‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 41 sur 155 · PAIX AVEC PHILIPPE VISCONTI · texte numérisé non relu

PAIX AVEC PHILIPPE VISCONTI

qui saisit du premier coup d’œil les conséquences inévitables d’une pareille faute de sa part, se garda bien de l'y suivre. Le laissant à loisir ravager la Toscane, il passe l’Oglio , bat le marquis de Mantoue , et s'empare de Peschiera ; puis , à l’aide d'une nouvelle flottille transportée sur le lac de Garde, il se rend maître des deux rives de ce lac, et se dirige sans obstacle sur Brescia. Les généraux milanais, Taliano Furlano et Louis del Verme, effrayés d’une marche si rapide, abandonnèrent le territoire bressan, et la capitale se vit délivrée. Sforza se serait sans doute porté sur l'Adda , dernière barrière du Milanais , si Piccinino, qu'avait rappelé Philippe, n’eut reparu en deçà des Apennins. Quoique ce général fût hors d’état de se mesurer avec lui , il jugea prudent de concentrer ses propres troupes , pour être prêt à tout événement , et se contenta de prendre plusieurs places du Mantouan , afin de punir le marquis de l'assistance qu'il avait prêtée au duc de Milan.

Sforza dirigeait ces opérations, lorsque Mcolas d'Este vint le trouver, porteur de propositions de paix, au nom de Philippe. D'Este, lui représenta qu'il devait s’abstenir de ruiner sans retour le duc de Milan, puisque pour maintenir son importance personnelle un condottiere avait autant besoin de ses amis que de ses ennemis; il lui donna aussi l'espérance de conclure bientôt son mariage avec Bianca Visronti , ajoutant, comme preuve de la bonne foi apportée dans cette offre brillante, que Bianca était déjà arrivée à Ferrare et qu'elle serait remise entre ses mains aussitôt après la conclusion du traité. Sans accorder une confiance absolueà la sincérité de ces ouvertures, Sforza crut devoir se rendre à Venise afin d’en faire part au sénat , démarche bien hasardée cher un général au service d'une telle république. Comme il était aisé de le prévoir , aucune de ses propositions ne convint à la Seigneurie, et il reçut l'ordre de partir sans délai.

Piccinino avait mis à profit l'absence de Sforza pour recruter son armée et reprendre l'offensive. Il franchit l’Adda, puis l’Oglio à la tête huit mille chevaux et de trois mille fantassins , et surprit ou mit en déroute deux mille cavaliers ennemis. Sforza se voyait dans l'impuissance de réparer cet échec avec sa promptitude accoutumée . car la république ne lui payait pas les subsides convenus et laissait dépérir sa cavalerie , faute de lui fournir les remontes. Entré en campagne le 1" juin seulement, il rencontra l'armée milanaise près deCignano, le 25, et l’attaqua vigoureusement , mais sans aucun résultat. Trompant alors Piccinino, il franchit de nouveau l'Oglio à Pontoglio, et vint mettre le siège devant le château de Martincngo, qui coupait la communication entre Brescia et Bergame. A peine avait-il établi son camp qu’il se vit enveloppé par l'armée milanaise ; et il aurait infailliblement succombé, tant la position était mal choisie, si le duc, guidé par le sentiment de sa propre conservation , n'eilt envoyé un émissaire lui déclarer qu'il pardonnait tout , qu'il lui accordait la main de sa fille , avec la ville de Crémone pour dot, et le laissait maitre de terminer la guerre aux conditions qu'il jugerait les plus convenables. Une telle générosité paraîtra bien extra-

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ordinaire; néanmoins la situation de Philippe suffit pour l'expliquer. Privé d'enfants légitimes , et ne paraissant jamais à la tête de ses armées , ses généraux profitaient des heureuses chantes de la guerre pour s'assurer à l'avance une part de son héritage. Ainsi Pircinino, certain de In victoire, demandait par anticipation In souveraineté de Plaisance ; Luigi de San Severino voulait Novarre, et Alessandro del Vernie, fortune. Pour mettre lin à tant d'exigences, Philippe s'était tourné vers Sforia, dont il aimait d'ailleurs le caractère. Celui-ci, comblé de joie, accepta le rôle de médiateur, et, quoiqu’il n’eût aucun pouvoir, s'empressa de signer, la nuit même, les préliminaires avec -Eusèbe Caymo, secrétaire particulier du dur.

