Aujourd'hui le plus profond est celui de Malamocco
François de Carrare fit passer la moitié de son armée dans File de Krondnln, sur le côté intérieur de laqueil • est Initie la ville ; ses alliés débarquèrent une partie de leurs troupes pour le seconder, et l'armée des assiégeants, en comptant les forces de terre et de mer, se trouva forte de quatre-vingt mille hommes. Les Vénitiens n'avaient pu faire entrer que trois mille soldats dans Chiozza, et, quoique tous les habitants fussent sous les armes, ce n'était pas assez pour repousser l'ennemi. Malgré la plus vive résistance, les Génois parvinrent à s’emparer de Chiozza-Pircola, espèce de faubourg qui communiquait À la ville par un pont d'un quart de mille de longueur; puis, à l'aide d'une surprise, ils pénétrèrent dans la place. Huit cent soixante Vénitiens y perdirent la vie, un plus grand nombre furent faits prisonniers.
Une consternation générale se répandit dans Venise lorsqu'on vit sur les tours de Chiozza l'étendard de Saint-Marc renversé, et la hampe qui le soutenait dominée par le pavillon génois. Le peuple entourait h; palais ducal en poussant des gémissements; il suppliait la Seigneurie de négocier la paix, de la faire même à tout prix . afin de sauver la république. Le doge, André Contarini , opposait son courage et sa fermeté naturelle A rabattement de cette multitude désolée : cependant , comme il jugeait du danger mieux que personne , il envoya trois ambassadeurs au général génois pour demander la paix. Pierre Doria reçut avec dédain ces ambassadeurs, et ne leur répondit que par ces paroles insultantes ■ » De par Dieu , les Vénitiens n'auront jamais la paix avec notre répu- « hlique. qu'auparavant nous n’ayons nous-mêmes mis une bride aux chevaux de s bronze qui sont sur votre place de Saint-Marc. Quand nous les aurons bridés de o notre main , nous les ferons bien tenir tranquilles I » Et en même temps que cet insolent refus parvenait à Venise, on y apprenait la perte de Torre-Nova , de Cavarzare, de Monte-Albano. de l.oredo et de Torre dette Bebc; enfin vingt-deux galères génoises et quarante barques armées se montrèrent du côté du Lido : Venise semblait menacée d'une ruine certaine.
En présence de cet imminent péril , les Vénitiens, n’écoutant plus que leur désespoir, se portèrent à la rencontre des Génois, qui essayaient de prendre terre, et les forcèrent à regagner leurs embarcations. Toutefois, ce n'était [tns par un coup de main plus ou moins hardi qu'on pouvait sauver la patrie : il fallait organiser un système de défense régulier, utiliser jusqu'aux dernières ressources. La seule flotte que possédât la république était dans la Méditerranée , sous les ordres de Charles Zéno; il ne lui restait ni vaisseaux, ni vivres, ni soldats. Dans cette détresse, on ramassa d'anciens bois de construction, du fer, tics armes et des cordages hors de service , disséminés dans l'arsenal ; on réunit toutes les galères désarmées, et l'on improvisa une nouvelle flotte. Tous les ouvriers, tous les hommes valides furent convoqués, soit ponr travailler dans les chantiers, soit pour compléter les équipages. Malheureusement Tatldeo Justiniani, l'amiral en exercice, n'était point populaire, -et ces citoyens, res
HISTOIRE HE VENISE
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artisans qu'on appelait à la manœuvre tifs vaisseaux, se demandaient avec inquiétude qui les commanderait. Tout à coup, des milliers de voix demandèrent lu liberté de Victor l’isani, et son rétablissement dans sa charge. On ne se rappelait plus le désastre de Pola ; on ne parlait que de sa victoire d’Antium et de ses exploits en llalinatie. I.e peuple en masse criait: « Donnez -nous notre capitaine Pisani , et alors nous combattrons ! »
