‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 19 sur 155 · CONSOLIDATION DR LA RÉPUBLIQUE. IA · texte numérisé non relu

CONSOLIDATION DR LA RÉPUBLIQUE. IA

poussée par le pape Urbain III, se précipita en armes sur l'Asie pour délivrer le tombeau du Christ, Venise prit une large part à ces entreprises, où elle était excitée par la défense de ses intérêts les plus chers et les plus positifs. Les Turcs avaient envahi en Asie les contrées et les cités avec lesquelles la république faisait un commerce très-avantageux ; ils menaçaient même de pousser leurs conquêtes jusque dans l'Archipel, et d’asservir les Grecs et les Sarrasins, ce qui ne lui aurait laissé aucun marché libre dans tout l'Orient. Les Vénitiens devaient même se préparer à défendre leurs propres foyers, car déjà les Sarrasins avaient infesté la mer Adriatique , et les Turcs pouvaient y paraître à leur tour. Ils transportèrent donc avec empressement, mais non sans salaire, les croisés aux rivages de l’Asie , et se chargèrent du soin de les approvisionner; puis, unissant le commerce à l’art militaire, ils ['apportèrent de riches cargaisons sur les mêmes navires avec lesquels ils combattaient les infidèles. André Dandolo assure que la (lotte qui accompagna la première croisade se composait de deux cents voiles; elle était commandée par le (ils du nouveau doge. Vital Michieli , qui avait succédé à Faliero en 1098.

Avant de se rendre à leur destination , les Vénitiens enlevèrent aux caloyers grecs les reliques de saint Nicolas, dans la petite Ile de ce nom ; ils livrèrent aussi sur les côtes de Rhodes une sanglante bataille à la flotte pisane, et lorsqu'ils furent arrivés devant Smvrne ils quittèrent leurs navires pour piller et saccager celte ville. Après ces expéditions, fort peu d’accord avec la sainteté de l’entreprise commune , ils vinrent enfin bloquer Jaffa , qu’assiégeaient du côté de terre les troupes de Godefroy de Bouillon, et contribuèrent puissamment à la prise de cette place ; dans la campagne suivante ( 1 102 ), ils concoururent aux sièges d’Asealon et de Caïpha ; enfin, en llO’v. sous le règne du doge Ordelafc Faliero, successeur de Vital .Michieli, les Vénitiens avaient rendu de si grands services aux chrétiens d’Orient que Baudouin, roi de Jérusalem, leur abandonna un quartier de Ptolémaïs (Saint-Jean-d’Acre) avec le privilège de commercer en franchise dans toute l’étendue du nouveau royaume. Les Pisans et les Génois, qui avaient également prêté aux croisés le secours de leurs; navires, reçurent des privilèges analogues. Telle est la source des haines et des rivalités qui armèrent l’une contre l’autre les trois républiques.

La prospérité des Vénitiens avait aussi excité de vives inimitiés sur d’autres points. Les Padouans ne voyaient pas sans un secret dépit un État florissant s’élever sur ces mêmes lagunes qui leur avaient autrefois appartenu ; profitant de l’absence de la flotte vénitienne , ils envahirent quelques portions du littoral ; mais, vigoureusement repoussés, ils furent bientôt obligés de renoncer à leur entreprise. Plus heureux dans une attaque dirigée contre la Italmatie , le roi de 1 Hongrie battit les Vénitiens sous les murs de Zara, et pendant cinq ans il tint la république en échec sur ce point. La lutte fut si rude que les principaux officiers de l’armée vénitienne et le doge lui-même périrent dans cette campagne. Vers ce même temps, un effroyable incendie ravagea les principaux quartiers de

Venise , et Malamocco , bouleversée par les flots de In mer , fut abandonnée de ses habitants.