Lorsqu'à l'aube du jour le procurateur Malipier, qui remplissait les fonctions de provéditeur, fut entré dans le conseil avec les principaux chefs, Sfona leur annonça en souriant que la guerre était terminée , puis il soumit à Malipier les bases de la convention, lui faisant sentir combien il serait imprudent d’attendre l'approbation du sénat, auquel il fallut bien cependant en référer. Contre toute attente, le sénat, loin de désapprouver son général, l’investit des pouvoirs les plus étendus. Voici les principales dispositions du traité, dont la ratification définitive n’eut lieu que le 21 novembre I Vil : Bergame, Brescia, Lonato, l’eschiera et Riva di Trento, avec leurs territoires adjacents, furent reconnus appartenir à la république; — Crémone et une portion du district de Milan formèrent la dot de Blanche; enfin les frontières du marquisat de Mantoue, du côté de Venise , furent maintenues dans l'état où elles se trouvaient.

Cinq années s'écoulèrent ainsi sans amener d'événements remarquables ; qu'il nous suffise de les énumérer. Foscari, voulant de nouveau abdiquer, s'abstint même pendant quelque temps d’assister aux délibérations, mais il dut revenir sur sa détermination ; un mouvement populaire, dirigé contre le seigneur de Ravonnc, tit tomber, sans coup férir, cette principauté au pouvoir de la république; profitant de l'indifférence que les Vénitiens commençaient à manifester pour leur commerce, quelques pirates osèrent se montrer sur les côtes de l'Adriatique ; le Soudan d'Égypte , ne voyant plus arriver dans ses ports les nombreux bâtiments de guerre ornés du pav illon de Saint-Marc , chassa tous les sujets de la république qui faisaient le négoce à Tripoli, à Beyrouth, ù Damas; enfin, les ressources maritimes de Venise étaient tellement diminuées, que lorsque l'empereur de Constantinople demanda l'assistance des chrétiens d'Orrident contre les envahissements continuels des musulmans, elle ne put fournir que dix galères. Les guerres ruineuses dans lesquelles elle s’était si opiniâtrement engagée sur le continent dévoraient tous ses trésors ; et cependant nous allons la voir rentrer dans cette voie funeste.

Après plusieurs alternatives d’union et de rupture entre le duc de Milan et Sforza , pendant lesquelles on vit celui-ci tour à tour ennemi déclaré ou fidèle allié de son beau-père , tantôt vainqueur et tantôt bloqué dans sa ville de Crémone,

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Philippe appel» son gendre au commandement d'une armée considérable qu’il voulait diriger contre Venise, car il redoutait au dernier point l'ascendant que prenait chaque jour la république en Italie. « Le sénat de Venise , » écrivait-il à Alphonse V d'Aragon, roi de Naples, qu'il voulait faire participer à ses projets, « plus constant qu’aucun monarque dans son ambition, poursuit o secrètement depuis plus d'un siècle le projet de soumettre la Lombardie. Il « feint de me craindre , et c’est moi qui le redoute. Si jamais il domine des « Apennins aux Alpes, ce corps dont aucune passion personnelle n’égare les « conseils , dont aucun luxe ne dissipe les trésors, qui a beaucoup d'enfants et h n’a pas de famille, qui tient sa parole ou v manque selon ses intérêts, asser- « vira ensuite aisément le reste de l'Italie. » Ce langage persuasif attira dans la ligue projetée le pape Eugène IV et Alphonse V; il aurait aussi entraîné le roi de France , Charles VII, si la mort soudaine du souverain pontife, suivie bientôt après de celle de Philippe, ne fût venue renverser toute la combinaison et donner naissance à de nouvelles guerres, à de nouveaux intérêts.