Les Dix n'obéissaient pas volontiers aux cris du peuple ; mais eux aussi ils étaient agités par la crainte. Il fallait se défaire du Pisuni ou le mettre en liberté : or, comme en ce moment le premier parti était dangereux , on prit le second. Pisani était enfermé sous les voûtes qui supportent le palais de Saint-Marc du côté du port; il reçut avec le plus grand calme la nouvelle de sa délivrance, et demanda à passer encore une nuit en prison , où il se confessa. A la pointe du jour il sortit de son cachot avec la même sérénité qu’il y était entré : la foule qui remplissait le palais l’accueillit avec transport au cri de : Vive Pisani 1 Les soldats l'élevèrent sur leurs bras et le portèrent dans les salles supérieures, où les sénateurs et le doge lui-même vinrent à sa rencontre ; puis il entra dans la chapelle Saint- Nicolas. où il entendit la messe et communia. Ëu sortant de l'église il se rendit au collège, assemblé extraordinairement. Le doge lui recommanda l'oubli du passé , le pardon des offenses , et l'exhorta à servir la république sans regarder en arrière : « Victor Pisani , lui dit-il en terminant , on vous avait privé de In o liberté , parce que vous aviez perdu nos vaisseaux ; on vous la rend pour sauver « la patrie! » Pisani répondit avec noblesse et simplicité. « J'ai, dit-il, subi mon o arrêt sans murmure ; maintenant, rendu à la liberté, le souvenir de l'injure que « je pourrais avoir éprouv ée est déjà loin de moi ; Dieu , que je viens de rece- « voir, m'en est témoin. D’ailleurs, quel plus beau dédommagement pouvais-je « attendre que l'honneur que me fait aujourd'hui la république en me con- « fiant sa défense? Ma vie lui appartient. Puisse. Dieu m’accorder le courage « nécessaire pour remplir dignement une si noble tâche ! » A peine eut-il prononcé ces paroles, que le doge et plusieurs sénateurs quittèrent leurs places pour venir l’embrasser : l'émotion fut générale; toute l'assemblée fondit en larmes; puis, en sortant du collège, comme le peuple enivré ne cessait de répéter : « Vive Pisani ! » ce grand citoyen , ce patriote si cruellement éprouvé , se tourna vers la foule en s'écriant : « Vive saint Marc ! c'est le seul cri digne des citoyens de Venise I »
Pisani était libre ; mais , exemple frappant de la méfiance habituelle de ce gouvernement ombrageux ! il n’avait pas été réintégré dans toutes les attributions de son commandement ; aussi fut-il obligé de renvoyer à la Seigneurie ceux qui venaient lui demander des ordres. Cette demi-justice ramena la fermentation parmi le peuple , et les patriciens furent obligés de proclamer Pisani généralissime de mer. Aussitôt les enrôlements commencèrent avec enthousiasme ; plusieurs citoyens s'offrirent à armer des galères à leurs frais, et tout le peuple
se mit en devoir d'équiper la flotte. En attendant quelle pût combattre, le
généralissime lit fortifier tous les canaux qui mi à Venise , aussi bien que
Yaggere de Malamocco; il fit fermer avec des pieux et des antennes flottantes le Grand Canal et celui de la Gindecca : il établit des barques de garde tout autour de Venise, et mit en station.au débouché des principaux canaux, des coques ou grands vaisseaux ronds chargés d'artillerie. Toutefois , ces dispositions , quelque habiles qu’elles fussent, auraient été inutiles si Doria, profitant de ses premiers succès, avait marché vigoureusement sur Venise: il s'en serait infailliblement rendu maître. Mais il n'osa point aventurer sa flotte dans les liants-fonds de la lagune, et prit le parti de se fortifier à U.lùozza.
