ACQUISITION DK L'ILE DE CHYPRE
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le conseil des Dix reconnut Catherine Coninro héritière de son fils, et déclara qu'après elle la république serait substituée aux droits de la fille de Saint-Marc. Il ne manquait plus qu'un prétexte pour déposséder la reine ou l'empêcher de se remarier, si l'on voulait éviter qu’un second mari ou de nouveaux enfants ne vinssent un jour troubler l'œuvre d'une politique qui à juste raison serait aujourd’hui appelée machiavélique. Ce prétexte 11e tarda pas b se présenter.
La guerre ayant éclaté entre les Turcs et le Soudan d'Égypte, le gouvernemenl de Venise feignit de craindre que l'une des parties belligérantes n’envahît Chypre, et jeta sur les côtes de cette Ile un nombre considérable de troupes et de vaisseaux, sous les ordres de François Priuli. Puis afin, disait-il, de mettre plus d'unité dans le commandement et la défense, il résolut de demander à la reine une abdication pure et simple. Pour remplir cette mission on choisit son propre frère Georges Cornaro. C’était assez dire à l’ambassadeur que sa vie dépendait de la réussite. Après une longue résistance, Catherine se souvint qu'on ne résistait jamais impunément aux volontés du conseil des Dix, et se soumit à ce qu'on exigeait d'elle. Le 16 février 1489 elle prit congé des habitants de Nicosie, qui en la voyant partir versaient des torrents de larmes , car ils prévoyaient que la république leur enlèverait aussi jusqu'au simulacre de leur indépendance. La reine gagna Famagouste, accompagnée d'un brillant cortège; cependant elle ne s'embarqua que le 11 mai, après avoir, dans une proclamation officielle, recommandé ses anciens sujets à la bienveillance des provéditeurs. A son arrivée à Venise, le château d'Asolo, dans le Trévisan, lui fut donné en toute souveraineté pour le reste de sa vie, avec un revenu de huit mille ducats. Là, pour charmer scs loisirs, ou plutôt pour dissiper les ennuis de sa royale captivité, elle s'entoura de gens d'esprit , de poètes et d'artistes , au milieu desquels se fit surtout remarquer Bombo , qui bien jeune encore écrivit dans cette résidence une suite de discours sur les perfections de l'amour, qu'il intitula Aznlani, pour perpétuer le souvenir du lieu où* ils avaient été inspirés '.
L'ile de Chypre était sous le vasselage du Soudan d'Égypte. Venise, — rien ne coûte à une insatiable ambition , — Venise consentit à payer le tribut annuel, et reçut l'investiture des mains d'un prince musulman! A quelque temps de là , elle joignit encore à ses possessions la petite tle de Voglia sur les côtes de Dalmatie , puis Zante et Céphalonie dans la mer Ionienne. Nous verrons dans le cours de cette histoire l’influence pernicieuse que ces acquisitions, surtout celle de l'ile de Chypre, exercèrent snr les moeurs de la métropole, par suite des
1. Les Atolani eurent un grand succès en Italie; voici ce qu'en dit Joh. Casa , biographe du Bembo : « Eot librot tontâ hominum mulierum etiam médius fl lius approbnlione et tanquam plautu ex ce pt os rerentes esse me mi ni nuis, ut rxtemf/à cuncta eot I tu lia cupidintimè ledit arit atque dedicerit : ut non satis urbnni aut elrgnntes ii liaberentur quibut Asulance Hier disputationes estent incognitos. » Cet ouvrage Tut traduit en français, en 1515, par Jean Martin, secrétaire du cardinal de Lenoncourt.
HISTOIRE DE VENISE
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habitudes d’indolence et de dépravation que les patriciens contractèrent au sein d’un peuple qui semblait exclusivement voué au culte du plaisir.
Venise est parvenue à l'apogée de sa puissance; désormais elle ne fera que décroître. Voyons quelle était alors l’étendue de son territoire. Ce territoire se divisait en trois parties distinctes : le Dogado , ou le duché, qui embrassait la ville de Venise et ses dépendances immédiates dans la lagune: Chiozza, Malamocco, Murano, Burano, Grado, etc., etc.; 2° les Était de terre -ferme, qui comprenaient le Frioul et les territoires de Trévise, Padouc, Sienne, Vérone, Brescia, Bergume, Crème, etc., etc.; 3° les États maritimes, qui embrassaient l'Istrie, la Dalmatie avec toutes les Iles du littoral de l’Albanie, une partie de la Livadie avec Lépante, une partie de la Morée avec Entras, Argos, Napoli de Bornanie , etc., etc. ; une partie de la Macédoine avec Thessalonique ; les Iles de Zante et de Corfou dans la mer Ionienne; enfin le royaume de Chypre, la fertile Candie et l’ile de Négrepont. Toutes ces provinces présentaient une superficie totale d'environ 25,100 milles carrés de 60 au degré , et une population de 3,800,000 âmes.
Malgré le morcellement et le peu d’étendue de son territoire, malgré le petit nombre de ses sujets, Venise cependant était la première puissance maritime et commerciale de cette époque; ses revenus dépassaient un million de ducats, chiffre auquel atteignaient à peine ceux de la France, tandis que l'Angleterre et l’Espagne n'en levaient que de sept à huit cent mille. Il ne sera donc pas sans intérêt d'examiner par quels moyens cette république parvint à égaler, à surpasser même en richesses, les monarchies que l'on regardait alors comme les premières de l'Europe. C’est l’étude que nous allons entreprendre dans le chapitre suivant.