Ces désastres ne découragèrent point les Vénitiens; lorsqu'on apprit en Europe les succès que les musulmans avaient obtenus sur les chrétiens et la captivité de Itaudouin , roi de Jérusalem, ils furent les premiers à porter secours aux généreux défenseurs de la foi. Le doge Dominique Michieli, successeur d’Ordelafe Faliero (1117), prit lui -même le commandement de la flotte qui devait opérer sur les cèles de Syrie. Bientôt Jaffa, Tyr, Ascalon, rentrèrent au |M>uvoir du roi de Jérusalem. A titre d'indemnité, ainsi qu'ils l'avaient stipulé d'avance, les Vénitiens obtinrent « le tiers de chacune des trois villes nouvellement conquises, et « dans toutes les autres une rue entière avec un bain, un four, un marché et «une église; les marchandises transporté)» en Asie par les navires vénitiens « furent exemptes de tous droits, et les sujets de la république résidents affranchis « d'impôts. » (112V)

La puissance de Venise était en Orient la moins dépendante de toutes ; ce fut précisément ce qui la rendit bientôt intolérable aux Grecs : ces derniers n'avaient pas besoin maintenant de son secours contre les Normands, et les privilèges dont elle jouissait leur étaient devenus un fardeau doublement pesant , parce qu'ils détruisaient ou affaiblissaient leur propre commerce. Jean Comnène , alors empereur de Constantinople, donna donc l'ordre d’arrêter les vaisseaux vénitiens dans tous les |)orts de ses États jusqu'à ce que la république eût satisfait aux plaintes qu'excitait la conduite de ses citoyens; en même temps il décidait le roi Étienne ù s'emparer de nouveau delà Dalmalfe.

Au moment de cette double déclaration de guerre, Dominique Michieli se trouvait encore à la tête de 1a flotte qui venait de soumettre avec tant d'éclat les villes maritimes de la Syrie; il la conduisit devant Blindes, et après avoir enlevé la place il la livra au pillage (1125). Il cingla ensuite vers Scio, dont il s’empara également et où il lit hiverner ses navires. Au printemps suivant , il saccagea les Iles de Samos, de Mitylène et d'Andros, tenta une descente en Murée, et reprit la Dalmalie aux Hongrois. Dominique .Michieli ne survécut pas longtemps à ses succès; il était depuis un an à peine de retour à Venise, lorsqu'une maladie violente l'enleva à l'estime de ses concitoyens 11128). La république n'avait pas encore eu de doge qui se fut montré avec autant d'éclat à l'étranger, et qui eût maintenu à l'intérieur une paix plus profonde*.

Pierre Polani, gendre de Dominique Michieli, fut appelé à lui succéder ( 1 DIO ); mais aucun acte important ne signala son règne. Immédiatement après son avènement au trône, il eut à soutenir contre les Pisans, toujours jaloux de la prospérité

1. I.ra funérailles de Dominique Michieli se liront avec une grande pompe à Soinl-Georgo- Majcur, et une épilhaphe a transmis à la postérité le souvenir de sa phare. on y lit entre autres louants celle-ci : « Tcrror Gracorum jacet hic et laus Venetorum , interitu g Syriœ , mœror et liutvjarice ; douée enim tixit patria tuta fuit. »

CONSOLIDATION DE LA IIÉPL'BLIQOE.

do Venise, une lutte assez vive que l’intervenlion du pape Célestin II parvint à terminer heureusement. En 11 W, il battit les Padouans, qui avaient entrepris de rendre la Brouta inaccessible aux navires marchands de la république, et cinq ans après il signa avec l’empereur de Constantinople un traité d'alliance qui obligeait sa |Hilrie à des armements considérables et à poui'suivre de concert avec la flotte impériale les Normands qui infestaient toutes les eûtes de la Méditerranée. I.es Vénitiens battirent en plusieurs rencontres ces intrépides marins , s'emparèrent de Corfou , ravagèrent la Sicile, et ne suspendirent louis expéditions que parce que Roger, roi de cette Ile, leur offrit de grands avantages pour leur commerce dans ses États. L’empereur d'Orienl n'était pas resté en arrière , car déjà il leur avait accordé la libre fréquentation des lies de Chypre et de Crète. Ainsi, dans cette circonstance, la république gagna des deux cûlés : les vainqueurs et les vaincus la défrayèrent largement de ses dépenses.

La guerre durait encore lorsque Pierre Polani mourut (janvier 1 1 18 ; ; Dominique Morosini. l’un des chefs qui avaient servi avec le plus de distinction dans la campagne de Syrie, le remplaça. Les huit années du règne de ce doge furent employées à réprimer les incursions de quelques pirates d'Ancône et l'insurrection de plusieurs villes de f [strie ; il donna aussi plus d’extension au traité précédemment conclu avec les Normands de la Sicile , et de nouveau il isola complètement Venise de l’empire d'Orient.