A peine le dur de Milan eut -il rendu le dernier soupir , qu'une foule de prétendants surgirent pour se disputer sa succession. Philippe avait fait quatre testaments : par le plus ancien, il léguait ses Etats à Antoine Visronti, son cousin; par une disposition subséquente, il lui avait préféré un autre de ses parents nommé Jacques; une troisième instituait pour héritière Hianra-Maria ; enfin, quelques jours avant sa mort, au moment même où il se réconciliait avecson gendre, un quatrième testament du duc déshéritait sa fille et nommait pour son successeur Alphonse V d'Aragon. Pour achever la complication, l’empereur Frédéric lit réclamait le droit de disposer du .Milanais comme fief de l’Empire; le roi de France soutenait les prétentions de Vnlenline Visronti , veuve du duc d’Orléans, et Venise voulait faire prévaloir le droit de conquête.

Au milieu de ce conflit , la ville de Milan , réécoutant que son intérêt , arbora l’étendard de l’indépendance, rétablit ses armoiries, et se proclama souveraine de la Lombardie entière. Alexandrie , Novarre et C.ôme reconnurent sa suprématie ; mais Parme et Pavio s’en déclarèrent affranchies, tandis que Plaisance, Lodi et San-Coloinbano se plaçaient sous la protection des Vénitiens, qui se hâtèrent d'occuper les trois citadelles. Crème et Pizzighitone ne se prononçaient pas encore. Alors le souverain de Crémone , François Sforza, conçut le projet de faire tourner à son avantage tous ces dissentiments ; par la force jointe à l'adresse, il se saisit de Crème et de Pizzighitone, puis il proposa aux Milanais d'être leur allié, se réservant de devenir leur maître. Déjà il avait marché sur l’avieet abattu le fantôme de pouvoir qui s'y était élevé; Plaisance même avait été emportée d'assaut. Pendant deux ans que dura cette alliance, ce prince déploya les plus grands talents militaires ; il détruisit la flotte vénitienne à Casai Maggiorc , sur le Pô, et gagna lu célèbre bataille de Caravaggio. à la suite de laquelle le doge fut obligé d'abandonner le territoire de Itergame et de Brescia.

HISTOIRE DE VENISE

Le courage de la république était fortement ébranlé , lorsqu'une circonstance fortuite vint à son secours. Au nombre des prisonniers vénitiens faits à Caravaggio, se trouvait Clemente di Aldini , secrétaire de l'un des provéditeurs et ami de Giovanni Simonetta, secrétaire de Sforza. De leur propre mouvement, ces deux agents subalternes entamèrent entre eux des négociations qu'ils firent réciproquement agréer à la république et au comte, et , grâce à leur audace, la paix fut conclue le 18 octobre 1448. Une des clauses principales établissait entre Venise et François une alliance offensive et défensive contre les Milanais : la république fournissait au comte une armée de quatre mille cavaliers et deux mille fantassins, qui resteraient à sa disposition jusqu'à ce qu'il se ffit mis en possession complète du duché ; elle lui assurait aussi un subside mensuel de treize mille ducats; enfin, la frontière entre le territoire de Milan et celui de Venise était définitivement tracée par le cours de l'Adda.

La défection du puissant soutien sur lequel ils comptaient le plus irrita vivement les Milanais. Voulant à tout prix détourner le péril qui les menaçait, ils envoyèrent secrètement des ambassadeurs à Venise. De leur côté, le doge et le conseil regrettaient déjà les concessions accordées au comte François, et ils accueillirent favorablement la prière qu’on leur adressait. Pendant que Sforza tenait Milan assiégée, SigismondMalatesti, général en chef de l'armée vénitienne, reçut l’ordre de rouvrir de force la communication avec la place et de la rav itailler, et les chefs du gouvernement, déterminés à tout souffrir plutôt que de tomber au pouvoir de Sforza , s’étant assemblés dans le temple de Sainte-Marie de la Scala , proposèrent de se soumettre à la souveraineté de Venise , afin d’engager cette république à les défendre de tout son pouvoir. Mais , instruit de ce qui se passait , l'habile et intrépide Sforza fit activer les opérations du siège en même temps qu'il établissait un blocus des plus hermétiques. Au bout de deux mois, réduite à la dernière extrémité, Milan lui ouvrit ses portes comme au gendre, comme au successeur légitime de Philippe, et le 24 mars 1450 il y fit son entrée solennelle, accompagné de sa femme et de ses enfants. On lui avait amené un char et un dais ; le guerrier, préféra rester à cheval. Arrivé à la cathédrale , il y fit sa prière, prit sur l’autel la couronne de duc, le sceptre avec l’épée, et reçut le serment de fidélité de toute la noblesse.

