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doges ; il se maintint, dans les provinces d'outre-mer, telles que la Dalmatie et l'Istrie mime, jusqu’à la fin du xv* siècle.
En même temps que les Vénitiens étendaient ainsi leurs relations, des ports nombreux se creusaient le long du littoral de leur territoire. Dans les vil* et vin' siècles, Oriago, Mestre, Campalto, Porto-Buflbledo , Porto-Gruario , et quantité d'autres localités, aujourd’hui désertes, étaient des marchés très-fréquentés ; les villes et les ports abrités dans l’intérieur de la lagune n'étaient pas moins florissants, llialto, devenu la demeure des doges et le siège du gouvernement, s'agrandissait et se peuplait rapidement; au ix' siècle, nie de Torcello était renommée par sa richesse et son importance commerciale. Constantin-Porphyrogénète, dans son traité de Adminislrando imperio, la nomme le grand marché des Torcellanais ( magnum emporium Torzelannorum ). Déjà Murano était en possession immémoriale de la fabrication des verreries de tout genre, et principalement des glaces, industrie dans laquelle, y a un demi-siècle à peine, les Vénitiens ne connaissaient pas encore de rivaux. Toutes les nations du continent, les Italiens, les Suisses, les Français, les Allemands, à demi barbares, afiluaient à ces marchés pour s'y pourvoir de sel, de grains exotiques et de toutes les denrées , des mille objets de luxe que l’industrieuse activité des Vénitiens y rassemblait. Par là elles devinrent leurs tributaires , car elles ne pouvaient se procurer autrement la plupart des produits soit naturels, soit manufacturés, dont l'habitude leur avait fait un besoin.
Dans les x*, xr, xip et xiii* siècles , le commerce des Vénitiens ne s'étendit guère plus loin qu’il n'avait fait dès le viii'et le ix*; mais il multiplia ses points de contact avec tous les peuples de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, il agrandit le cercle de ses entreprises, régularisa et systématisa ses procédés, et déploya des efforts d'autant plus intenses qu’il rencontrait des concurrences redoutables sous lesquelles il faillit plus d'une fois succomber. A ces époques, il se divisait en deux branches presque également importantes : le trafic extérieur, qui consistait dans l'achat, le transport et la vente des produits étrangers , et la vente des produits de l’industrie nationale. Suivons-le dans l une et l'autre de ces directions.
Comme on l’a vu , c’est , avec l’Orient que les rapports commerciaux des Vénitiens étaient le plus actifs : les Grecs et les Arabes , les deux nations les plus civilisées et les plus industrieuses du moyen âge, fournissaient aux Vénitiens la plupart des produits dont manquaient les pays européens, des drogues, des tissus fins de soie et de laine, des métaux précieux, en échange desquels ils recevaient des grains, des vins, du fer, du cuivre, et principalement des bois de construction, dont abondaient les lagunes, l’Italie et les contrées transalpines. Les musulmans de la Syrie, de l’Égypte, de la Barbarie, de la Caramanic , recherchaient le fer, les bois, el surtout les armes fabriquées en France, en Allemagne et en Italie. Tunis et Tripoli de Barbarie étaient les
HISTOIKE DE VENISE.
points principaux où les Vénitiens portaient ces derniers produits, qui se répandaient ensuite dans l'intérieur de l’Afrique. Les villes alors si florissantes de la Barbarie et du Maroc, Tunis, Fez, Tanger, Barca, Alger, où les Vénitiens avaient des comptoirs et des consuls, vendaient des esclaves noirs, de l'huile, de la poudre d'or, des bois de teinture, des toiles, de la gomme, des dents d’éléphant , des tissus de lin , de soie et de coton. C’est probablement en naviguant dans ces parages que Alvise Cadamosto (1443) eut l'idée de s'avancer jusqu'en Guinée, avantage qui le fit se vanter ensuite d’étre le premier marin vénitien qui eût parcouru l'Océan atlantique au delà du détroit de Gibraltar Toutefois , il y a des motifs de croire qu'avant lui plusieurs de ses compatriotes avaient poussé aussi loin leurs excursions, et même que les Canaries n’étaient pas inconnues à la plupart d’entre eux.
A toutes les époques le commerce des épiceries des Indes orientales fut le plus productif, et c’est aussi celui dont les nations de l’Europe et de l’Asie occidentale cherchèrent avec le plus d’ardeur et de persévérance à s'assurer le monopole. Ces denrées ont souvent changé de route pour parvenir en Europe : durant le moyen âge elles arrivaient, soit par mer, soit par terre, dans les ports de l'empire grec , et principalement dans ceux d’Alexandrie et de Constantinople ; cette dernière ville, alors la capitale du monde, était devenue le marché général de l’Orient et de l'Occident; c'est là qu'affluaient encore les marchandises orientales que l’Europe barbare recherchait avec une excessive ardeur, et du vu' au x‘ siècle ce fut par l'intermédiaire à peu près exclusif des Vénitiens qu’elle se les procurait; plus lard, les Génois, les Pisans et ceux d'Amalfi entrèrent en concurrence; mais les Vénitiens conservèrent la plus large part.