Vital Michieli , qui succéda à Morosini (1150), subit les conséquences de cette mauvaise politique. En premier lieu, Venise se trouva mêlée à la lutte religieuse qui divisait l’Italie, à propos du double pontificat d’Alexandre III et de Victor IV. Tous les droits étaient en faveur du premier; mais, jaloux d’exercer plus d’ascendant sur lu cour de Rome, l’empereur d'Occident , Frédéric Barberoussc, soutetenait avec force les prétentions de Victor, que partout on appelait \'anti-pape. Par haine contre l’empereur, les Vénitiens se rangèrent du côté d'Alexandre III. Le patriarche d'Aquilée, qui s'était déclaré en faveur de Victor, profita de ce conllit pour attaquer brusquement file de Grado, saccager la ville, incendier le palais de l'archevêque, et profaner même la cathédrale. C'est ainsi qu'il entendait revendiquer ses prétendus droits sur ce siège. A la nouvelle de celle insolente agression. Vital Michieli ordonne l'armement de la flotte, se met à la tète de l’armée navale, et parvient à bloquer les ennemis sur le théâtre même de leurs déflations. Aucun n'échappa à la vigilance des croisières , pas même le prélat et douze de ses chanoines. On leur rendit la liberté , mais en leur imposant un tribut des plus humiliants, et destiné à devenir pour la populace un objet éternel de dérision : tous les ans, le jeudi gras, le chapitre dut envoyer à Venise un taureau et douze porcs. On promenait en pompe ces animaux dans la ville , puis on leur coupait la tête en présence du doge , et l’on en distribuait les quartiers aux principaux officiers de la république. Cette fête populaire, destinée à entretenir la haine et le mépris pour le patriarche d’Aquilée, se |>erpélua jusqu'au siècle dernier.

HISTOIRE DE VENISE

Los Vénitiens ne sortirent pas avec le même surrès de la lutte que , par leur imprévu; ance, ils curent à soutenir contre l'empereur d’Orient. Le traité d’alliance conclu entre la république et les Normands avait rendu ceux-ci plus audacieux , et de nouveau ils saccagèrent les Iles de l'Archipel et les rives du Bosphore. Manuel Comnènc invita les Vénitiens à se réunir à lui pour chasser les pirates, comme ils l’avaient fait précédemment; mais les choses étaient changées, et ils refusèrent à l'empereur toute espèce de concours. Sur ce refus, Manuel fit saisir les navires vénitiens qui se trouvaient dans les ports de I empire , et jeter dans les fers tous les résidents sujets île la république, line si flagrante violation du droit des gens souleva des cris de vengeance ; tout le monde mit la main à l'œuvre pour armer la flotte : en moins de trois mois, cent vingt galères se ,. trouvèrent prêtes à prendre la mer. Les familles les plus illustres voulurent participer directement à l'expédition; celle des Justiniani, entre autres, marcha tout entière, au nombre de cent combattants, et le doge fit arborer son pavillon sur la galère capitane.

Les Vénitiens se portèrent sur les cotes de lu Dalmatic, afin de reprendre les places dont l'empereur s'était emparé ; puis ils allèrent attaquer Négrepont , qui ne se défendit pas, et où ils apprirent, à leur grande surprise, que l'empereur ne faisait aucune disposition pour repousser leurs hostilités, et montrait un grand désir de terminer à l'amiable le différend. Michieli cnit à ces feintes protestations, et envoya des ambassadeurs à Constantinople, tandis qu'il ralliait sa flotte dans la rade de Scio. Les négociations traînèrent en longueur; on eût dit que l'empereur n'avait d'autre but que de lasser la patience des envoyés de la république. Enfin, ses interminables lenteurs produisirent le résultat qu'il attendait ; la peste atteignit les équipages vénitiens qu'elle décima , et alors les Grecs prirent l'offensive. Privé de scs meilleures troupes, le doge n'osa pas les attendre; il eut la douleur de ne ramener à Venise que quelques misérables débris de sa flotte, et d'apporter dans sa patrie le germe de l’affreuse maladie qui avait moissonné ses équipages. Le peuple, furieux, l'accusa de trahison, s’assembla devant le palais ducal , et massacra impitoyablement relui à qui I on pouvait tout nu plus reprocher une fatale indécision. Loin de remédier au mal, cet assassinat mit le comble au trouble et à la désolation : ici , des familles éplorées gémissaient sur la porte de leurs enfants; là, des partisans de Michieli étaient exposés aux outrages de la multitude; partuut enfin la peste sévissait avec une effrayante activité* Ce fut pourtant de cette confusion que sortirent les première germes d’une réforme salutaire dans la constitution de l'Etat.