Cette révolution ne termina pas les hostilités; au contraire, la Seigneurie déploya toute son ardeur pour reformer contre le nouveau duc de Milan une ligue, dans laquelle entrèrent le roi de Naples, le duc de Savoie et le marquis de Montfcrrat. Le 10 mai 1452, elle ouvrit la campagne, et la première opération fut dirigée contre Barthélemi Coléoni, son propre général, dont elle se défiait. Il ne s'agissait de rien moins que de l'arrêter lui -môme et de désarmer ses soldats. Averti de cette entreprise par le tumulte qu'elle amena dans son camp, Coléoni eut à peine le temps de s’enfuir, lui troisième , auprès de Sforza, qui lui donna un commandement. Le successeur de Coléoni, Gentile de Lionessa,

FRANÇOIS SFOKZ A, IHI C DE MILAN. M3

fut mis à la tête de l'armée qui se rassemblait entre Vérone et Brescia. La Seigneurie avait promis à Louis, duc de Savoie, la ville de N'ovarre, et à Jean , marquis de Montferrat, celle d’Alexandrie , pour les engager à faire cause commune avec elle : l'armée destinée à agir de ce côté était commandée par Guillaume , frère du marquis, auquel était opposé Conrad, frère de Sforza. O dernier, ayant confié la défense de ses frontières orientale et méridionale à son fils Tristan et à son autre frère Alexandre , passa l’Oglio et envahit le pays Bressan , a la tète de dix-huit mille chevaux et de trois mille fantassins.

Centilc de Lionessa conduisait quinze mille chevaux et six mille fantassins; profitant de la négligence de Tristan, il passa l'Adda, prit Soncino et quelques autres châteaux du Milanais , puis tourna sur Crémone. Une autre armée vénitienne , sous les ordres de Charles Fortebraccio et de Matteo Campana , pénétra dans le Lodésan, y surprit Alexandre Sforza à ia fin de juillet, lui tua ou prit environ huit cents hommes, et par suite de ces mouvements divers le contraignit à se renfermer dans les places fortes. Les deux principales armées s'étaient rapprochées l'une de l'autre ; mais leurs généraux , plus frappés du danger de tout perdre en un seul jour, que des dépenses excessives occasionnées par leurs temporisations, déclinaient la bataille, malgré les immenses préparatifs quj faisaient attendre aux peuples une prompte conclusion de la guerre. Tous deux ils auraient désiré paraître braves et ne rien abandonner aux caprices du hasard ; ils crurent y parvenir par des rodomontades.

Sforza , voulant en finir par une bataille générale dans les champs de Monterhiaro , envoya au générai vénitien deux trompettes porteurs d'un gant ensanglanté et d’une lettre par laquelle il lui demandait d'en fixer le jour. Lionessa et ses collègues lui répondirent: « Nous avons reçu votre lettre et le gant;

« lundi prochain nous nous rendrons au lieu que vous avez choisi. Nous vous o envoyons deux lances et deux gants ensanglantés , pour que vous sachiez que «nous sommes prêts à combattre les tyrans qui ravagent notre belle Italie, les « spoliateurs qui usurpent les trônes, et qui font servir à leur ambition les bieno faits accordés par notre république. » Au jour marqué, Lionessa parut sur les hauteurs de Montecliiaro; Sforza était déployé dans la plaine. Mais, soit circonspection, soit obéissance à des ordres du grand conseil ou du conseil des Dix, soit crainte d’un orage qui paraissait ne pas leur permettre de combattre sans désavantage, les Vénitiens se gardèrent d'engager l'action. Pour perpétuer le souvenir de cette lâcheté ou de ce manque de foi , le fougueux duc de Milan fit ériger une colonne à laquelle il suspendit les lances et les gants envoyés par Lionessa , qui ne se fit pas scrupule de rétorquer l'accusation contre son adversaire. Ainsi se termina l’année 1152.

