‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 50 sur 155 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

COIltlfiK ET II DOITBIE DBS TÉIITIEII AU MOTIV A6I.

( DB L’*N 500 t»K J.-C- A 1193 )

Causes de la prospérité commerciale de Venise. — Spécialités de son commerce en Orient et en Occident. — Industrie et manufactures des Vénitiens. — Banques. — Entrepôts.— Consulats. — Résidence des étrangers. — Protection et encouragements donnés au commerce. — Marine militaire et marine marchande. — Système exclusif des Vénitiens. — Institution du capilanat du golfe. — Conclusion.

i dans l'antiquité, ni au moyen âge, aucune nation n’a déployé sur une aussi grande échelle l’activité commerciale dont Venise va nous offrir le spectacle! Gènes, Pise, Amalfi, avec quelques autres villes de l’Italie s'étaient lancées dans la même voie ; mais Gênes, la seule à craindre parmi tant de rivales , finit par lui abandonner l'empire des mers, et pendnnt plusieurs siècles Venise fut ce que plus tard devait être la Hollande , ce qu’est de nos jours l’Angleterre. On trouve naturellement dans la situation géographique du peuple vénitien et la politique de son gouvernement les causes de cette brillante fortune.

En effet, bâtie au milieu des eau*, au fond du golfe Adriatique, Venise se trouve à l'entrée de l'Italie, au pied des Alpes, à portée de tous les pays transalpins et danubiens; par les fieuves sans nombre qui débouchent dans les lagunes, depuis les confins de l'istrie jusqu'au centre de la Komagrie, ses navires peuvent en tout temps communiquer avec les provinces de l’Italie qui touchent à l’Allemagne, à la France, à la Suisse; par la mer, un court trajet les met en rapport avec les côtes de l'Adriatique, avec les Iles Ioniennes et tout l’Archipel grec, avec Constantinople, avec les ports de l’Égypte, de la Syrie, de l’Asie Mineure, de ia mer Noire, ou venaient se rendre, par divers chemins, les produits de l’Afrique, de l’Arménie, de l'Arabie, de la Perse,

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HISTOIRE l»K VENISE.

de l'Inde, et de toutes les contrées orientales. Ainsi pincée, à la porte de l'Europe , au milieu des pays les plus peuplés et les plus industrieux , Venise était dans la meilleure situation pour devenir le centre des relations commerciales entre l'Orient et l'Occident. A ces avantages s’en joignaient d'autres encore. Grâce à leur singulier territoire , dont les diverses parties , disséminées sur toute l’étendue de la lagune, ne pouvaient communiquer soit entre elles, soit avec la terre -ferme, que par eau, et dont le sol ne fournissait qu’une très-petite partie des produits nécessaires à la population, les Venèles naissaient pour ainsi dire marins; aussi les voyons-nous, dès les temps les plus reculés de leur histoire , remonter avec leurs barques les fleuves de l'Italie supérieure, sillonner en tous sens les lagunes et la mer Adriatique. Déjà sous la domination romaine, les principales villes de la terre-ferme, Ravenne, Adria, Attinum, Aquilée, Tergeste, etc., avaient sur les bords même de la lagune des ports fréquentés par de nombreux navires; la nation, devenue ensuite entièrement insulaire par ses émigrations successives et par ses établissements définitifs dans les lagunes, n'eut plus, dès le v* et le vr siècles, d'autre territoire que la mer, d'autre industrie que l’extraction du sel et la pêche, d'autres sources de subsistance et de richesse que l'échange et le commerce, d'autre moyen d'exploiter ces richesses diverses que la navigation.

On a vu par la lettre de Cassiodore , que dès le vi* siècle , les Vénitiens ne se bornaient pas ou simple cabotage dans les Iles de la lagune et sur les eûtes voisines de l'istrie, de l’Illyrie et de la Romagne; que déjà leurs navires visitaient les ports de la Grèce et de l'Asie Mineure. Leurs grosses barques chargées de sel allaient porler cette précieuse denrée à toutes les villes et villages situés entre les Alpes et les Apennins, sur l'Izonzo, le Tagliamento, la Livenza , la Piave, le Sile, la Brcnta, l'Adige, le Pô, le Mincio, l'Adda. le Tésin , et autres rivières navigables ; d’autres plus légères transportaient dans les mêmes contrées et par la même voie les marchandises , les denrées naturelles et les produits de l'industrie de l’Orient que les navires d'un fort tonnage allaient chercher dans les échelles du Levant, c'est-à-dire les épiceries, les parfums , les tissus de soie, de drap d'or, les tapis, les cotons, les perles, les pierreries, les plumes d'autruche, l'ébène, l'ivoire, et mille autres objets précieux dont la vue dans la foire qui se tenait à Pavie chaque année , un peu après la conquête de la Lombardie par Charlemagne , frappa de surprise et d'admiration la cour de ce prince. Parmi les articles du commerce général de la république , les chroniqueurs mentionnent souvent les esclaves achetés dans les marchés de l'Orient pour être revendus en Afrique et en Espagne aux musulmans '. Ce honteux trafic, auquel prenaient part les Génois, les Toscans et les Grecs, résista

longtemps aux interdits lancés par île sages pontifes, aux défenses sévères des

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I. Sanudo et la statistique du commerce vénitien, rédigée par le doge Thomas Moceoigo, portent le commerce des esclaves à 50,000 ducats par an.

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