GUERRES EXTÉRIEURES
André Contarini, n'fnsi d'accepter la couronne. Il se relira même dans le territoire de Padoue , pour échapper à cct honneur ; mais le sénat lui fit signifier que s'il persistait dans son refus , la république le traiterait comme rebelle , et ordonnerait la confiscation de ses biens. Il se soumit, et vint recevoir une couronne qui ne donnait qu'un semblant d'autorité , mais qu’il était aussi dangereux de refuser que d'accepter. Ainsi, depuis la serratuM consiglio les patriciens marchaient de concert sur les ruines des libertés publiques , sans s'apercevoir qu'un petit nombre d'entre eux empiétaient incessamment sur le pouvoir des autres.
Il fallut deux ans d'efforts et du blocus le plus rigoureux pour forcer Trieste à se rendre. Elle avait reçu de nombreux renforts des habitants de la Gamiolc, et le duc d’Autriche , à qui elle s'était donnée, lui avait même envoyé une petite armée. Malgré ces secours, le lion de Saint-Marc triompha, les Allemands se virent obligés d'effectuer leur retraite , et la famine força Trieste à se rendre ; on punit du dernier supplice les chefs de la rébellion , et une citadelle formidable , élevée par les vainqueurs , répondit désormais de la fidélité des Triestins. Cette lutte était à peine terminée, que la république se trouva de nouveau engagée contre ses voisins dans une longue série de guerres, qui faillirent lui être fatales. Nous allons les raconter avec quelque développement , car l’une d'elles forme une partie importante de cette histoire.
Ce fut d'abord François de Carrare qui, oubliant les services que lui avait rendus Venise , commença les hostilités. Sans égard pour les traités, ce prince cherchait par des empiétements continuels à reculer les limites qui séparaient son domaine du territoire de la république, ou à nuire au commerce des Vénitiens en détournant les eaux de la Brenta. Les représentations du sénat n'ayant pu le faire renoncer à son entreprise, on lui déclara la guerre; pour gagner du temps et s'assurer des appuis, il proposa de soumettre la question à des arbitres. En effet, pendant le cours des négociations , il parvint à décider le roi de Hongrie et le duc d'Autriche à faire cause commune avec lui , en même temps qu'il cherchait à se débarrasser |tar l'assassinat de scs adversaires les plus influents à Venise. Mais le conseil des Dix veillait sur ses démarches : les émissaires de Carrare furent arrêtés avec leuis complices , parmi lesquels se trouvèrent plusieurs patriciens ; les uns et les autres subirent le dernier supplice, et le sénat fit aussitôt envahir le territoire de Padoue.
Cependant le roi de Hongrie et le duc d’Autriche ne restaient pas inactifs : le premier pénétrait avec ses hordes dans les campagnes de Trévise , tandis que l'autre s'établissait dans les cantons de Bellune et de Keltrc. l)e son côté. Carrare avait mis sur pied une armée considérable. Les Vénitiens ne purent tenir tête à ces forces réunies, et ils éprouvèrent plusieurs échecs; mais, à force de sacrifices, ils parvinrent à lever un grand nombre de troupes dans les provinces turques et morlaques; ils se prorurèreut même quelques canons , machines
HISTOIRE DE VENISE
dp guerre alors Tort rares , et entrèrent en campagne avec une supériorité marquée. Les Hongrois, à leur tour, essuyèrent une défaite complète; leur chef, le waivode de Transylvanie, et beaucoup de seigneurs padouons, furent faits prisonniers. Carrare , réduit à ses propres forces , ne voulut pas continuer une lutte désormais trop inégale : par l'intercession du pape, il obtint la paix, et accepta toutes les conditions qu'on voulut lui imposer (1373). Il s'engagea à démolir les forts élevés par lui sur les frontières de la république, à payer 100.000 ducats pour les frais de la guerre , et à verser, pendant quinze ans , dans le trésor de l'église de Saint-Marc, 400 ducats; bien plus encore , il se soumit à envoyer son fils demander pardon au grand conseil.
