‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 58 sur 155 · PAIX AVEC U TURQUIE · texte numérisé non relu

PAIX AVEC U TURQUIE

neur de Gênes pour la France , y amena vingt-deux bâtiments; l'Espagne et le Portugal y. furent représentés par un bon nombre de navires; enlin les rois de Pologne et de Hongrie consentirent à opérer une diversion en attaquant les Tifrcs sur la frontière de terre. Grâce à ces prompts secours, Venise put rentrer en lice avec avantage. Sou amiral, Benedetto Pesaro, surprit l'escadre ottomane près de Valssa , captura onze galères et en brilla deux autres; dans le même temps Gonzalve de Cordoue, à la tête des marins espagnols, ravageait les côtes de l'Asie Mineure , les galères du pape dévastaient les possessions turques de l’Archipef jusqu'à l'entrée des Dardanelles , Ravenstein effectuait une descente dans l’ile de Mitvlène, et les Hongrois, par la hardiesse de leurs incursions, attiraient l’ennemi vers le Danube. Tels furent les principaux résultats de la campagne de 1501.

L'année suivante, un nouvel auxiliaire vint améliorer la situation t le shah de Perse envahit la partie de l'Arménie soumise aux Turcs , et attira en Asie, les. armées du sultan. Attaqué sur tant de points à la fois, Bajazet ne savait plus sur qui diriger ses coups. Pesaro profita de son hésitation pour pénétrer dans le port de Prevcsa et y briller huit galères ; il enleva ensuite l'ile de Santa-Maura , et parcourut l’Archipel en vainqueur. Chaque jour le sultan apprenait quelque désastre. Voulant échapper à une ruine imminente, il chargea un de ses lieutenants de faire quelques ouvertures de paix. La Seigneurie inquiète et humiliée de ne pouvoir prendre qu'une part secondaire aux événements qui agitaient alors l'Italie, ne se montra pas sourde à des propositions qu'elle désirait avec ardeur, et chargea Andréa Gritti , un des marchands retenus prisonniers à Constantinople , et que nous verrons bientôt briller au premier rang parmi les hommes politiques de sa patrie , de conduire les négociations. Par suite du traité conclu au commencement de 1503, les Vénitiens restituèrent Sainte- Maure ou Leucade , renoncèrent à leurs anciens droits sur Lépante , Alodon et Coron', qu'ils avaient perdus dans le cours de la guerre, et en retour ils obtinrent la restitution des biens et des marchandises qu’avait si déloyalement conlisquées l’empereur turc. Tranquilles de ce côté, car la paix se prolongea jusqu'en 1537, ils tournèrent toute leur attention sur les affaires intérieures de l'Italie.

Nous avons vu (1495) que Charles VIII n'avait pas laissé sa conquête du royaume de Naples solidement établie. Attaqué par Ferdinand 1 1 et par les vieilles bandes espagnoles que conduisait Gonzalve de Cordoue, Monlpcnsier, à qui la garde en avait été remise, fut contraint (novembre 1495 ) de capituler pour le» châteaux de Naples, et, après avoir vaillamment disputé la l’ouille, de signer dans Ateila (20 juillet 1490) une nouvelle capitulation par laquelle il s’engageait à évacuer complètement le royaume. Le vainqueur le lit conduire à Pozzuolo , où il devait s'embarquer avec ses compagnons d'infortune ; mais quelques-uns de ses lieutenants s'étant refusés à remettre les forteresses qu’ils occupaient , on le retint sur cette côte malsaine jusqu'à la tin de l’été. Il y succomba aux atteintes

HISTOIRE DE VENISE

d’une épidémie qui décimait les siens, et à peine cinq cents Français revirentils leur sol natal. Le roi pensait au* moyens de réparer cet échec; mais , retenu d'abord par une maladie lente, la mort vint le saisir avant qu’il eût pu faire ses préparatifs (7 avril 1498).

Louis XII, successeur de Charles VIII , ne pouvait se résigner à la perte de l'opulent royaume que la mauvaise foi des rois catholiques avait en si peu de temps ravi à la France. Dès le jour de son sacre, il annonça hautement ses intentions en ajoutant à son titre légitime ceux de roi des Deux-Siciles et de Jérusalem et de duc de Milan. On se rappelle qu'il prétendait à cet héritage en qualité de petit-fils de Valentine Visconti, quoique les femmes et leur descendance fussent exclues de l’hérédité par la loi commune de l’Italie , et plus expressément encore par les deux bulles impériales qui avaient institué le duché de Milan. Sans égard pour les traités conclus par son prédécesseur, il lit jouer pendant un an tous les ressorts de )a politique pour s'assurer l'amitié ou la neutralité des différents États qui , soit en Italie soit au dehors , pouvaient servir ou , entraver ses desseins. Le pape était son allié, et le mariage de César Rorgia avec une d'Albret, sœur du roi de Navarre, venait de consolider cette alliance, peut-être utile, à coup sûr peu honorable; Ferdinand et Isabelle lui avaient promis leur coopération; .enfin Venise répondit aussi à ses avances. Irritée contre Ludovic Sforza, qui avait contrarié ses vues sur Fisc, la république oubliait sa prudence habituelle jusqu’à conclure un pacte offensif avec le roi de France au détriment du Milanais : elle convint de l'attaquer à l'est, et d'entretenir six mille hommes pendant toute la durée de la guerre. Pour prix de cette coopération, Louis XII lui promit la cession de Crémone et de toute la rive gauche de l'Adda '. Le duc dé Savoie garantit aux Français le libre passage des Alpes, et les Suisses s'engagèrent -à fournir un corps de troupes considérable.

Il ne restait plus à Ludovic qu'un seul allié, le roi de Naples , qui n'avait pas trop de ses troupes pour défendre son propre royaume.

L'armée française traversa les Alpes le 13 août 1499, sous le commandement de trois chefs habiles : Stuart d'Aubigni , Jean-Jacques Trivulcio, Irès-bnn Français, tout Lombard qu’il était, et Louis de Luxembourg, comte de I.igni : on y ’ comptait seize cents lances (neuf mille six cents chevaux), cinquante-huit pièces de canon et treize mille fantassins, dont cinq mille Suisses ; quant à la gendarmerie,

elle n'avait jamais été rfi si bonne, ni si belle. Rien ne résista à la furia francese ,

• , . • suivant l'expression des Italiens ; l'armée du roi prit coup sur coup Arezzo,

Valence, Kassignano, Vogherra, Castel-Nuovo, Ponte-Corona, Tortonc; Alexandrie succomba par la mésintelligence des généraux milanais , et Pavie capitula

I. Le traite fut signé à Blois le 15 avril 1499. Voici comment Machiavel s'exprime 5 ce sujet: mOq ne doit jamais, à moins d'y Olre forcé, prendre parti pour un voisin plus puissant que soi,

« sous peine de se voir à sa discrétion s'il est vainqueur. Les Vénitiens se perdirent pour s'élre ,

« alliés sans nécessité ù la France contre le duc de Milan. »

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