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IIISTOIItE DE VENISE.
Savoie étant parvenu à faire admettre sa médiation , les conférences reprirent le li août , et Venise y envoya des représentants, IA encore elle ne put obtenir que des conditions défavorables : la plus dure fut celle qui lui enlevait l'unique possession qui lui restât en terre-ferme, c'est-à-dire la Marche-Trévisane. Cependant comme elle ne redoutait rien tant que l'agrandissement du seigneur de Padouc, François de Carrare, qui élevait des prétentions sur cette province, elle aima mieux la céder au duc d'Autriche. Elle abandonna aussi la Dalmatie au roi de Hongrie, et s’engagea en outre à lui payer un tribut annuel de sept mille ducats. Quant aux arrangements avec Gènes, il fut stipulé que Venise évacuerait Ténédos et en raserait les fortifications; que chacune des deux républiques garderait les prises qu'elle avait faites, et rendrait les prisonniers sans rançon; qu'enlin, pour éviter tout sujet de discorde, elles renonceraient l’une et l'autre au commerce de l’embouchure du Tanaïs. Ainsi cette guerre acharnée avait fini par faire perdre aux Vénitiens toutes leurs possessions continentales et une grande partie de leurs richesses.
Après la conclusion de cette paix désastreuse , le gouvernement de Venise s'empressa de prouver sa reconnaissance à ceux des citoyens qui avaient le plus généreusement participé à la défense de la mère-patrie ; trente chefs de familles plébéiennes furent admis au grand conseil. Parmi eux se trouvaient trois épiciers : Zacharie , Negro , Nani; un pelletier, Pâtura; un apothicaire, Cicogna; des artisans et de simples citadins, dont quelques-uns ont acquis depuis une grande illustration. Cet acte de justice fut malheureusement contre-balancé par l’excessive partialité qu'on déploya à l’occasion de l'élection du nouveau doge. André Contarini étant mort le 5 juin 1382, la voix publique désignait Charles Zéno pour le remplacer; c’eût été une récompense digne de ses exploits et de son patriotisme ; mais à cause de ses différends avec le sénat, on lui préféra Morosini, qui pendant la guerre avait triplé sa fortune par de honteuses spéculations. La mort ne permit pas au nouveau doge de jouir longtemps de son insolent triomphe ; il succomba sous les atteintes de la peste , après quatre mois de règne, et fut remplacé par Antoine Vcnier, sous-gouverneur de Candie.
Arrêtons-nous un moment pour jeter un coup d'œil sur la situation respective des deux républiques. Gênes, sortie victorieuse de cette lutte meurtrière, avait acquis un ascendant considérable sur les divers princes de l’Italie, et cependant elle était dnns un état voisin de la décadence ; déchirée par des fartions, dirigée par un gouvernement faible , elle fut obligée , quelques années après h* traité de Turin , d’accepter le protectorat de la France pour échapper à sa ruine '. Venise , au contraire , admirable effet de la force de son gouvernement et de la sagesse
1. Le doge Antoine Adorno, fatigué des troubles civils qui déchiraient sa [latrie, engagea ses concitoyens à se donner au roi de France Charles VI , ce qu’ils firent, et le sire de Valeran de Luxembourg, comte de Saint-I'ol, fut revu en qualité de gouverneur. Mais les Géuois, profilant de l'absence de son successeur, Jean le Meingre de Boucicaiill, maréchal de France, massacrèrent
GUERRE CONTRE LES CARRARE, de ses institutions politiques! conservait son indépendance au dehors, la tranquillité au dedans, et en très-peu de temps elle parvint à réparer ses pertes. Elle eut recours auv emprunts, et elle les réalisa toujours à des taux avantageux ; ses navires marchands sortirent de ses ports en plus grand nombre que jamais, et les prolits du commerce cicatrisèrent les plaies de la guerre.
La république laissa s'écouler plusieurs aimées avant de songer à recouvrer ses possessions de la cèle d’Esclavonic ; mais, en compensation, les révolutions de Naples et de Hongrie lui permirent de faire une importante acquisition à l’entrée même du golfe Adriatique. L'ile de Corfou ou Corcyre, demeurée aux empereurs latins de Constantinople après la perte de leur capitale, avait été réunie à la couronne de Naples. Pendant les guerres civiles de la Pouille, les Corflotes secouèrent le joug de leurs nouveaux maîtres, et après s'être gouvernés quelque temps en république, ils implorèrent la protection de Venise, et se soumirent à elle le 9 juin 138G, moyennant l'assurance que tous leurs privilèges leur seruient conservés. Durazzo , ville importante sur le cèle d'Albanie, que Charles d'Anjou l'ancien avait conquise sur les Grecs, et qui avait passé avec le titre de duché dans une branche de sa famille jusqu'à Charles 111, roi de Naples et de Hongrie, fut, vers la même époque, conquise par les Vénitiens ; et, l'année d'après , les deux villes d’Argos et de Napoli de Homanie se trouvèrent réunies au domaine de la république par la cession des fcudataires qui les gouvernaient. Si elle ne poussa pas plus loin ses conquêtes sur les Hongrois, les Grecs ou les Napolitains, au moment où aucun de ces peuples n’était en état de lui résister, c'est que le désir de se venger de Carrare allait lui faire diriger toutes ses forces vers la Lombardie.