Vaincu et humilié. Carrare n’avait pas déposé sa haine. A peine le traité était-il signé, qu'on le vit parcourir les différentes cours d'Italie, cherchant à organiser une coalition formidable contre la république. Cette ligue se composa des Génois , toujours prêts à entrer en campagne lorsqu'il s'agissait de combattre leurs rivaux ; du roi de Hongrie , désireux de s’assurer la tranquille possession de la Dalmatie; du patriarche d'Aquiléc, le plus implacable ennemi de Venise; du seigneur de Vérone ; et enfin de tous les princes riverains de l'Adriatique , qui voulaient s'affranchir de la domination que la république s’était arrogée sur celte mer. Carrare , l'âme et l'instigateur de la ligue, se chargea de réunir les divers contingents des confédérés; mais le commandement supérieur en fut dévolu aux Génois. Lorsque le doge connut le résultat des intrigues de Carrare , il chercha aussi de son côté des alliés, mais il n'en trouva que deux ; le duc de Milan et le roi de Chypre, princes faibles ou peu zélés, qui ne lui fournirent que des secours insignifiants. La principale ressource de Venise, durant cette guerre acharnée , fut le dévouement et le patriotisme de ses sujets ; nobles passions qui n’ont jamais été poussées plus loin chez aucun autre peuple. Après avoir indiqué les principaux acteurs de cette mémorable lutte , il nous reste à en faire connaître les commencements; et c'est vers l'Orient qu'il nous faut d'abord porter nos regards.
l'aléologue , dit Calojean V, empereur de Constantinople , avait, à la suite d'une conspiration tramée contre lui , jeté deux de scs fils eu prison où il leur avait fait crever les yeux. Ils y étaient depuis vieux années , lorsque les Génois parvinrent à les tirer de cette affreuse captivité et à mettre sur le trône Andronic. C'était l'aîné. Calojean le remplaça dans le même cachot. Pour prix de ce service, Andronic avait cédé aux Génois l'ile de l enédos , place de la plus haute impor- ' tance pour leur commerce , à cause de sa position â l'entrée des Dardanelles ; mais lorsqu'ils voulurent en prendre possession , les habitants , fortement attachés à l’empereur détrôné, leur fermèrent leurs ports. Ayant appris ce témoignage de fidélité à sa mauvaise fortune , Calojean résolut d'employer tous les moyens possibles pour recouvrer la liberté,
H y avait alors A Constantinople un jeune Vénitien nommé Charles Zéno, dont
l<; caractère entreprenant avait déjà fait grand bruit 1 ; il laissait pour l'homme le plus capable de se charger d'une entreprise hasardeuse et de la mener à bonne (in. Ce n'était encore à cette époque qu'un aventurier intrépide dont la vie errante excitait la curiosité par la variété et la singularité de ses incidents; mais il ne tarda pas à acquérir une renommée plus solide par d’immortels services rendus à sa patrie , et par une longue suite d'exploits glorieüx auxquels son caractère personnel ajoutait une teinte brillante de générosité et d'hcroïsme qu'on ne rencontrait guère dans les hommes de ce temps. Charles Zéno était connu de Calojean , et c’est à lui que ce malheureux prince songea pour briser ses fers. La femme d'un joaillier de la cour, avec laquelle l'empereur avait entretenu d’étroites relations, fut chargée de lui en faire la proposition. Zéno consentit sur-le-champ à une entreprise qui avait pour lui le triple mérite d'Otre difficile , périlleuse, et utile à son pays. Une troupe de huit cents hommes déterminés fut secrètement organisée , et c’est avec cette poignée de soldats qu'il se préparait à opérer une révolution dans Constantinople. L'empire grec devait être tombé bien bas, pour qu'avec si peu de moyens un homme pût sérieusement concevoir un pareil projet !
