‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 54 sur 155 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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Ligne de l'Italie contre Venise. — Le pape frappe d’interdielion la république. — Guerres contre le duc d'Autriche et le roi de Naples. — Charles VIII , roi de France, entre en Italie. — Résultats de son invasion. — Deuxième guerre des Turcs. — Alliance des Vénitiens avec Louis MIL — Rupture. — Guerre contre le duc d'Autriche. — Ligue de Cambrai. — Scs résultats.

ors avons vu comment Venise , malgré le peu d'étendue de son territoire, mais grâce à l'habileté que déployait, son gouvernement dans les relations avec les puissances étrangères, s'était élevée au rang d'État libre; comment la nécessité d'étouffer la piraterie et d'accroître les avantages de sa position au milieu des lagunes , l'avait snccessivemenl entraînée à ranger sous sa domination les Iles et les villes maritimes les plus voisines. Lorsque Cènes voulut lui disputer le sceptre des mers, elle sentit le besoin de s'agrandir davantage , d'occuper de fortes positions entre l’Adriatique , la Syrie et la mer Noire. Sous ce rapport , la quatrième croisade la servit au delà de ses espérances, l’affaissement de l'empire grec lui ayant permis d'étendre au loin son ambition.

Plus lard , la formation de grandes principautés en Italie lança Venise dans la voie des conquêtes continentales ; les Visconli, les délia Scala, les Carrare, les d’Este , étaient devenus des voisins tout autrement dangereux que ne l’avaient été jadis les évêques de Padoue et de Vicence. Par mesure de garantie pour elle -même, et aussi pour conserver certaines branches de commerce qui ne pouvaient devenir florissantes qu'avec la' libre navigation du Pô, elle s'efforça de conquérir unç certaine influence sur le continent italien, et lorsqu'elle rencontra

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HISTOIRE 1)K VENISE

des obstacles , lorsque des princes assez puissants refusèrent de se soumettre à cette influence , elle sut les y contraindre par la force des armes. Ces guerres entreprises , non pour défendre un droit , mois pour servir une politique ambitieuse, anéantirent les maisons de Carrare, des délia Scala, des Polenta; affaiblirent celles d’Este , de Visconti et le patriarche d'Aquilée , et agrandirent les possessions de la république ; mais , en même temps, elles soulevèrent contre Venise d’horribles tempêtes au moment où une importante révolution commerciale qui s'accomplissait en Europe allait ôter à la Seigneurie la plus grande partie de ses ressources.

Dans cette seconde partie de son histoire, moins brillante il est vrai que la première , Venise se montra constamment à la hauteur de ses destinées : soutenant la guerre et contre la Turquie et contre les principales puissances de l'Europe; délibérant, au milieu des plus grands dangers, avec ce calme qui plusieurs fois a excité notre admiration ; n'irritant jamais ses ennemis , ramenant à elle ceux que des intérêts par trop divergents ne rendaient pas irréconciliables; faisant jouer, pour diviser les autres, les ressorts d'une astucieuse diplomatie; toujours habile à saisir les occasions et à les attendre, lorsqu'elle ne pouvait les faite naître ; déployant d'immenses ressources , réparant d'immenses désastres avec une merveilleuse rapidité ; enlin, durant les longues années de crise ou d'adversité, toutes les classes de citoyens rivalisant d'ardeur, de patriotisme, d'obéissance aux ordres des Conseils, de respect pour les lois et les institutions.

Mais avant de reprendre le (il des événements, disons en peu de mots quelle était, vers la lin du xv* siècle, la situation de l'Italie, au sort de laquelle l'existence de Venise est désormais liée.

La paix dont la péninsule jouissait depuis trente ans, c’est-à-dire depuis la confédération imaginée par François Sforza, veuait d'être détruite par Ferdinand de Naples et le pape Sixte IV qui, n'écoutant que leur ambition personnelle, avaient profité des troubles auxquels était en proie la république de Florence pour déclarer la guerre à Laurent de Médicis, dans le but de se partager ses dépouilles. Inquiets pour leurs possessions particulières, les Vénitiens offrirent leur alliance aux Florentins; mais après deux années de succès et de revers inégalement balancés pour sa patrie, Laurent de Médicis, à force d'actes de soumission envers le roi de Naples , obtint de ce prince un traité de paix au bénéfice duquel la Seigneurie ne fut pas appelée à prendre part (6 mars 1 180 ). Celle-ci crut voir dans cette exclusion une menace secrète, et par une démarche que les idées politiques d’une époque fort peu scrupuleuse justiflent à peine, elle trouva promptement le moyen de détourner le coup. Comme ses relations amicales avec la Turquie ouvraient aux Vénitiens un accès facile à la cour de Mahomet II , le sénat (U partir un ambassadeur, Sebastiano Gritti, avec mission de rappeler au sultan les droits qui lui étaient échus sur les provinces méridionales de l'Italie , la Fouille et la Calabre , provinces qui, disait-on insidieusement,

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