‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 59 sur 155 · LOUIS XII EN ITALIE · texte numérisé non relu

LOUIS XII EN ITALIE

après un investissement de quelques jours. Pendant ce- temps, les Vénitiens s’étaient emparés avec non moins de facilité de toutes les places situées entre l'Oglio et l'Adda, c'est-à-dire de Soncino, de Caravaggio, de Casliglione ; il ne restait plus à conquérir que Crémone et Milan. I.e malheureux Sforza succombait sous le poids des revers. Déjà les Vénitiens s’étaient avancés jusqu'aux portes de Lodi ; les villes se rendaient sans coup férir où se révoltaient d'ellesmêmes; partout le peuple se montrait ou indifférent ou hostile, et la catastrophe d'Alexandrie ne fit que confirmer les Milanais dans la résolution de ne pas soutenir de siège. Jugeant dès lors que tout était perdu, le duc confia à quelques o (liciers dévoués le gouvernement de Milan et de quelques autres villes qui lui restaient encore , et se réfugia dans le Tyrol , auprès de son gendre l'empereur Maximilien. Avant qu'il eût gagné Inspruck , les lis de France remplaçaient dans tout le duché la guiçre milanaise. Pavie et Milan capitulèrent à peu de jours de distance, et Louis XII entra, le G octobre, en grande pompe dans sa bonne ville, aux cris de : Vira Francia!

A peine installé dons le palais des princes , le roi déclara qu’il confirmait les privilèges du duché et de sa capitale , qu’il abolirait les impôts les plus onéreux , qu’il répandrait ses faveurs parmi la noblesse et lui rendrait le droit de chasse; sincère admirateur de la civilisation italienne, il prodigua les marques de sa munificence aux savants , aux artistes , et bientôt après il repassa les Alpes, laissant à Trivulce le gouvernement du Milanais.

Malgré les bonnes intentions de Louis, le joug des vainqueurs ne tarda pas à devenir insupportable aux vaincus. Les Français , éblouis de la richesse de la Lombardie, croyaient ne pouvoir jamais lui demander trop d’argent, et les habitants , fatigués outre mesure par les exigences du fisc , avaient encore à se défendre contre une soldatesque qui n’entendait pas leur langage, ne savait pas respecter leurs usages et leurs mœurs. Excellent capitaine mais mauvais politique , Trivulce usa de son autorité moins en lieutenant du roi de France qu’en chef de parti : au lieu de chercher à réconcilier les restes de deux fartions qui se transmettaient de génération en génération leurs haines héréditaires , il vexa les gibelins par la partialité qu’il témoignait aux guelfes, s’aliéna les classes populaires par sa rudesse et sa violence. Ludovic Sforza, prévenu par ses partisans de la disposition des esprits, se présenta tout à coup à la tête de vingt mille aventuriers qu’il avait réunis autour de sa personne , et fit éclater un soulèvement général : les garnisons françaises furent massacrées ; Trivulce , attaqué dans la ville même par la populace insurgée , fut contraint de se réfugier dans Novarre , et Ludovic recouvra sa capitale en moins de-temps qu’il ne l’avait perdue. Cette faveur de la fortune devait lui être bien funeste. >

Louis XII, avec une activité dont on avait vu peu d’exemples , et que le bon ordre établi dans ses finances lui rendait facile , n’eut pas plus tôt reçu la nouvelle de ces événements qu’il fit partir sa gendarmerie et donna l’ordre d’era-

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HfSIOIHE DE VENISE.

baucher des Suisses. Ces montagnards étaient alors au faîte de leur réputation militaire; toutes les puissances voulaient en engager h leur service, si bien que lorsque deux armées en venaient aux mains , il était rare qu'il n'y eut pas des Suisses de chaque cdté. C'est ce qui arriva dans cette conjoncture. Le duc de Milan avait fait aussi des levées considérables en Helvétie ; et lorsqu’il se trouva en présence de l'ennemi , il fut de part et d'autre impossible de mettre en mouvement ces bandes de mercenaires qui éprouvaient une répugnance fort naturelle â s'entr'égorger pour une cause qui ne les intéressait pas. Le temps s'écoulait en négociations, pendant lesquelles ceux de Ludovic Sforia, au nombre de dix mille , convinrent avec leurs compatriotes qui servaient dans le camp opposé d'abandonner à eux-mémes les Italiens et les Stradiotes, de livrer le duc à Louis XII, puis de retourner dans leur pays. En effet, le 10 avril , Sforia fut arrêté au moment où il se cachait au milieu de ses Helvéticns, et traîtreusement mis entre les mains du roi , qui le traita avec la dernière rigueur. D’abord enfermé au château de Pierre-Encise, puis au Lis-Saint-Georges en Berri , et enfin dans la grosse tour de Loches où on l'ensevelit au fond d’un cachot souterrain, ce ne fut que vers les derniers temps de cette pénible existence qu’on adoucit sa captivité en lui donnant le château tout entier pour prison.

Débarrassé de son compétiteur, Louis XII envoya le cardinal d'Amboise prendre possession du Milanais ; le prélat fit son entrée dans Milan , le 17 avril 1500, jour du vendredi saint, accompagné de Trivulce et d'une nombreuse escorte. La consternation régnait au sein de cette grande cité, car deux députations successives avaient été accueillies par des paroles plus que sévères. Georges d’Amboise se rendit à l’Iiûtcl de ville , où une longue suite d'hommes , de femmes et d'enfants , vêtus de blanr et la tête nue en signe d'humilité , vinrent demander merci. Satisfait de ces marques de repentir, le ministre ne poussa pas plus loin l'abus de la victoire ; seulement, et pour l'exemple, quatre des principaux rebelles furent mis à mort. Milan ainsi que plusieurs autres villes payèrent des amendes plus nu moins considérables ; il en fut de même à l’égard des républiques de Sienne et de Lurques , du marquis de Mantoue , du seigneur de Bologne, qui avaient fourni quelques secours à Ludovic. Quant à la république de Venise , elle reçut l'entière souveraineté de Crémone et de tout le .pays conquis par elle le long de l'Adda.

Après avoir réglé ses comptes avec ses amis et ses ennemis, Louis XII annonça hautement ses prétentions sur la couronne de Naples. Son trésor était plein , ses troupes nombreuses et bien disciplinées; ceux qu'elles devaient combattre, frappés d’une énervante stupeur. La rapidité, la valeur, la férocité des Français, faisaient fuir leurs ennemis devant eux. Le succès était donc assuré. Avant tout cependant, il importait de se mettre d'accord avec l'Empereur et avec le roi de Sicile , qui était en même temps roi d’Aragon et l’époux d’Isabelle de Castille. Le premier était dans une situation fort équivoque , ses finances en désarroi ; et

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