La tour d’ Amena, prison dans laquelle Calojean était renfermé, se trouvait sur le bord de la iner; à la faveur de la nuit, Zéno s'en approcha, et parvint, à l'aide d une corde , à se hisser jusqu'à la fenêtre de la chambre occupée par le prisonnier. Leur entrevue dans cette position gênante et périlleuse fut de courte durée ; Zéno pressait l'empereur de saisir sans perdre de temps le faible appui qu’il lui offrait ; Calojean , au contraire , incertain ou craignant d'exposer par sa fuite la vie de deux autres de ses fils, qui partageaient sa captivité, proposait d'autres moyens , et refusait de suivre son libérateur ; puis, comme un homme
1. Ce |iersonnage, un des plus grands hommes de la nation .véuitiennc, et dont la vie et le caractère furent si romanesques, appartenait à une des plu» anciennes familles pairicicnnes. Son père, Pierre Zéno, avait entre autres charges importantes le gouvernement de l’adoue : il périt dans une expédition contre Srajrnc, laissant son jeune lils orphelin. Le pape Clément V prit soin de son éducation et lui fil don d'nn riche bénéfice à Pat ras. Étant simple étudiant à Padone, il fut attaque et blesse par îles voleurs et laissé pour mort. Sa conduite après son rétablissement ne révéla pas en lui nue vocation bieu décidée pour l'état ecclésiastique ; il commença |>ar perdre au jeu tout l'argent consacré à ses éludes ; puis il vendit s<îs livres, quitta l'université, et s'enrôla dans les bandes mercenaires qui exploitaient alors l'Italie. Après avoir fait la guerre pendant cinq ans, il retourna à Venise où on le croyait mort ; et Ton s'étonna surtout de l'entendre dire qu’il se disposait à aller prendre possession de son bénéfice. Pat ras était alors assiégée par les Turcs; ce ne fut point un ob»tacle pour Zéno ; il partit, et à peine arrivé , au lieu de s'occuper de sou bénéfice, il se mit à la tète de la garnison, lit avec elle plusieurs sorties, et re|>oussa les assiégeants. Au milieu de ces escarmouches, il reçut une blessure tellement grave qu'on le crut mort pendant deux jours; néanmoins il guérit, mais la Providence voulait qu’il lie fût pas homme (l'Église: un duel vint différer son ordination, et peu après il éleva entre la vie spirituelle et lui une lanière insurmontable, en épousant une jeune Grecque d'une ravissante beauté. Entré bientôt après au service du roi de Chypre, qui l'employa dans plusieurs missions importantes, il parcourut l'Angleterre, la France et l’Allemagne. Enfin, après la mort de sa première femme, il épousa uue fille de la famille Jusliniani , et entreprit le négoce. Cette nouvelle carrière l’obligea de faire de fréquents voyages dans le Levant et dans la mer Noire, et c’est aussi |»our une affaire de commerce qu'il se trouvait par hasard à Constantinople eu 1376.
affaibli par le malheur, il versait d'abondantes larmes. Zéno, n'ayant pu le déterminer à s’évader, regagna son embarcation en maudissant la Idchcté de ce prince, et courut immédiatement rejoindre ses hommes et les disperser. Quelques jours après, Calojean était revenu de ses premières hésitations. Déridé à braver tous les dangers, il réclama de nouveau l’assistance de Zéno, en accompagnant sa prière d'une donation de l’ile de Ténédos en faveur des Vénitiens. Zéno lui écrivit surle-champ pour le prévenir que tout serait prêt sous deux jours. Malheureusement sa lettre tomba entre les mains d’Andronic. La femme du joaillier fut arrêtée , et la torture lui arracha les indications les plus précises sur le projet d'évasion, la vie de Zéno était en danger ; mais, averti à temps, il put se jeter dans une barque et gagner l'escadre vénitienne . mouillée dans la Propontidc. Elle était commandée par Marc Justiniani, son beau-père.
Justiuiani fut très-suipris de l’arrivée de son gendre, et bien plus encore du motif de sa fuite. Cependant , muni du diplôme qui conférait à Venise la souveraineté de Ténédos, et sans trop en examiner la validité, il fit promptement voile vers cette île. Le gouverneur, toujours dévoué aux intérêts de Calojean , s'empressa de mettre les Vénitiens en possession des forts, de la rade et de l’arsenal. Aussitôt qu’il eut reçu la nouvelle de cet heureux événement , le sénat fit partir des renforts pour Ténédos, dont il nomma Charles Zéno gouverneur. Mais les Génois, jaloux d’une si facile conquête, excitèrent le ressentiment d’Andronic, et le décidèrent à entreprendre une expédition pour la recouvrer. Ce prince y échoua complètement, et Zéno se couvrit de gloire dans la défense du poste qui lui avait été confié.