Durant les deux derniers siècles, les fortunes avaient acquis à Venise un développement considérable ; aussi toutes les familles aisées s'alarmaient de plus en plus des luttes occasionnées pour la possession du pouvoir : elles résolurent d'en prévenir à jamais le retour. Depuis l'institution des doges, douze d'entre eux avaient essayé de rendre cette dignité héréditaire dans leur famille ; on en romp-

CONSOLIDATION DE LA KËPUBLlgUË.

tait cinq qui avaient élu forcés d'abdiquer, neuf exilés ou déposés, cinq bannis avec les yeux crevés, et cinq massacrés. Pour établir l'équilibre, il fallait d'un côté renfermer les attributions du pouvoir dans de justes limites, de l'autre empêcher le peuple d'exercer à sa guise la puissance souveraine. Voici comment on y pourvut.

Jusqu'ici les élections s'étaient faites directement par le peuple assemblé en concione , quelquefois même par acclamation seulement. La fin tragique de Vital Micliieli , et surtout les circonstances désastreuses où se trouvait la république , rendaient difficile le choix de son successeur. Au milieu de l’anarchie régnante , le corps judiciaire dit de la quarantie, parce qu’il était composé de quarante membres , se crut assez fort pour réformer In constitution. Il décréta qu’à l’avenir chacun des six quartiers ( sw lieri) de la ville nommerait tous les ans douze électeurs, et que ces douze électeurs réunis choisiraient parmi les citoyens de toute classe quatre cent soixante-dix personnes qui, sous le nom de grand conseil , représenteraient la nation dans les alTaires importantes. L’autorité ducale fut limitée par l’établissement d’un conseil particulier composé de six membres nommés par le grand conseil , sans l’avis ni l'approbation duquel le doge ne pouvait rien faire ; enfin on institua un autre corps politique composé de soixante membres pris dans le sein du grand conseil , et renouvelés aussi annuellement. Ce corps , auquel on donna le nom de sénat, existait déjà depuis plus d'un siècle sous une autre forme et avec le titre de conseil des pregadi ( des priés) , car en 1052 le doge régnant, soit par un mouvement spontané, soit par la force des circonstances, s’était adjoint soixante citoyens notables qu’il invitait a venir conférer avec lui sur les affaires importantes , et l’autorité de l’assemblée générale en avait été considérablement amoindrie. Auj lieu d’être un simple conseil facultatif du prince , le sénat devint une espèce de commission permanente déléguée par le grand conseil l»our l'expédition des affaires qui ne nécessitaient pas l’intervention de l’assemblée générale ; dans la suite , il se rendit même tout è fait indé|iendant.

Le peuple approuva ces modifications ou ne s’y opposa pas, et sur-le-champ le grand conseil, le sénat et le conseil du doge entrèrent en fonctions. Kestait l’élection du magistrat suprême, qui appartenait de droit à 1 ’arrengo, c’est-à-dire au peuple assemblé ; mais , afin d'éviter les dangers d’une élection populaire , on en confia, pour cette fois seulement , le choix à onze électeurs. Ce même peuple que déjà l’on venait d'éloigner indirectement des affaires, ne réclama point , et il parait que depuis lors l'assemblée populaire ne fut que très-rarement consultée. Le choix des onze électeurs tomba d'abord sur Orio Malipicr, qui refusa ; ensuite sur Sébastiani Zinni , auquel on fit ratifier tous les changements qui venaient de s'accomplir (1172).

Les querelles du saint -siège avec l'empereur d'Occidcnt duraient encore. Alexandre III, chassé de Home par Frédéric Uarberousse et dépossédé momentanément du trône pontifical, était venu si* réfugier à Venise, où il fut reyu avec

1IISTOIKE DE VENISE.