Au milieu de celte profonde détresse, on reçut à Venise des nouvelles satisfaisantes de l'Orient : Charles Zéno commandait dans ces parages, et y faisait respecter le pavillon de la république. Il harcelait sans cesse les Génois, brûlait leurs vaisseaux dans la Méditerranée et dans l'Archipel ; il pénétra même jusqu'à Constantinople, où il soumit le parti d'Andronic et rétablit Calojean sur le Irène. Mais ces actions d'éclat et ces succès lointains ne changeaient en rien une position désespérée , et le sénat envoya à son amiral l’ordre de revenir sur-le-champ au secouiss de la capitale assiégée. Tout l’espoir de Venise reposait sur le prompt retour de Zéno et de sa flotte ; car, malgré des efforts multipliés , ils n'avaient pu encore armer assez de navires pour se mesurer avec leurs ennemis : les Génois fermaient la route de la mer, François de Carrare celle de la terre, et ce n’était qu'à travers mille dangers qu'on faisait venir de Trévise quelques munitions. I.e peuple désespéré demandait cependant qu'on le menât au combat plutôt que de l'exposer à mourir de faim : ni le doge , ni le sénat , ni Pisani , ne se crurent en état de prendre l'offensive; les constructions marchaient lentement, et l’armement des navires était impossible , faute d'argent.
Le danger devenait chaque jour plus pressant : toutes les places du littoral de terre -ferme étaient occupées par les Génois, ainsi que presque toutes les îles qui la protègent du cûté de la mer; le territoire du dogado était maintenant réduit à l'enceinte de la capitale, et l'ennemi la serrait de si près, qu'on défendit de sonner les cloches de Saint-Marc, de peur qu'il ne les entendit. Quelques esprits timorés proposèrent alors d'abandonner la lagune , et de se réfugier dans quelque ile éloignée, à Candie ou à Négrepont; mais cet avis fut énergiquement repoussé , et la Seigneurie fit publier que son projet était de s'ensevelir sous les ruines de Venise, plutôt que de l'abandonner; en même temps elle annonçait que tous les citoyens qui se distingueraient par leur dévouement seraient inscrits sur le Livre d'or et prendraient rang au conseil. Aussitôt que cette résolution fut connue, nobles et plébéiens jurèrent de sacrifier leur fortune et leur vie à la défense de la ville ; malgré son grand flge , le doge descendit sur la place Saint- Marc , portant entre ses mains le gonfalon ducal, déclarant qu'il monterait lui-même sur les galères qu'il faisait armer, et en même temps
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IIISTOIHE DE \ KNISIi.
il envoyait sa vaisselle au trésor |iu!ilie; le clergé abandonna scs revenus, et les religieux s’armèrent. Dès ce moment, le dévouement des Vénitiens fut admirable ; les sacrifices les plus généreux furent offerts avec enthousiasme : un marchand pelletie)-, Itarthélemi Parulo, se chargea de payer mille soldats; Marc Cirogna , pharmacien , fournit un navire; de simples artisans, comme François di Mono , Nicolas Kiuicri , Noël Tagliapictra , Pierre Poiuiuo , entretinrent cent , deux cents hommes; d'autres, tels <|ue Douât di Porto et .Marc Orso, équipèrent plusieurs navires , et se chargèrent de pay er la solde de la chiourme. A l'aide des contributions volontaires, une flotte de trente-quatre galères fut armée complètement , et l’espoir commença à renaître. Pisoni était trop prudent pour conduire contre les Génois des vaisseaux dont la chiourme était composée d'artisans qui, quoique nés au milieu des eaux , connaissaient a peine la navigation. Un attendant l’arrivée de Zéno, il les exerça dans les canaux de la (iiudcera et de Saint-Nicolas du l.ido.
Dès qu'ils virent celte Hotte manœuvrer dans les lagunes, les Génois commencèrent à ressentir de vives inquiétudes , et afin de ne pas être surpris ou coupés, ils prirent le parti de concentrer leurs forces : ils retirèrent leurs troupes de Malamocco et de Povéglia, diminuèrent le circuit de Chiozza et en augmentèrent les fortifications, en même temps qu’ils désarmaient vingt galères pour procurer pendant l’hiver quelque repos aux équi|iages. Ils placèrent ensuite trois vaisseaux à la garde du port, et en envoyèrent vingt-quatre sur les eûtes du Frioul, [mur y chercher un approvisionnement de vivres; car on manquait de blé à Chiozza aussi bien qu'à Venise. Ces deux v illes situées au milieu de la même lagune s'affamaient mutuellement , et les convois leur arrivaient avec une égale difficulté.