La prise de possession de Ténédos par les Vénitiens eût été pour les Génois un motif suffisant de rompre la paix jurée. Une querelle de préséance, qui eut lieu entre les ambassadeurs des deux républiques à la cour du roi de Chypre, lit éclater les hostilités (1378), et ce fut près de l'embouchure du Tibre, devant le promontoire d'Antium ' , où les Romains avaient élevé un temple à la Fortune , que les deux flottes ennemies se rencontrèrent. L’escadre vénitienne , sous les ordres de Victor l’isani, était composée de quatorze galères; l'amiral génois, Louis de Fiesque, n’en avait que dix. Après une mêlée sanglante, que l'orage rendait encore plus horrible, les Vénitiens furent vainqueurs; ils avaient coulé bas six galères ennemies; mais les trois autres, au lieu de se réfugier dans les ports voisins, tournèrent la pointe de l’Italie, et entrèrent dans l'Adriatique pour réparer leur défaite aux dépens du commerce de leurs heureux adversaires. Sur le continent, la guerre n'était pas sérieusement engagée : les puissances belligérantes, ne pouvant disposer de troupes nationales suffisantes, avaient pris à leur solde des mercenaires, qui, fort indifférents à la querelle qu’ils soutenaient, pillaient indistinctement les deux partis , tandis que, sur les (lottes , les citoyens de Gênes et
I. AiUoimrimi Anzio-Rovinato, potitc ville muril iim* ù sopi «l'Ostif.
les citoyens de Venise combattaient en personne, avec un acharnement que redoublait la haine mutuelle des deux républiques.
Aussitôt après la journée d'Antium, Pisani s'était dirigé vers l’ilc de Chypre pour surprendre une division génoise et s'emparer de Famagoustc; mais les ordres du sénat l'empêchèrent de mener à bonne fin cette entreprise. Lucien Uoria avec vingt-deux galères, et appuyé du concours des Hongrois, croisait dans l'Adriatique et répandait l’alarme jusque dans Venise; il fallait lui opposer un rival digne de lui. En effet, aussitôt que Pisani fut de retour dans le golfe, tout changea de face : la navigation marchande s’opéra sans obstacle , et les convois de vivres que Venise tirait de la Pouille arrivèrent avec sécurité. Pisani fit mieux encore, il parvint à enlever au roi de Hongrie les villes de Cattaro, de Sébénigo et d’Ai'bo , qui lui avaient été cédées à la fin de la guerre précédente.
Cette compagne prolongée , hérissée de fatigues et de combats sans nombre , finissait par épuiser les équipages ; aussi Victor Pisani lit-il demander à la Seigneurie la permission de ramener sa flotte à Venise, pour y prendre quelque repos. Mais le sénat , craignant que lloria , maître en quelque sorte du golfe , ne bloquât la Hotte vénitienne dans le port, refusa de recevoir sou amiral, qui fut obligé de passer l'hiver à croiser d 'vont la côte d'Istrie. Une maladie affreuse fondit alors sur tous ses navires, et des milliers de matelots, qui, toujours en face de Pola, soupiraient après le repos sur ce rivage hospitalier, moururent dans leurs prisons flottantes, et trouvèrent leur sépulture dans les flots. Pisani était enfin entré dans le port de cette ville, lorsque Lucien Doria parut avec sa flotte, le 29 mai 1379, à trois milles de distance. Les marins vénitiens, impatients de terminer leur longue captivité, forcèrent leur amiral à sortir pour présenter le combat. Afin de remplacer les matelots que la maladie avait enlevés, on fit monter des habitants de Pola sur la flotte avec quelques troupes de débarquement, et Pisani tenta de suppléer par sa valeur à la faiblesse de ses équipages : il attaqua avec fureur les Génois , détruisit plusieurs de leurs navires , et dans ce premier abordage leur amiral Lucien Doria perdit la vie. Mais Ambroise , frère de Lucien, prit le commandement, et les Génois, animés par le désir de venger leur chef, redoublèrent d'efforts : quinze galères vénitiennes furent prises; dix-neuf cents prisonniers, parmi lesquels on comptait vingt-quatre membres du grand conseil, demeurèrent au pouvoir des vainqueurs; Pisani ne parvint à sauver que quatre galères. Home ancienne rappelait ses généraux malheureux; Venise, plus impitoyable , fit jeter Pisani en prison , et le déclara incapable pendant cinq ans d'exercer aucune fonction publique.
