‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 32 sur 155 · GUERRE CONTRE I.ES CARRARE · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE I.ES CARRARE

de Visconli, et s'acheminèrent vers Pavie pour se jeter aux pieds du duc luimê me ; mais celui-ci les fit arrêter. Le père Tut enfermé dans le château de Como, et le fils dans la forteresse d’Asti avec, sa famille. En conséquence d'un nouvel arrangement avec Galeaz, Venise reprit son ancien territoire, une portion du Padouan et la campagne de Oénéda , pendant que la domination des Visconli s'étendait sur presque toute la haute Italie (1388).

Dans cette circonstance, la conduite de Venise n'avait pas répondu à la haute prudence qui distinguait ses conseils. Assez fortes pour se défendre , trop faibles pour inspirer de craintes , les maisons de de la Scala et de Carrare pouvaient devenir pour elle un boulevard contre l'ambition des Visconli. La supériorité de ses forces et de ses richesses lui donnait mille moyens de les tenir l'une et l’autre dans une espère de vasselage. C'était donc une grande faute d'avoir excité de la Scala à la guerre , et de l’avoir ensuite laissé périr faute de secours suffisants ; c'en était une plus grande encore d'avoir sacrifié Carrare à un aveugle ressentiment et enrichi de ses dépouilles le tyran le plus puissant, le plus ambitieux, le plus perfide de toute l'Italie. Lia Vénitiens ne tardèrent pas à s’en apercevoir : Galeaz avait osé dire aux députés de Padouc qui venaient lui rendre hommage , que si Dieu lui accordait seulement cinq ans de vie, il rendrait les Vénitiens leurs égaux et mettrait un terme à la jalousie qu'une ville à demi submergée avait longtemps causée à Padoue ; bientôt après les couleuvres menaçantes ' des Visconti.se présentant sur les bords de l'Adriatique, annoncèrent à Venise qu'elle n'avait plus qu'à songer à se défendre.

Afin de se débarrasser d’un si redoutable ennemi , la république résolut de seconder les efforts entrepris par Francesco, fils de Carrare, pour recouvrer les États de son père. Nous avons dit que ce jeune prince avait reçu pour prison la forteresse d’Asti; nu bout d'un an, il fut assez heureux pour s'en échapper. L'électeur de Bavière, les républiques de Florence et de Bologne, Venise ellemême , s’intéressèrent en sa faveur. Avec les secours qu'il a obtenus de ces puissances, il s'avance jusqu'à la frontière des anciens États de son père, en faisant porter devant lui trois drapeaux : celui de la commune de Padoue , celui du char (rarro) , armoiries parlantes de sa maison , et relui des anciens seigneurs de Vérone, comtes de la Scala.' A la vue des ces étendards, les peuples , que Galeaz écrasait d'impôts , se mettent en révolte ouverte ; l'armée envahissante grossit à chaque pas. Francesco s'avance jusque sous les murs de Padouc , et somme le général qui commandait la place pour Visconli de se rendre à discrétion; mais celui-ci répond : «Il est bien fou relui qui, étant sorti par la « porte, croit pouvoir rentrer par-dessus les murs ! » Au-dessous du pont de la Hrenta se trouvait un gué où l'on n’avait de l'eau que jusqu'au genou , et qui

1. Les ducs de Milan portaient d’argent à la guivre ( couleuvre) ou hisse d’azur, couronnée d’or, dévorant un enfant issanl de gueules. Les historiens italiens se sont souvent appuyés de ce» armes pour désigner par le mol de couleuvre la famille nu les armes des Visconli.

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n’ctait défendu que par quelques palissades en bois. Francesco s'y présente avec douze hommes armés de haches, renverse ces faibles obstacles , et jette dans la place deux cents hommes qui se répandent dans les divers quartiers en criant : vire Carrare! A ce signal, les Padouaus sortent en armes de leurs maisons, chargent les Milanais et les mettent en fuite. Les châteaux seuls résistèrent, mais bientôt ils demandèrent à capituler, et , le 27 août 1390 , Francesco fut rétabli sur le trône de ses pères. Sa reconnaissance envers la Seigneurie ne tarda pas à le conduire à Venise, où il cimenta ses protestations de dévouement par une alliance offensive et défensive, alliance que par intérêt et par ambition la république rompit presque aussitôt. Mais avant d’expliquer ce brusque revirement de politique , portons nos regards vers l’Orient.

Nous avons dit les importantes acquisitions que Venise avait faites sur les côtes de l’ancienne Grèce. Le désir de conserver ces possessions nouvelles aussi bien que les anciennes l’entraîna dans une grande expédition contre les musulmans , qui menaçaient à la fois d'envahir Constantinople et le reste de l’Europe (1395;. « J’irai faire manger l’avoine à mon cheval sur l’autel de saint Pierre » , répétait sans cesse Bajazet ; sa soif de conquêtes était facile à assouvir de ce côté : l’Empire d’Orient ne pouvait lui résister, car les tristes restes de l’héritage des Césars n'avaient pas vingt lieues d’étendue, et encore cet étroit espace renfermait-il deux empires, celui de Byzance et celui de Rbodosto ou de Sélivréc. Les princes, que les liens du sang et le sentiment de leurs malheurs devaient réunir, se disputaient avec fureur les lambeaux de la pourpre impériale. Tous les crimes que l’ambition avait inspirés pour la possession du sceptre du monde, on les commettait pour régner sur quelques misérables cités. Manuel Paléologue avait envoyé en Occident demander du secours , mais son cri d'alarme ne trouva que des incrédules ou des cœurs indifférents. En vain faisaitil répéter aux rois et aux princes de l’Europe que Constantinople était la barrière de la chrétienté ; ils ne pouvaient regarder comme une barrière suffisante une ville incapable de pourvoir h sa propre défense, un empire qui avait sans cesse besoin d’être secouru. C’est que la foi n’était plus aussi vive qu'aux siècles précédents; un égoïsme étroit dominait chez les princes et les particuliers ; on ne considérait le danger comme imminent que lorsqu'il apparaissait à la frontière. En vain le pape Bonifare IX fit-il prêcher la croisade; aucun prince de la chrétienté ne vint se ranger sous l’étendard de la foi. Venise, Gênes, et le roi de Hongrie, les seules puissances, après les empereurs grecs, le plus immédiatement intéressées à empêcher les progrès des Ottomans, furent aussi les seules qui répondirent à cet appel. Quant au roi de France, sa qualité de protecteur de Gênes lui imposait l’obligation de prendre part à l’expédition, et il fournit un contingent d’environ dix mille hommes, presque tous montés. Cette brave milice voyait à sa tête le duc de Nevers, fils du duc de Bourgogne, jeune prince à qui sa témérité fit donner dans la suite le surnom de Jran-sans-

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