l’un des meilleurs doges qu’avait eus la république, voyaient avec chagrin sa place occupée par un autre. Centranigo crut pouvoir, par ses services , effacer de fâcheuses préventions ; mais sa modération , non plus que sa fermeté, ne parvinrent à le rendre populaire. A l'instigation de l’archevêque de Crado, il se forma une conspiration contre lui. Les conjurés s'emparèrent de sa personne, et, après lui avoir coupé la barbe et les cheveux , l'enfermèrent dans un cloître. Pour compléter le succès des partisans d’Urseolo, il ne leur manquait plus que d'obtenir sa réinstallation : elle ne se fit pas longtemps attendre , et des envoyés vinrent la lui annoncer è Constantinople.

En attendant le retour de son frère , l'archevêque de Grado avait pris en main le gouvernement de la république. Profitant de son éphémère autorité , il exila Dominique Flalienigo et le lit déclarer traître à la patrie ; il aurait exécuté d’autres projets encore, si les personnages chargés de ramener Ollion Urseolo n’eussent apporté la nouvelle de sa mort. Dans la crainte de quelque violente réaction , le prélat sortit précipitamment de Venise et regagna sa ville épiscopale. Le peuple se préparait donc à se donner un autre doge, lorsque le troisième frère d'Olhon , Dominique Urseolo, accompagné d’un grand nombre de scs partisans, tous armés, se précipite sur la place publique, et, sans consulter le vœu de la nation, s’empare de la couronne ducale comme d’un patrimoine. Une telle audace fut suivie d'un prompt châtiment. Assailli dans le palais, l'usurpateur eut un instant la pensée de se défendre ; mais lorsqu’il vit lu population tout entière soulevée contre lui , il s’enfuit à Ravenne, où il mourut |ieu de temps après.

Ces troubles avaient fait une pénible impression sur les principaux habitants de Venise. Alin d'en prévenir le retour, ils résolurent d'ap|>eler au pouvoir Dominique Flalienigo , celui-là même qui , six mois auparavant , avait été déclaré traître a la patrie. Poussé par sa haine contre une famille rivale, le nouveau doge inaugura son régne en demandant la proscription à perpétuité des Urseolo. L’assemblée

41 IIISTOlHi; 1)1! VENISE.

générale y souscrivit, car le souvenir des services rendus par res derniers avait disparu sous la crainte et le ressentiment. Non encore rassuré contre les envahissements de l'aristocratie , Flabenigo fit rendre une loi qui interdit à l'avenir toute désignation d'un successeur avant la mort du doge régnant, et qui soumettait celui-ci au contrôle de deux conseillers', loi éminemment utile et qui préservait l'indépendance vénitienne des graves attentats dont nous l'avons vue si souvent menacée depuis l'institution du dogat. L’assemblée générale avait reconnu, du vivant même des titulaires, douze héritiers, fils ou frères, optes à leur succéder ; un plus grand nombre enrore de prétendants s'étaient associés au pouvoir sans le consentement de lu nation : Flabenigo eut la gloire d'abolir cette funeste coutume.

Après la mort de ce doge , les suffrages se portèrent sur Dominique Contarini , homme aussi recommandable par sa naissance que par la sagesse de son caractère ( tOM-j. Sous lui l’État ne subit aucun changement important. Des mesures antérieures avaient fixé les rapports de Venise avec le reste de l'Italie , tandis que sa constitution intérieure s’était solidement établie. Les tribuns, qui naguère encore formaient les cours de justice , furent insensiblement remplacés par de véritables juges ljudices) ; et si le doge devait sanctionner leurs jugements, ce n’était plus ((uc dans de rares exceptions qu'il conservait le droit de les casser. Ainsi restreint dans l'exercice du pouvoir, dépouillé du libre arbitre en affaires d'Élat , ce magistrat suprême cessa d’assumer sur lui la responsabilité des actes du gouvernement. La tâche de Contarini se borna à réprimer les tentatives à main année du patriarche d'Aquiléc contre le territoire de (ïrado , et à faire rentrer dans le devoir la ville de Zara , qui , à l'instigation du roi des Croates , avait cherché à se soustraire au joug de la république.

Dominique Silvio (10C9) fut élu le joui1 même des funérailles de son prédécesseur. De concert avec l'empereur Alexis Comnène , il fit la guerre aux Normands ou Danois, récemment établis en Sicile, dans la Fouille et en Calabre, et qui inspiraient à Venise les craintes les plus vives. Malheureusement la victoire ne seconda pas toujours les efforts de Silvio : vainqueur dans une première rencontre , il essuya une défaite complète devant Durazzo. Les Vénitiens, accoutumés à voir leurs armes victorieuses, l’accusèrent d'être l’auteur du désastre, le déposèrent, et mirent à sa place Vital Fafiero (108V).

La guerre contre les Normands continua sans plus de succès ; mais le nouveau •loge tira parti de cette démonstration faite par la république en faveur de Constantinople, pour obtenir la reconnaissance solennelle de la prise de possession de la Dalniatic et renouveler le traité d'alliance qui accordait aux Vénitiens la libre entrée dans tous les ports de l’empire d’Orient. C’était le prélude des grandes conquêtes que Venise devait réaliser plus tard aux dépens de cet empire.

Nous l'avons dit dans notre courte introduction, lorsque l’Europe entière,

I. A. lUxcini, Chronicon, lit), ix, ca|>. vi , pars f,. — Mavis , vol. il, pag. JSO.

Page 1