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LES VÉNITIENS EN ORIENT

occupations. Gènes était à celte époque la seule puissance inaritimu en étal de lutter contre Venise. Déjà, en 1211, elle avait excité les Candiotes à la révolte; en I25G, une querelle survenue entre les deux nations à Sainl-Jean-d’Acre , à l'occasion de l'église de Saint-Snldm , dont les Génois prétendaient disposer exclusivement, fit éclater leur haine et leur jalousie mutuelles. Malgré la décision du pape en faveur des Vénitiens, les Génois fortifièrent l'église et chassèrent ceux-ci 'de la ville, l'ne telle insulte ne pouvait rester sans vengeance : Venise arma en toute liilte treize galères, qui forcèrent l'entrée du port de Saiut-Jean-d’Acrc et brûlèrent tous les bâtiments génois qui s’v trouvaient; ses rivaux furent à leur tour chassés de la ville, puis de Tyr où ils s'étaient réfugiés. Ces hostilités n'étaient que le prélude des combats plus sérieux et plus sanglants que se livrèrent les deux républiques pendant trois siècles.

Cependant les empereurs français à Constantinople, et , par suite , les possessions vénitiennes sur les rives du Bosphore et dans l'Archipel , se trouvaient de jour en jour plus compromis. Cette situation préoccupait vivement le sénat et le doge, convaincus de l'impuissance de la république à conserver tant de provinces éloignées. Leur inquiétude augmenta encore lorsqu’ils apprirent que les Génois venaient do contracter une alliance offensive et défensive avec Michel Paléologue, chef des Grecs indépendants. Baudouin II, prince faible et méprisable, était resté seul possesseur du trône impérial depuis 1237. Dans sa détresse, après avoir vainement imploré les secours de tous les princes de l'Occident, il était revenu dans sa capitale ou, pour se procurer quelque argent, il faisait enlever le plomb des couvertures des églises et des palais. Les Grecs, au contraire , retrempés par soixante ans d’adversité, avaient recouvré quelque courage. Depuis la chute de leur empire , le droit d'hérédité ne leur donnant plus de maîtres, leurs chefs, qui ne devaient qu’au mérite personnel leur élévation, s’étaient montrés tout a la fois intrépides guerriers et habiles négociateurs. Sous la direction de Théodore Lascar», de Jean Vatace, et enfin de Michel Paléologue, le trône des Césars avait été relevé à Nicée , et plusieurs conquêtes successives les avaient déjà rendus maîtres d’une grande partie de leur empire primitif. Chaque jour ils resserraient le cercle qui entourait Constantinople, et lorsqu'ils purent disposer des vaisseaux génois, le blocus devint impénétrable. Jacopo Quirini, qui commandait la Hotte vénitienne, s’étant reconnu impuissant à contenir l'ennemi, l'empereur Baudouin, le podestat vénitien Marc Gradenigo, le patriarche Pantaléo Justiniani, coururent chercher un refuge à Négrepont sans avoir essayé de faire tête au danger.

Alexis Stratcgopulc , général de Michel Paléologue, eut recours à la ruse pour s'emparer de Constantinople. Quinze de ses soldats étant parvenus à s'introduire dans la ville, massacrèrent ceux qui en gardaient les portes et les lui ouvrirent. Aussitôt les Comans ou Talars, qui marchaient sous les drapeaux de Michel, se répandirent dans tous les quartiers pour piller les Latins, tandis que les autres

HISTOIRE DE VENISE

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troupes, composées de (1ms, restaient rongées autour (le leur général. 1,'rtTroi qu'inspiraient ces étrangers, l'incendie qu'ils allumaient partout où ils pouvaient pénétrer, la révolte des habitants, qui voulaient secouer un joug odieux , jetèrent la confusion parmi les Français : privés de leurs chefs et de toute énergie personnelle devant ce petit nombre d'assaillants, ils se précipitèrent pèle-mèle sur les j navires qui se trouvaient dans le port et gagnèrent les Iles de l’Archipel. Ainsi Constantinople, après cinquante-sept ans trois mois et ouïe jours d'occupation étrangère, rentra sous la domination des Grecs, et cet empire, qui devait durer encore près de deux siècles, parut recouvrer une nouvelle jeunesse,

La prise de Constantinople fut aussi nuisible aux Vénitiens qu'avantageuse aux Génois : ceux-ci reçurent de Paléologue, qui monta sur le Irène après en avoir violemment écarté ses pupilles, de grandes concessions; entre autres, la possession de l’ile de Seio, palais et comptoir de la colonie vénitienne de Constantinople. Ces avantages , joints à l'appui qu'ils rencontraient dans tout l'empire, leur assurèrent bientôt dans la mer Noire une position plus puissante, sous tous les rapports, que celle de leurs rivaux. Gènes envoya une (lotte de trente galères pour soutenir Michel ; Venise, de son côté, arma trente-sept galères avec lesquelles Jneopo Del fi no remporta quelques succès ," bien qu'il eût 4 lutter contre des forces supérieures. A Seltc-Pozii, Gilbert Dnndolo livra un combat sanglant dans lequel l'omirnl génois, l’ictro de Grimatdi, fut tué, quatre de ses galères prises, et le l'este de la flotte obligé de se réfugier à Malvasia. Au printemps de ldG;l, une nouvelle flolle vénitienne , forte de cinquante -cinq galères, commandées par Andrea Barozzi , se mit en mer. Dans le voisinage des côtes de la Sicile , l'amiral avant reçu le faux avis que les Génois avaient paru dans les eaux de Syrie, cingla vers ces parages, où il s’empara d un de leurs vaisseaux marchands richement chargé; puis, tournant vers Ptolémaïs, il attaqua cette ville, mais sans succès. De son côté, l'amiral génois, Simeon Grillo, se livrait à des actes de pure piraterie.

Cet état permanent d'hostilités portait le plus grave préjudice aux intérêts des deux républiques; elles prirent comme d'un commun accord la résolution d’en finir par une bataille décisive A laquelle, de part et d'autre, on se prépara avec une ardeur inouïe. Au printemps de l'année l-2(i'( , les deux flottes se rencontrèrent à la hauteur de Trapnni sur les côtes de la Sicile. Celle (b1 Venise, composée de trente-sept gîtlèrcs, avait été confiée aux deux amiraux les plus capables de la république, Jacopo Dnndolo et Marc Grmlenigo; celle des Génois, forte de trente -deux galères seulement, était commandée par Lanfranco Barbarino. Ceux-ci chargèrent les premiers, avec toute l'audace et toute la bravoure qu'insspire la résolution de vaincre ou de mourir ; leurs adversaires soutinrent le choc eu hommes accoutumés à ne craindre aucun péril, et bientôt l'action devint générale. Un acharnement incroyable régnait de part et d'autre. Les Génois, après avoir perdu beaucoup de monde, n’ayant d'autre salut à espérer que dans la fuite, résolurent de se faire massacrer tous plutôt que de se rendre, opiniâtreté

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