‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 34 sur 155 · IIS · texte numérisé non relu

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HISTOIRE DE VENISE

ticuler la moindre défense en faveur de Carrare. Quelques historiens assurent même qu'il mourut empoisonné, en expiation de sa susceptibilité relativement à la foi jurée.

Au moment où Francesco de Carrare et son Ois mettaient pied à terre sur le môle de Venise , ils furent accueillis par les cris de mort de la populace. I.e lendemain on les introduisit devant la Seigneurie; ils se jetèrent aux genoux du doge Michel Sténo, qui après les avoir relevés et fait asseoir, l'un à sa droite , l'autre à sa gauche , leur reprocha amèrement leur prétendue ingratitude. Son allocution se terminait partes paroles : « le duc de Milan vous « avait enlevé Padoue , nous vous avons aidé à y rentrer : indulgence , secours , o honneur, oubli de graves injures et de violation du droit des geits, nous avons « prodigué tous res bienfaits à votre père et à vous , et cependant vous avez, tout « oublié. Nous remercions Dieu de ce qu’il a remis votre sort entre nos mains. » Dans toute autre circonstance , il eut été facile aux Carrare de réfuter ces accusations, auxquelles ils ne répondirent que par les mots de grâce et de miséricorde. Dans la prison où ils furent envoyés se trouvait déjà le second des lits du seigneur de Padoue, Jacques, qui avait été arrêté à Vérone cinq mois auparavant. Une commission de cinq membres instruisit ce que l'on appelait le procès des Carrare; trois avis différents s’y élevèrent : les uns proposaient de reléguer ces princes en Candie ; les autres demandaient une détention perpétuelle ; le troisième parti se prononça pour lu mort. Appelé au sein de la commission, del Vrrme appuya cette dernière opinion. « Les Carrare, disait-il , « ont été déjà une fois dépouillés de leurs États; déjà une fois on les a vus « prisonniers chez leurs vainqueurs; mais ils se sont relevés de cet abaissement « pour devenir plus redoutables que jamais. Il en sera de même aujourd’hui « si vous leur accordez la vie et la liberté. La haine héréditaire des Carrare « contre Venise est bien antérieure à la guerre de Chiozza. Trente ans d’ini- « initiés et d'injures mutuelles l'ont confirmée de manière à en faire leur pas- « sion dominante. Pour contenir de tels hommes, qu'animent une telle haine « et un tel désir de vengeance , croyez-moi , il n'est pas de prison plus silre « que celle du tombeau ! »

Le conseil des Dix évoqua l'affaire ; c'était une sentence de mort inévitable, et dès ce moment on ne trouve plus aucune trace de procédure. Le 16 janvier I MMi, un moine vint exhorter dans son cachot le seigneur de Padoue à recevoir la mort avec courage. Francesco se livra d'abord à des transports de fureur; mais, calmé par les remontrances du religieux, il se jeta à genoux, se confessa, reçut l’absolution et l'eucharistie. A peine s'était-ii retiré, que deux membres du conseil des Dix et deux de la Quarantie entrèrent suivis de bourreaux et de leurs aides, au nombre de vingt. Carrare, hors de lui, voulut se défendre; armé d’un escabeau de bois, il en frappa ceux qui s’avancèrent les premiers; mais accablé par le nombre , il fut terrassé; on lui lia les mains, les bras, les

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