. Au bout de deux mois, Pisani crut enfin pouvoir mener au combat ses nouveaux matelots, et conçut un des plus hardis projets qui puissent se présenter à l'esprit d’un homme de guerre : il consistait à enfermer la flotte génoise dans le port de Chiozza et à la forcer à se rendre sans avoir combattu. Pour cela, il fnllail d'abord lui couper la retraite en fermant sur scs derrières les deux laisses de llroudolo et de Palcslrinn : double opération fort difficile à exécuter, car les abords en étaient en grande partie occupés par les Génois , qui s'y étaient solidement retranchés. Kn quelques jooi's Pisani |uirvinl à obstruer res passes avec des carcasses de vaisseaux chargées de pierres qu’on y faisait couler à fond; puis il s'occupa de combler tous les espaces navigables autour de Chiozza , afin d'empêcher la Hotte génoise d’aller chercher un passage plus éloigné. Enlii, laissant une flottille d’observation dans la lagune , il en sortit lui-même avec ses galères par la passe du Saint-Nicolas de Udo , et revint , en côtoyant les Iles, se placer en face de ilromlolo et de Chiozza dans la haute mer. Par celte manœuvre les rôles se trouvaient complètement changés : les navires génois, emprisonnés dans Chiozza, étaient réduits à l'immobilité , tandis que la flotte vénitienne, maîtresse des passes, pouvait à volonté entrer et sortir de la lagune.
GÜERRE CONTRE LES GÉNOIS. 1o3
Enfin, le 23 décembre 1379 , il s’avança vers Chiozza avec trente-quatre galères, deux grandes coques , soixante barques armées , et plus de quatre cents bateaux. Le doge lui-méme voulut prendre part à cette expédition , et monta le premier sur la capitane, où fut arboré le drapeau de Saint-Marc ; mais , avant de quitter le rivage, il harangua le peuple, l’exhorta à concourir de tous ses moyens à la défense commune , et jura sur l'Évangile que ni lui ni les patriciens qui l'accompagnaient , ne rentreraient à Venise qu’après avoir chassé l'ennemi.
I)oria, jusqu'alors confiant dans ses forces, avait fini par reconnaître le danger ; il attendait bien quelques secours de Gènes , mais il ne pouvait sortir de sa position qu'en rompant de vive force les obstacles si habilement élevés par Pisani : chaque fois qu'il l’essaya, scs travaux furent interrompus par les galères vénitiennes, dont les feux balayaient les embarcations qui se présentaient dans une passe ou dans l'autre. Chaque jour avaient lieu les combats les plus meurtriers. Les Génois, maîtres de la terre, avaient établi de formidables batteries ; et les galères vénitiennes , lorsqu'elles foudroyaient les travailleurs engagés dans les passes, étaient à leur tour accablées par des feux croisés, qui ne leur permettaient de se tenir près de terre qu'au risque d'étre coulées bas. Ainsi , à chaque nouvelle tentative des Génois pour forcer les passes, les Vénitiens tombaient eux-mèmes par centaines. Cette effroyable lutte finit par épuiser le courage de res équipages formés à la laite , et ils déclarèrent ne pouvoir plus longtemps s'obstiner à garder des postes où ils étaient sûrs de succomber jusqu'au dernier. Pisani les harangue et les ramène au devoir ; mais deux jours après, une nouvelle sédition éclate. « Des hommes, s'écriaient-ils, ne peuvent vivre ainsi plongés sous les eaux ! * Alors le généralissime leur demande encore un peu de constance, et s’engage solennellement à lever la station le 1" janvier, c'est-à-dire dans un délai de quarante-huit heures, si l'on ne voyait pas arriver la flotte de Zéno.