L’hiver procura au duc de Milan des avantages d'une importance réelle : Evangelista Salvetto , l'un des condottieri de Venise , vint se ranger sous ses drapeaux; Tiberto Brandolini abandonna également le service de la république;

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enfin le roi de France, cédant aux sollicitations dos Florentins, consentit à ajourner les prétentions de la maison d'Orléans sur le duché de Milan , et à secourir Kcné d'Anjou contre Alphonse de Naples. De cette manière , la Savoie et le Montlerrat furent neutralisés, et au printemps François Sforza reçut un secours de quatre mille cuirassiers sous les ordres de Kcné d’Anjou. La campagne de 1453 se fit sous les mêmes auspices que la précédente : quelques sièges, quelques combats partiels, des marches et des contre-marches, en constituèrent tout l'intérêt, (ientile de Lioncssa fut frappé devant Manerbio d'un coup de feu dont il mourut le 15 avril, et le sénat lui donna pour successeur Jacob Picrinino. qui ne changea rien à la situation des affaires. Fatigués de ces résultats négatifs , les deux parties en vinrent aux négociations . et un événement qui couvrait de deuil toute la chrétienté hâta leur réconciliation.

Constantinople avait été prise par Mahomet II (21) mai 14531 : quarante mille chrétiens avaient été égorgés par ses farouches soldats; un grand nombre de marchands italiens, des Vénitiens surtout, avaient perdu toutes leurs propriétés, et se voyaient réduits au plus dur esclavage ; enfin le dernier empereur grec, Constantin Dragosés, en succombant sur les remparts écroulés de sa capitale, s'était montré digne de porter le nom du grand prince qui l'avait fondée. Lorsque cette nouvelle parvint aux camps de Sforza et de Picrinino, la désolation s'y répandit à un égal degré : chefs et soldats, tous se reprochèrent des guerres impies, qui consumaient leurs forces dans un moment où ils auraient d ù les consacrer uniquement à la défense de leurs frères. Sous l'influence de ces sentiments, on ne devait pas fitre éloigné de s'entendre; c'est aussi ce qui arriva : par un traité de puis ( 5 avril 1454), Venise reconnut Sforza comme duc de Milan, lui abandonnant toutes les places dont il s' était emparé entre l'Adda et l'Oglio; de son crtté, Sforza rendit à la république tout ce qu'il avait conquis sur elle dans les provinces de Brescia et de Itergame.

Dès ce jour, l'heureux Sforza conçut le projet de consoler la patrie commune de ses sanglantes dissensions et d'en prévenir à jamais le retour. Il proposa donc à Cosme de Médiris, alors à peu près maître de Florence, d'amener les puissances italiennes à une confédération générale qui maintiendrait entre elles une paix constante et ne permettrait plus désormais à l’étranger de s'immiscer dans les affaires de la péninsule. Médiris promit au duc de< le seconder puissamment; Venise, inquiète d'ailleurs sur le sort de ses possessions du Levant, accéda à des vues qui s'accordaient si bien avec les intérêts de son commerce, dont elle voulait s'assurer la continuation; Alphonse de Naples, les durs de Savoie et de Modène, les marquis de Montferrat et de Mantouc, Sienne, Lucques, toutes les petites principautés, s’empressèrent de donner leur adhésion; Rome enfin bénit une si noble pensée, et la purification intérieure de l'Italie fut assise sur des bases solides.

La Seigneurie, après avoir payé la rançon de ses sujets retenus prisonniers

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