‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 45 sur 155 · CROISADE PRÉPARÉE PAR PIE I · texte numérisé non relu

CROISADE PRÉPARÉE PAR PIE I

car la caisse pontificale ne contenait que qUMtantc-huit; mille florins. Ils délièrent les croisés de leurs vœux, et se rendirent à Home pour procéder à l'élection d’un nouveau pape. Cette fois encore, le (Choix tomba sur un Vénitien, Pierre Barbo, cardinal de Saint-Marc. Ilommc d une beauté remarquable, Barbo voulait prendre le nom de Formose, n ais il abandonna bientôt une idée qui indiquait un orgueil tout humain, et se fit appeler Paul II.

Ile toutes les puissances de l'Italie les Vénitiens demeurèrent seuls chargés de poursuivre la croisade. Cependant , nu lieu d'aller combattre les Turcs, ils se dirigèrent sur Rhodes, dont le grand maître avait fait arrêter deux de leurs vaisseaux de commerce parce qu'il s’y trouvait plusieurs marchands maures et égyptiens. I.'honncur du pavillon de àainl-Marc , l'hospitalité qu il garantissait à des étrangers , avaient été violés par ce trait de piraterie revêtu dn manteau de la religion, et Venise voulut obtenir réparation d'un tel outrage Sa flotte, partagée en deux divisions, opéra deux débarquements simultanés dans l’ile de Rhodes, l'un au levant, l'autre au couchant, et pendant trois jours les troupes saccagèrent les alentours de la capitale jusqu'à quinze milles de distance. Elles ne se retirèrent que lorsque le grand maître eut fait satisfaction en rendant les navires dont il s’élait emparé.

Cependant Venise ne se sentant pas le courage d'attaquer seule son puissant ennemi, en faveur duquel la fortune s'était si hautement déclarée, chercha partout des auxiliaires. N'ayant pu déterminer le roi do Hongrie à lui fournir des hommes, car ce prince avait assez à faire sur ses propres frontières, elle s'adressa au roi de Perse et au prince de Cnramanic, avec lesquels elle conclut une alliance offensive et défensive. Scauderbey, qui avec son héroïque persévérance défendait l'Épirc contre la puissance des Turcs, offrit son concours, tandis que le sultan, instruit des anciens et sanglants démêlés de la république avec le duc de Milan, envoya un ambassadeur à ce dernier pour l'engager il rompre le pacte qui les unissait alors ; mais Sforza, ne voulant cnmpromctlre ni son trône et sa gloire, ni la tranquillité de ses derniers jours et la paix de l'Italie , rejeta ces propositions. Telle était la situation îles deux partis : l'un el l'autre redoutaient également d'en venir à une attaque sérieuse.

La campagne de 1461 en Morée n'avait été signalée par aucun fait d'armes important, car les Vénitiens avaient fléchi sur tous les points L'année suivante,

Orsato Giustiniani, ayant succédé à l.orédan et réuni trente-deux galères, nombre bien supérieur à celui que les Turcs pouvaient lui opposer, on crut que In guerre allait prendre un caractère sérieux ; loin de là , Orsato lit la guerre en pirate plutôt qu'en soldat. Lorsqu’il capturait un vaisseau marchand , il faisait couper en morreaux , pendre ou noyer ceux qui le montaient. Une attaque nocturne contre Metelin, située dans file de Lcsbos , fit tomber entre ses mains trois cents Turcs qui furent empalés, pendus ou noyés; mais il ne put enlever . « la citadelle, et alla mourir de chagrin à Motion L’armée de terre n'était pas plus

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HISTOIRK DK VENISE.

heureuse: tombée dans une embuscade aux champs de Mantinée, elle perdit, outre quinze cents hommes, Cecco Itrandolini et Jean de la Tela qui la comman- ( datent. En 1 166, Victor Cappello vint prendre le commandement de la flotte, et ne lit qu'ajouter aux désastres de la guerre, à la désolation des Grecs. Il surprit Athènes, la livra au pillage, et les soldats s'enrichirent des dépouilles de ceux dont ils se disaient les libérateurs, puis ils se rembarquèrent précipitamment, et allèrent déposer dans l'ile de Négrepont le fruit de leurs rapines. Un pareil coup de main fut tenté sur Patras, mais les Turcs attaquèrent à l'improviste cette armée de pillards , la taillèrent en pièces, et firent prisonniers deux de ses principaux chefs , le provéditeur Jacques Barbarigo et le général de la cavalerie »* Nicolas Raggio, qu'ils condamnèrent à être empalés. Pour tout dire en un mot, trois années s'écoulèrent pendant lesquelles on commit de part et d'autre d'inutiles atrocités.

Mahomet, voulant enfin porter un coup décisif aux puissances de la chrétienté, prononça b Constantinople, le 2 août HGO, et lit répéter dans toutes les mosquées de son empire le vœu suivant : « Je promeus au Dieu unique, créateur de toute « chose, par mon vœu et serment , que je ne verrai point le sommeil de mes u yeux, que je ne mangerai point de choses délicates , que je ne toucherai point « à ce qui est beau, que je ne détournerai point mon visage de l'occident à a l'orient , si je ne renverse et ne foule aux pieds de mes chevaux les dieux u des nations, ces dieux de bois , d'airain , d'argent , d'or ou de peinture, que « les disciples du Christ se sont faits de leurs mains; je jure que j'exterminerai a toute leur iniquité de la face de la terre, du levant au couchant, à la gloire u du Dieu de Sabaoth et du grand prophète Mahomet. » D’après cette déclaration de l’empereur, une armée formidable et une flotte telle que les musulmans n’en avaient jamais mis en mer se rassemblèrent à Constantinople (mars 1470). S'il faut en croire les chroniqueurs du temps, quatre cents vaisseaux montés par trois cent mille hommes' sortirent dé l’IIellespont A la nouvelle qu'ils se dirigeaient contre l'ile de Négrepont, une terreur panique s'empara des Vénitiens , rar tout ce qu’ils pouvaient leur opposer consistait en trente-cinq galères , sous les ordres de Niccolo, da Canalc.

Nireolo, Sçjui comptait sur la supériorité de ses équipages, s’avança pour reconnaître l'ennemi ; mais l'extrême disproportion de ses forces l'empêcha d’engager l’action , et il dut se borner à mettre en état de défense Chalcis ’, la eapi- £ taie de Négrepont, en s'emparant du détroit qu'il rendit impraticable au moyen de quelques vieux navires coulés à fond et de chaînes qui le traversaient d'une i rive & l'autre. De leur crtté, les Turcs réunirent l'ile au continent par un pont

t . Pbilulphc accuse ce» chiffres. Antonio de Ripalla, dans ses Annales de Plaisance, assure que les Turcs avaient cinq ceut mille combattants répartis entre leur flotte et leur armée de terre. Enfin , Coriolanus Ceplo, de Rebut Vendit , leur donne cent vingt mille hommes, i. Aujourd'hui les Turcs appellent celte ville Égrippo.

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