empressement. Frédéric somma la république do lui livrer le fugitif; mais, fidèles à une des maximes de leur invariable politique qui était d’empêcher, autant que cela dépendait d'eux , l'établissement de la puissance des empereurs dans leur voisinage, les Vénitiens repoussèrent sa demande. Aussitôt Barberoussc fit équiper une flotte de soixante-quinze galères, dont il confia le commandement à Othon, son fils, avec l'ordre d'attaquer immédiatement et de saisir tout ce qu’il rencontrerait. Les Vénitiens n'avaient que quarante galères à lui opposer, mais elles étaient commandées par le doge, homme de mer habile, qui battit complètement la (lotie impériale près du cap Salborno en Istrie et fit Othon prisonnier. Frédéric consentit à traiter de la paix ; il se rendit même à Venise pour se réconcilier avec le pape. Lorsque Alexandre vil à genoux devant lui ce prince qui depuis vingt ans le poursuivait d'asile en asile , il s'oublia jusqu'à lui poser le pied sur la tête en prononçant ces paroles du psalmiste : « Je marcherai sur l'aspic et le basilic , et « je foulerai le lion et le dragon. — Ce n'est pas devant toi que je m'humilie , « s'écria Fréd'ric, mais devant Pierre que tu représentes. — Devant moi comme o devant Pierre, » répliqua le pontife en appuyant le pied de nouveau.

Les services qu'ils venaient de lui rendre encouragèrent les Vénitiens à demander à Alexandre la souveraineté exclusive de l'Adriatique , où depuis deux cents ans ils étaient les maîtres de fait. Le |>opc reconnaissant la leur accorda, et en donnant au doge l'anneau qui était le symbole de toute investiture, il lui dit : « Hece- « vez-le de moi comme une marque de l'empire de la mer; vous et vos successeurs o épousez-la tous les ans , afin que la postérité sache que la mer vous appartient « et doit être soumise à votre république comme l’épouse l'est à son époux. » C’est pour perpétuer le souvenir de cette donation qu’à la fête du Huccntaurr, qui depuis la conquête de la Dalmalie se célébrai! annuellement, le jour de l’Ascension , l'on ajouta celle du mariage du doge avec la mer. Telle est aussi l'origine du droit que Venise s’arrogea sur les eaux de l'Adriatique , et qui ne lui fut contesté que lorsqu'elle ne put plus le défendre. Le traité de Constance suivit cette pacification, et en donnant la tranquillité à l'Italie il accrut l’influence de Venise.

A la mort de Ziani (1178), on changea encore la forme de l'élection : le grand conseil nomma quatre électeurs, ceux-ci en choisirent chacun dix; et le doge fut élu par les quarante. C'est là le commencement du nouveau système d’élection qui , hérissé de combinaisons sans nombre , concentra la nomination du chef de l'État entre les mains du grand conseil. Le premier doge élu sous l'empire de ce nouveau règlement fut le mèmeOrio Malipicr qui six ans auparavant avait décliné cet honneur.

C’est sous le règne de Malipicr qu’eut lieu la troisième croisade commandée par Philippe-Auguste , roi de France, et par Kichard Cœur-de-Lion , roi d'Angleterre. Toujours prête à saisir l'occasion d étendre son commerce, Venise envoya une flotte assiéger Ptolémaïs, que Guy de Lusignan, roi de Jérusalem, bloquait étroitement du côté de la terre. La ville ne capitula qu'après trois ans de siège.

CONSOMMATION DR LA ItÉI’UBI.KjrK

rl les Vénitiens, rentrés en possession du quartier qui leur avait elé prerédrmnienl accordé, revinrent triomphants en Europe. Malgré ces sucrés, Mnlipier ne voulut pas conserver la couronne ducale : dégoûté d'une autorité dont il avait été revêtu sans la désirer, il abdiqua pour se consacrer à la vie monastique [ 1 192'.

Henri Damiolo, l'un des plus grands hommes de la république et du moven âge, fut appelé à remplacer Malipier. Ambassadeur à Constantinople , vingt ans auparavant, il avait eu les jeux crevés par ordre de l'empereur Oomnène, outrage dont la république, épuisée par le désastre de Xégrepont et par la peste, ne put tirer vengeance, Comuène était loin de se douter alors que ce vieillard aveugle entrerait un jour en vainqueur dans sa capitale I Dandolo, âgé de plus de quatrevingts ans lorsqu’il monta sur le trône ducal . était un de ces caractères dont l'indomptable énergie pouvait seule dominer les hommes dans ces siècles de v iolenee ; il avait d'ailleurs tout le génie politique que comportaient les lumières et la civilisation de son temps et de son pajs : aussi les entreprises dans lesquelles il engagea la république furent-elles constamment glorieuses et utiles.

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