CONQUÊTE DO ROYAUME DE NAPLES
comme il avait reçu quarante mille ducats du roi de Naples pour attaquer le Milanais, on lui donna de l’argent pour qu'il se tint tranquille; quant au second, ce fut par un traité de partage , traité infâme de part et d'autre , qu’on le fit consentira la spoliation de son parent. Le 11 novembre 1500, les agents de Louis XII et de Ferdinand , réunis à Grenade , convinrent que le roi de France aurait Naples, la Terre de Labour et les Abruzzes, avec le titre de roi de Naples et de Jérusalem; que le roi catholique prendrait la Pouille et la Calabre , avec le titre de duc attaché à la possession de ces deux provinces. Des bruits de croisade couvrirent fort à propos les préparatifs de cette expédition : le renouvellement des hostilités entre les Turcs et les Vénitiens, la prise de Modon par les musulmans , le massacre des chrétiens de la Morée , excitaient une assez vive agitation en Occident ; et les deux monarques mirent à profit cette catastrophe pour jeter de l'odieux sur Frédéric de Naples qui, de même que Ludovic Sforza avait inutilement sollicité la protection des infidèles.
Instruit de l'orage qui le menaçait , l'infortuné Frédéric essayait de le détourner en renouvelant les propositions faites par son père èCharles VIII, de reconnaître la suzeraineté de la France, de payer tribut et de recevoir garnison dans plusieurs places maritimes. Ces offres, qui auraient assuré à Louis XII la domination paisible de l'Italie , furent rejetées. Dans ee péril extrême, et hors d'état de se défendre , le roi de Naples eut recours à Ferdinand et Isabelle , qui comme chefs de sa maison , comme compatriotes , comme anciens alliés , étaient ses protecteurs naturels. On lui promit assistance. Gonzalve de Cordoue avait été envoyé en Sicile avec une puissante armée ; Frédéric l’appela à lui , ouvrit à ses troupes les places fortes de la Calabre , lui livra tous ses arsenaux. Ce ne fut qu'au moment où les Français passaient la frontière pour entrer dans la Campanie, qu’une déclaration de guerre lui révéla les arrangements pris par Louis XII avec le monarque aragonais, révélation trop tardive pour qu'il eût le temps de se reconnaître.
Les Français s'avancèrent par terre et par mer. Stuart d’Aubigni commandait les premiers; Philippe de ltavenstein, dont nous avons déjà parlé, dirigeait la flotte. Le roi de Naples n’essaya pas même de tenir la campagne : il concentra ses troupes dans sa capitale, dans Averse et dans Capoue, et envoya à Tarante son fils aîné Ferdinand. Capoue seule se défendit ; mais les Français y entrèrent le 25 juillet 1501, et massacrèrent sept mille habitants. Ne voulant pas prolonger par une résistance inutile les misères de ses sujets, Frédéric entra en négociations avec d'Aubigni, aimant mieux s'adresser à un général français qu'à Gonzalve de Cordoue , qui l’avait si perfidement joué. Naples et Gaëte avaient ouvert leurs portes au vainqueur ; les châteaux de la capitale restaient seuls fidèles à leur souverain, qui avait cherché un refuge à Ischia; Frédéric les livra à d'Aubigni ; puis, montant lui-même sur les vaisseaux français, il fut conduit à Louis XII , qui lui assigna en Anjou une honorable captivité.
Le traité de Grenade était trop odieux pour enchaîner longtemps ceux-là même qui en avaient profité : dès qu'il fut question de procéder au partage, des querelles violentes éclatèrent , et il devint d'autant plus impossible de s'entendre, que les Napolitains humiliés montraient pour les Espagnols une préférence toute naturelle. Les armes pouvant seules trancher la difficulté, une guerre de surprises s'engagea entre les spoliateurs. Les Français, sous les ordres du duc de Nemours, eurent d'abord l'avantage ; mais Gonzalve ayant reçu des renforts et de l’argent d'Espagne , reprit aisément le dessus , battit plusieurs fois scs adversaires , surtout à Cerignoles où Nemours perdit quatre mille hommes et resta lui-méme sur le champ de bataille. I.e chevalier Bayard soutint seul sur un pont étroit le choc de deux cents ennemis : glorieux mais inutile effort d'une valeur sans égale ! Toutes les places furent enlevées l'une après l'autre ; Naples elle-même se rendit, et les débris de l’armée française se renfermèrent dans Gaëte (1503).
Bientôt une nouvelle armée, conduite par La Trémouille , passa les Alpes pour délivrer les soldats de Louis XII assiégés dans Gaëte et reconquérir le royaume de Naples. Le roi ménageait à son lieutenant un précieux auxiliaire, c’est-à-dire César Borgia. Neveu ou plutôt fils du pape Alexandre VI , Borgia , le plus souple et le moins scrupuleux des hommes de son temps, était parvenu, à force d'intrigues, à se former une principauté considérable dans la Romagne et une excellente armée. Dans une circonstance récente, Louis lui avait prêté quelques troupes; mais César avait comme pour habitude de ne rester Qdèie à une alliance qu'autant que son intérêt l'y tenait engagé , on entama avec lui une nouvelle négociation afin qu’il consentit à favoriser l'expédition de Naples. Il voulait bien, disait-il , prêter la main aux Français, sous la condition que Louis XII abandonnerait les Florentins, ses plus anciens et ses plus fidèles alliés. Le tyran comptait les surprendre et les subjuguer au milieu de la paix ! La Providence épargna cette honte à notre patrie ; dans un repas qu’ils offraient à un riche cardinal, le pape et sçn fils, se trompant de bouteille, burent d'un vin qu'eux-mêmes avaient préparé pour leur hôte, et Alexandre succomba sous la violence du poison ( 18 août 1503 ). Quant à César, lorsqu'il lui fut permis de quitter son lit de douleur, il ne devait plus songer à augmenter par de nouvelles conquêtes ses précédentes usurpations.
Iji vacance du saint-siège éveilla l’ambition de Georges d'Amboise. Ministre et favori de Louis XII, ce prélat ne doutait point d'y monter. Partant de Paris en toute diligence, accompagné de deux cardinaux qu'il avait remis en liberté sous la condition qu’ils lui donneraient leurs votes, il se rendit à Rome, entra en pourparlers avec César Borgia , qui lui promit les voix des dix-huit cardinaux espagnols dont il disposait, et, pour intimider les autres, expédia à l’armée française, alors arrivée à Nepi, l'ordre de rester dans l'Étal pontifical jusqu'à ce que l'élection fût terminée. Ce n'était qu’une déception : Georges ne posa point