Par suite du traité de Turin, Carrare n'avait pu voir sans un vif déplaisir la Marche trévisane passer en des mains étrangères; aussi imagiua-t-il toutes sortes de prétextes pour que les troupes qu'il entretenait dans diverses forteresses de ce pays ne cédassent la place que le plus tard possible à celles du duc d'Autriche. Lorsqu'il n'eut plus de délai à opposer, il engagea Léopold à lui vendre cette province, et celui-ci, dont les finances étaient épuisées, y consentit pour la somme de quatre-vingt mille ducats. Les Étals de Carrare bordaient donc la lagune dans sa longueur, et enlevaient aux Vénitiens toute communication directe avec le continent, l’n voisin si incommode, et allié systématique de tous ses ennemis, inspirait au sénat une détiance extrême; mais trop faibles encore, les Vénitiens cherchaient moins à l'attaquer en face qu’à lui susciter des adversaires, et ils excitèrent secrètement l’animosité que nourrissait contre lui Antonio de la Scalla , seigneur de Vérone.
les Français eu 1409 , et se donnèrent au mari|uis de Monlferrat. En 1454, Us se donnèrent de nouveau au roi de France, et se maintinrent sous ce protectorat jusqu'en 1461. EnRn en 1499 Louis XII s'étant empan* de Gènes, l'autorité de la France y fut respecter* jusqu'en 15li. De nos jours, l'État de Gènes a été incorporé à l'empire français sous les noms de departements de Gènes, des Apennins , et de Montenotic.
HO HISTOIRE DE VENISE
Antonio était cc fils naturel de Cari , signore de la Scala, que nous avons vu succéder à son père (1371) conjointement avec son frère Rarthélemi. Sept ans après, afin de régner seul, il avait fait assassiner Bartliélemi avec sa famille. Carrare ne dissimulait pas l’horreur que lui inspirait ce crime. L’usurpateur crut, en lui déclarant la guerre, donner un démenti à une odieuse accusation, et faire oublier son fratricide. Il conclut donc un traité avec les Vénitiens, et s'engagea, moyennant vingt-cinq mille florins par mois, tant que durerait la guerre, à dépouiller la maison de Carrare de tous ses États, et à céder Trévise et son territoire à la république. Les faits ne répondirent pas à ces brillantes promesses: Antonio delà Scala fut battu dans deux campagnes successives , et perdit la plus grande partie de son armée : il était sur le point de cesser les hostilités lorsque des émissaires du sénat de Venise vinrent lui apporter cent mille florins, avec l'ordre de lever de nouvelles troupes. Dès ce moment , Carrare résolut de transporter ailleurs le théâtre de la guerre; il parvint à gagner à sa cause des personnages considérables dans les conseils de la république : Pierre Justiniani, avogador, et Étienne Manolesso, membre du tribunal des Quarante, s'engagèrent à lui révéler les projets du gouvernement et à employer toute leur influence pour faire écarter ceux de ces projets qui lui seraient défavorables. L'active vigilance du conseil des Dix déjoua cette coupable connivence : les deux traîtres eurent la tète tranchée , et Carrare dut rherehor d’autres moyens pour sortir de la lutte où il était engagé.
Jean Galeux Visconti, duc de Milan, mais plus ordinairement désigné sous le titre de Comte de Vertus ( Cornes Virtulum ), avait à plusieurs reprises offert son alliance , soit à de la Scala, soit à Carrare ; tous deux avaient refusé de s’associer à un prince dont ils connaissaient la mauvaise foi '. Cependant , depuis sa der • nière défaite , de la Scala se disposait à prêter l’oreille aux propositions de Visconti , lorsque Carrare le prévint en acceptant l’alliance proposée. Les deux armées envahirent de concert le territoire du seigneur de Vérone, le battirent sur tous les points , et le forcèrent de se réfugier à Venise : il ne restait plus qu’à partager ses dépouilles. Visconti , qui dès le commencement des hostilités s’était réservé Vérone, revendiqua de plus la possession de Vicencc comme une légitime propriété de sa femme, et Carrare , vaincu par la perfidie d'un allié dont il ne pouvait combattre les prétentions à force ouverte, se contenta de protester publiquement et d'adresser des lettres circulaires à tous les princes de la chrétienté; après quoi il abdiqua en faveur de son fils Francesco.
La guerre fut reprise avec une nouvelle vigueur; en moins d’une campagne, Padoue , Trévise , Cénéda , Feltre et Bellune tombèrent au pouvoir des confédérés. Pressés de toutes parts, ne pouvant même plus compter sur l’affection de leurs sujeLs.les Carrare firent leur soumission à Jacques dcl Vcrme, lieutenant
I. Ce prince avait épousé Isabelle, fille de Jean II, roi de France, qui lui apporta en dot le petit comté de Vertus, situé à si* lieues de Châlnns en Champagne.