Ce terme indiqué au hasard, Pisani ne l'avait tellement rapproché qu'afin de le faire accepter. Dés ce moment tous les yeux restèrent fixés sur la mer ; la tour du Campanile se couvrit de citoyens qui demandaient à l'horizon du mouvement, un seul vaisseau, pourvu qu'il portât les couleurs de Saint-Marc. Le 1" janvier 1380, l'atmosphère s'étant éclaircie, on aperçoit les villes du golfe à une grande1 distance : mais la mer est toujours déserte. « Le jour n'est pas encore baissée, élit un vieux pilote ; la mer est fée-onde en miracles! » et ces paroles prophétiques calment l’impatience. Enfin, élans le lointain apparaissent deux vaisseaux; ils sont suivis de quatre autres, puis de dix; bientôt on en compte dix-huit; ils s'avancent à pleines voiles. Est-ce1 un renfort pour les Génois? Est-ce la Hotte de Zéno? Vingt bâtiments légers partent à la découverte : tous luttent de » itesse, tous doivent faire le même signal s'ils ont une bonne nouvelle à annoncer; l’espoir, la joie, l'incertitude, agitent les cœurs, tiennent en suspens les esprits. Tout à roup on aperçoit un signal, qui se répète de proche en proche; c'est
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HISTOIRE DE VENISE
Zénol A ce cri qui s’échappe de mille bouches à la fois, l'enthousiasme se réveille; on descend de la tour; on court, on s'embrasse en pleurant : « Venise est sauvée ! »
La flotte , abondamment pourvue de provisions de guerre et de bouche, transportait des sommes considérables. Dans un même jour l'abondance fut rétablie sur les marchés de Venise, le trésor de l’État rempli , la supériorité sur mer assurée aux forces vénitiennes. Maintenant les (iénois , s’ils pouvaient sortir de Chiozza, n’échapperaient point à une défaite. Pisani ne leur permit même pas de le tenter. Profilant de l’exaltation générale, rassuré par le concours de Zéno et de scs compagnons, il reprit avec une nouvelle ardeur son projet de renfermer l’ennemi dans ses propres lignes.
Le 6 janvier, il leur fit essuyer une défaite à la pointe de la Lora ; peu de jours après , il acheva une redoute à Fossone , destinée à battre en brèche le couvent de Brondolo où ils s'étaient établis. Deux pièces de grosse artillerie, qui lançaient des pierres d'un poids énorme, y furent placées. On chargeait pendant la nuit ces instruments meurtriers , qu'on désignait alors par le nom de bombantes, et on les tirait le matin : il ne parait pas qu'on fit plus d'une décharge en vingtquatre heures. Les pierres, lancées vers le ciel comme nos bombes, décrivaient une parabole, aussi manquaient-elles très-souvent leur but; mais lorsqu’elles l'atteignaient elles causaient un ravage prodigieux. L’amiral génois, étant venu à Brondolo pour assurer la défense de ce poste , fut une des premières victimes de ce nouvel instrument de guerre; il mourut, lui et son neveu , sous l'éboulement d’un mur qu'avait ébranlé un coup de bombarde : le lendemain, vingt-deux de ses soldats périrent de la même manière.
Par suite de la mort de Doria , Napoléon Grimaldi prit le commandement des troupes génoises. Voulant à tout prix rompre le blocus , il tenta de s'ouvrir une communication nouvelle avec la haute mer, en creusant derrière le couvent de Rrondolo un canal qui devait couper Xaggcre et tenir lieu des deux ports que les Vénitiens avaient fermés. De leur côté, Pisani et Zéno redoublèrent d’activité, de courage et de ruse; et ce dernier, aussi habile à commander une armée qu'à diriger une (lotte, ayant débarqué à la tête de six mille hommes dans l'Ile de Brondolo, parvint à déloger l'ennemi. Cet heureux coup de main réduisit les Génois et leurs alliés à la seule place de Chiozza , et pendant six mois ils y furent si étroitement bloqués, que, privés d'eau potable, réduits à faire bouillir dans une eau saumâtre de vieux cuirs, leur dernière ressource , ils se rendirent à discrétion. Des quarante-huit galères qui s'étaient réfugiées dans te port de Chiozza, il n’en restait que dix-neuf en bon état ; la garnison, qui s'était élevée à quatorze mille hommes , se trouvait réduite à quatre mille , qui tous furent faits prisonniers. Tel était le déplorable état d’une armée qui avait mis Venise à deux doigts de sa perte.
