‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 47 sur 155 · ALLIANCE AVEC LE ROI DE PERSE · texte numérisé non relu

ALLIANCE AVEC LE ROI DE PERSE

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femmes , portant leurs enfants sur leurs bras , se réfugièrent dans les temples et dans les mosquées. Le peu d'hommes courageux qui du haut des terrasses essayèrent de défendre leurs habitations furent taillés en pièces, et les femmes, arrachées de leurs pieux asiles, furent vendues comine esclaves, après avoir subi les plus grands outrages. La cupidité sacrilège des Latins ne fit aucune distinction entre les églises et lesjnosquécs, entre les enfants du Christ et les sectateurs du Prophète. Lorsqu'il ne resta plus rien à prendre ils se rembarquèrent, et allèrent prendre leurs quartiers d'hiver en Morée. Les galères du pape retournèrent à Ancône ; celles de Naples étaient parties depuis longtemps.

Tandis que les chrétiens commettaient ces brigflndages sur les côtes de l'Asie Mineure, les Turcs altaquaient les possessions de Venise. Le pacha de Hosnie traverse rapidement la Carniole, entre dans le Frioul au milieu de l'automne, et les troupes de la république, après une faible résistance, se retirent dans Aquilée. Profitant de la terreur qu'il inspire, l'ennemi franchit sans obstacle l’Izonzo, et se répand dans les riches campagnes du Frioul, brûlant, détruisant tout ce qu'il rencontre. Encore quelques pas, et lldine tombe au pouvoir des musulmans! Mais, eux aussi, suffisamment gorgés de butin, ils se retirèrent1.

L'alliance de Venise avec le rci de Perse , dont nous avons déjà dit quelques mots, était toujours l'objet de négociations diplomatiques. Accomplie vers cette époque , elle ouvre en quelque sorte une période dont le principal caractère doit être la solidarité et la confraternité entre tous les peuples.

l:n membre de l’illustre famille des Zéno* avait été envoyé au sophi de Perse, Ussun-Khassan (1V73) , afin de l'engager à agir simultanément avec Venise contre les Turcs, proposition qui fut acceptée aver chaleur. Guerrier aussi brave qu'entreprenant , ce prince venait de conquérir la Perse sur les descendants de Timour et y avait fondé une dynastie nouvelle ; gendre de David Comnènc , dernier empereur de Trébisonde, il convoitait également , outre les États du père de sa femme , la Colchide et quelques autres provinces limitrophes. Il envoya à Mahomet 11 un ambassadeur qui. admis devant son trône, renversa un sac de millet puis le balaya du revers de la main ; manière symbolique d'exprimer qu'ljssun disperserait l'armée ottomane. Mahomet, avec le ralme ordinaire des Orientaux , fil ramasspr le millet et apporter des poules qui n'en laissèrent pas un seul grain. « De même que mes poules ont mangé le millet de o ton maître,» dit-il ensuite Ô l'envoyé, «ainsi mes janissaires mangeront ses « bergers de Tartarie, dont il a cru faire des soldats. » A quelque temps de là. Ussun-Khassan entra en Géorgie à la tète de trente mille cavaliers , massacra

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I. Déjà , en 1169, le pacha de Bosnie avait poussé une pointe jusqu'à une journée de Trieste.

î. Calhcrino Zéno ne fut pas le seul ambassadeur que les Vénitiens envoyèrent près h- roi de Perse: Jnsaphat Barbaro , qui, pendanl^inq-aitâ» resta le conseiller <]'Ussun~Kbas&iu ; Auibtoise Conlarini, qui dressa une statistique des ressources de la Perse, et I.éopanlo Beltini, furent tour à tour chargés de représenter la Seigneurie dans ce poste éloigne.

HISTOIRE DE VENISE

un grand nombre de Turcs et enleva un butin considérable ; mais sauf la prise de Tocta, dans la province de Siwas, en Arménie, il ne mit le siège devant aucune forteresse, et retourna chez lui sans laisser d'autre trace de son passage. I)e concert avec la république, le soplii résolut de rendre plus fructueuse la campagne suivante : on lui expédia plusieurs navires chargés d'artillerie et de munitions de guerre , qu'accompagnaient une centaine d'artificiers ; en même tem|is Moccnigo reçut l'ordre d'opérer sur les côtes, afin de faire diversion. Les Vénitiens attaquèrent et prirent Sichesio, Séleucie, Coryco, villes situées sur le littoral de la mer, vis-à-vis de l’ilc de Chypre, et où les Turcs tenaient garnison, puis Mvra, sur les côtes de la I.ycie; enfin, ayant débarqué devant Physsus, dans la Carie, ils portèrent le fer et la flamme dans tous les alentours. De son côté, Ussun-Khassan s’était avancé par l'Arménie jusqu'au voisinage de Trébisonde et du royaume de Pont avec une armée de soixantc-div, mille hommes; mais, cette fois, Mahomet II marcha à sa rencontre, suivi de dix mille janissaires, de dix mille gardes de la cour, de vingt mille fantassins et de trente mille auxiliaires, s'empara de Cara-lssar, sur le fieuve Lycus; et quoique déjà un de ses lieutenants eût été écrasé, il parvint à reprendre l'avantage et à battre les Persans dans toutes les rencontres. L'n des fils dTssun-Khassan fut tué; l'ssun lui-mème, serré de prés, alla chercher un refuge avec la majeure partie de son armée dans les montagnes de l'Arménie, où il fut atteint et chassé de son camp. Les nombreux captifs qu’il traînait à sa suite lui furent enlevés, et le sultan, dont cette éclatante victoire assurait les frontières du côté de l'Asie, reprit le chemin de Constantinople Ainsi se termina la tentative d'Ussun-Khassau : quoique infructueuse , elle n'en est pas moins un manifeste témoignage de l'habileté diplomatique du gouvernement vénitien qui l'avait provoquée.

Délivré de toute inquiétude relativement aux entreprises du sophi , Mahomet fit attaquer Scutari qu’Antoinc Lorédan, chargé de la défendre, avait travaillé à rendre inexpugnable et où il s'était renfermé , attendant l'ennemi avec confiance. Les Turcs se présentèrent au nombre de soixante mille hommes, avec une nombreuse artillerie, et après quelques escarmouches de peu d'importance, la brèche étant ouverte , ils coururent à l'assaut. Mais à leurs colonnes qui se succédaient avec une effrayante rapidité, fa faible garnison opposa une ardeur infatigable; si bien que, malgré l'avantage du nombre, ils furent contraints de se retirer au bout de huit heures d'inutiles efforts, laissant sept mille des leurs dans les fossés, et de convertir le siège eu blocus. D'abord les Scutariotes supportèrent avec résignation les privations auxquelles ils étaient en proie; mais elles augmentèrent à un tel point , qu’excités par la famine ils formèrent le projet d'ouvrir les portes à l'ennemi. Lorédan conjura ce nouveau danger, grâce aux ressources de son esprit ferme et souple tout ensemble : il réunit les séditieux, leur retraça toutes les horreurs de l'esc lavage, et leur fit comprendre qu'avec un peu de persévérance ils verraient incessamment le terme de leurs maux.

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