Lorsque, devenus maîtres de l’Égypte, de la Palestine et de la Syrie, les Sarrasins attirèrent dans leurs ports les marchandises et les denrées de l’Inde, les Vénitiens s'empressèrent de se rendre à ces nouveaux marchés et d'y établir leur prépondérance. Après avoir fondé partout des entrepôts, des consulats, ils s’avancèrent dans l’intérieur des terres. Les relations commerciales établies { il* et xii* siècles) avec les Arméniens, ne furent pas les moins productives, car ce peuple jouait en Asie le même rôle que les juifs en Europe. Sous la domination, ou plutôt sous l’oppression successive des Perses, des Sarrasins, des Tartares, des Turcs, des Croisés, etc., les Arméniens conservèrent leurs habitudes laborieuses, leur esprit mercantile; au xir siècle, iis fondèrent dans l'Asie Mineure , appelée alors Natolie , un royaume puissant et respecté , où se fabriquaient ces tissus de poils de chèvre d’Angora , ces camelots , qui n'ont pas encore perdu leur vieille réputation. Bientôt les Vénitiens , admis dans le port de Tarse, chargèrent pour l'Espagne et la Barbarie, une grande partie de ces produits, qu'ils finirent par tisser eux- mômes. Avec les excellents raisins de cette contrée, ils fabriquèrent aussi des vins qu’ils expédiaient à Constantinople et dans le nord de l’Europe, où on les payait à très-haut prix. Enfin, parmi
COMMERCE DES VÉNITIENS
leurs plus précieux privilèges ils obtinrent le libre passage pour ceux de leui-s marchands qui allaient par terre à Tauris , en Perse et ailleurs , acheter des tapis, des mousselines, des soies grèges, des étoiles de l’Inde, et une foule d'autres marchandises.
Les Vénitiens entretinrent aussi de longs et fréquents rapports avec les Tarlares, dont l’empire sous Gengiskan et ses successeurs s’étendait de la Chine au Pont-Euxin. Pendant les xii* et xm* siècles, leurs nombreux vaisseaux allèrent à la Tana , ville alors fameuse sur la côte de la mer Noire , aux embouchures du Tnnaïs , où ils chargeaient principalement du goudron et du chanvre 1 ; s'avançant ensuite jusque dans la mer d'Azoff, ils recueillaient le long du littoral des cuirs, des pelleteries, de l'or, des perles, les produits variés de l’Asie centrale et orientale que venaient leur offrir les Tartares. La ville de Trébizonde, devenue, après la prise de Constantinople par les croisés , la capitale d'un nouvel empire grec et le foyer d'un grand commerce (xm* siècle), était pour eux un marché non moins important : ils y avaient des entrepôts et des consuls, ainsi que dans la plupart des autres ports de la mer Noire.
Ces relations commerciales avec les peuples et les contrées de l’Orient, les immenses bénéfices qu’elles produisaient , introduisirent de bonne heure le luxe à Venise. Dès le xi* et le xii' siècles , les dames de la ville portaient des robes de velours et des étoffes d’or et de soie , enveloppaient leur chevelure dans des Blets d’or , se paraient de riches bijoux : singulier contraste avec la simplicité presque primitive qui régnait dans les autres villes de la Lombardie et de la Toscane, En effet, Jean Villani rapporte qu’en 1273 les dames des premières familles de Florence ne portaient aucune espèce d’ornements , et qu’elles se contentaient , dans les plus grandes solennités , d’une robe écarlate avec une ceinture de cuir; Galvanno Fiama ajoute que vers 1250, les riches milanaises ne s'enveloppaient la tète qu’avec des bandelettes de lin, que leurs robes étaient de lin ou d'une espèce d'étoffe mélangée et assez commune, appelée pignolatn. i.’e ne fut que vers 1340 que le luxe commença à pénétrer dans la capitale de la Lombardie , alors que depuis longtemps les Vénitiens se servaient d'étoffes précieuses, même pour orner leurs vaisseaux. En 1205, par exemple, les galères expédiées à Pierre Ziani , récemment élu doge, pour le ramener d’Arles A Venise, étaient pavoisées de longues banderoles, (issues d'or et de soie, dont les extrémités balayaient la surface des eaux.
Suivons maintenant les Vénitiens dans leurs relations commerciales avec l'Occident. Soumise au régime de la féodalité militaire , l’Europe du moyen âge laissait aux peuples de l’Orient l’exercice des arts et de l'industrie. Franks, Lombards, Allemands, en un mot toutes les nations septentrionales, dédai-
I. On présume que la Tana était voisine de la ville plus moderne d'Aznff. La grande salle de l’arsenal de Venise, appelée encore aujourd'hui la 7Vina, et où se fabriquent les cordages, prit le nom de ee port, sans doute S rausede sa deatlualion spéciale