Les Génois poursuivirent leurs avantages ; par les soins du nouvel amiral Pierre Doria, leur flotte fut bientôt portée à quarante-sept galères; elle s'avança ensuite jusqu'à Saint-Nicolas du Lido, une des ouvertures de la lagune , et, après s'étre concertée avec François de Carrare, se montra devant Chiozza. La défense et l'attaque de cette place sont mémorables dans les annales militaires de Venise;
HISTOIRE DE VENISE
aussi allons nous en rapporter avoc quelques détails lus principales opérations.
Nous avons dit, au commencement de cette histoire , que la lagune qui sépare Venise du continent est pourvue, du côté de la mer, d'une fortification naturelle, l'n cordon d'iles longues et étroites, isolées l'une de l'autre par de petits passages, s’oppose comme un boulevard à l'envahissement des flots; nulle part il n'a plus de mille pas de large, tandis que sa longueur est de trente-cinq milles. Cette chaîne de terres peut être assez bien représentée comme la corde d'un arc formé par les côtes de terre-ferme. Venise se trouve placée juste au milieu de l’espace compris entre la corde et l'arc. Au moyen rlgc les principales de ces îles étnient, en partant du nord : Saint-Érasme , Malamocco , Albiola , Palestrina (ces deux dernières ont été réunies depuis ), Chiozza et Brondolo, qui constituent le littoral maritime de Venise. Dans le xiv" siècle, les passages ou canaux qui de distance en distance occupent cette ligne de terre étaient au nombre de six '. Ceux de Brondolo et de Chiozza , placés à l'extrémité sud de la lagune , sont les seuls qui doivent nous occuper en ce moment : le premier est formé d'un roté par la terre-ferme, et de l'autre par l’ile de Brondolo ; le second sépare Brondolo de Palestrina11. Ces derniers étaient les plus profonds3. Enfin, il importe de faire remarquer que la ville de Chiozza n'est pas sur la môme ligne que Brondolo et Palestrina , mais bien un peu en avant dans la lagune ; elle ne tient à la première de ces Iles que par un pont de deux cents pas , en sorte que les navires venant de la mer ne peuvent y arriver qu’en franchissant une des deux passes dont nous venons de parler.
Après la défaite de Pola , le sénat de Venise s'était hê té de fermer toutes les ouvertures de la lagune, même celle de Chiozza. Une triple chaîne fut tendue au travers de chaque port : d'espace en espace , elle était défendue par des sandoni , grands vaisseaux immobiles, chargés de machines de guerre et de soldats. Dans quelques endroits , les Vénitiens ajoutèrent à ces chaînes une espèce de fortification flottante , composée de poutres énormes fortement liées entre elles, et qui semblait rendre toute approche impossible. Iloria voulut examiner de près tous ces obstacles ; il lit sonder les liasses , et se décida enfin à attaquer l'ouverture de Chiozza. François de Carrare avait préparé à Padoue cent barques armées, qu'il fit descendre vers Chiozza par les canaux de la Brenta. Cette flottille attaqua par derrière la chaîne qui fermait le port et scs fortifications mouvantes, tandis que Pierre Doria l'attaquait de face. Le sandonc ou vaisseau fixe qui était placé entre ces deux ennemis ne put faire une longue résistance : après y avoir mis le feu , les soldats qui le gardaient s'enfuirent dans des barques.
Les Génois se trouvant ainsi maîtres de la lagune se portèrent sur Chiozza.
1 On les désigne sous les noms de poris f porti ), parce «pie les navires pouvaient y mouiller avant d'entrer dans la lagune.
3. C'est celui qui est désigné par tous les historiens sous le nom de Porto «li Chioggh, parce qu'il débouche sur cette dernière ville.