lui soumission de Chiozza sauvait l’existence de la république, cependant elle
GUERRE CONTRE LES GENOIS. 4oT
ne termina point la guerre : une flotte génoise de trente-neuf galères, commandée par MarufTo , l’un des plus habiles marins de cette époque , parcourait le golfe Adriatique, menaçant toutes les villes maritimes des Vénitiens. Le trésor de Saint-Marc était de nouveau épuisé , presque tous ses revenus étaient enlevés par les ennemis ; les particuliers avaient fait pour la défense commune de prodigieux efforts qu'ils ne pouvaient soutenir plus longtemps; on avait dégarni toutes les villes de la terre ferme pour fortifier la capitale , et François de Carrare en avait profité pour presser avec les Hongrois le siège de Trévise; de son côté, Maruffo avait conquis successivement Trieste , Capo-d'Istria et Arbo. Sur ces entrefaites, Victor Pisani, à la conservation de qui ses compatriotes attachaient un plus haut prix encore qu’à celle de leurs plus fortes villes, mourut à Manfredonia, des suites de ses blessures et de ses fatigues. Idole des marins et du peuple, jamais il n’avait paru plus grand que dans le malheur, plus modeste et plus humain qu’après la victoire. I)'un consentement unanime, Charles Zéno remplaça son chef et son ami.
Zéno se porta sur Zara, où Maruffo avait concentré ses forces ; mais celui-ci ne jugeant pas à propos de courir les rhances d'une bataille, s'enferma dans le port, et son adversaire fut contraint de tenir la mer, attendant une occasion favorable. Partout l’ennemi évitait son approche ; même dans la rivière de Gênes il ne put engager le combat , et il serait entré dans le port de cette ville si le mauvais temps ne l’eût obligé de quitter ces parages. De retour à Venise, Zéno reçut l’ordre de s’emparer de Marano sur les eûtes du Frioul, place d’un accès difficile à cause des marais qui l'entourent. Il partit, mais l’état de détresse auquel se trouvaient réduits ses équipages par suite de longues privations qu'ils avaient endurées, lui faisant redouter une insurrection, il se décida à revenir sans avoir rien entrepris. Ce retour, qui n’avait point été autorisé, fut le sujet d'une vive altercation entre le sénat et l’amiral. On parlait de le charger de chaînes comme on en avait chargé Pisani ; mais le peuple fit entendre sa voix menaçante, et il descendit à terre sans avoir à craindre pour sa liberté.
Dès ce moment , la guerre se réduisit pour ainsi dire à des expéditions de corsaires, et aux dommages qu'éprouvait chaque jour le commerce maritime. La haine qui avait armé les deux peuples paraissait épuisée, et toutes les puissances qui avaient pris part A leurs démêlés se montraient également accessibles à des propositions de paix. Un congrès s’ouvrit donc à Citadella : le roi de Hongrie , les Génois, François de Carrare et le patriarche d'Aquilée exposèrent leur* demandes; la république de Venise, disposée à faire les plus grands sacrifices, accepta presque toutes les propositions qu'on lui imposait ; mais , loin que sa modération inspirât à ses ennemis des dispositions meilleures , elle s'aperçut bientôt que chacune de ses concessions faisait naître une prétention nouvelle. En conséquence, la Seigneurie donna ordre, le 20 avril 1381, à ses ambassadeurs de se retirer, et les hostilités recommencèrent. Le comte Amédée de