Devenu plus tard l'empereur Charles-Quini
HISTOIRE DE VENISE
et Kimini par suite de la chute de l'infime César Borgia. Voyant en elle l'obstacle le plus immédiat i l’agrandissement des États pontificaux, Jules II avait été le principal instigateur de cette coalition. Il devait recouvrer les places de la Romagne; l'Empereur, les domaines héréditaires et les villes libres impériales, telles que Vérone, Padoue, Viccnce, Trévise; Louis XII aurait le Bressan, le Bergamasquo et le Crémonais, anciennes dépendances du duché de Milan.
Dans ces temps de violence môlée de ruse , le premier tort de Venise, aux yeux de ses ennemis , était de réussir dans ses envahissements ; le second de n’avoir pas assez habilement dissimulé l'inquiétude que lui inspirait l'établissement des Français en Italie, elle dont la coopération avait été récompensée par un agrandissement de territoire sur la rive gauche de t’Adda. Qu’elle ne fût pas sincèrement attachée à une nation dont elle avait à redouter le voisinage et l'ambition, cela parait naturel; mais la prudence ne lui ordonnait-elle pas de cacher ses répulsions jusqu’à ce qu'elles pussent sans danger paraître au grand jour? Loin de là : lors de la réaction opérée en faveur de Ludov ic Sforza , peu après la conquête de Milan (1405) , les Vénitiens ne secoururent Trivulcc qu'avec une excessive lenteur; sous prétexte même de garder le passage de l'Adda , ils se jetèrent dans Pizzighettone , qu'ils se hâtèrent de démanteler avant de s'eu dessaisir. Durant la guerre de Naples (1503), les troupes françaises assiégeaient par terre Barletta, où Gonzalve de Cordoue était à la veille de manquer de vivres et de munitions : les Vénitiens ravitaillèrent la place par mer ; et lorsque Louis XII se plaignit de cette infraction au traité qui les unissait , le sénat répondit que la chose s'était faite à son insu; que Venise était une république de commerçants ; que des particuliers avaient bien pu vendre des vivres aux Espagnols, avec qui la république était en paix, sans qu’on fut autorisé à en conclure qu'elle manquait à ses engagements envers son allié. Un jour entre autres, quatre galères françaises, auxquelles une escadre espagnole donnait la chasse, se présentèrent devant le port d'Otrante : les Vénitiens, qui l'occupaient, alléguèrent leur neutralité pour refuser de les recevoir, et le commandant fut dans la triste nécessité d'y mettre le feu! Ces actes, empreints d'une malveillance calculée, avaient excité la colère de Louis XII; l'ambition du pape, la cupidité de Maximilien, firent le reste.
Heureusement pour Venise , plusieurs circonstances suspendirent l'exécution des menaces dirigées contre elle. Le rétablissement de la santé du roi et les avis de scs conseillers lui ayant fait faire des réflexions sur les conséquences du mariage projeté, il décida que la princesse Claude épouserait son cousin le comte d’Angoulémc ( François I" ). Les États du royaume accueillirent avec enthousiasme cette nouvelle détermination , et jurèrent qu'elle serait exécutée si Louis venait à mourir. En conséquence, les fiançailles furent célébrées le 22 mai 1506 , au château du Plessis. François avait près de douze ans ; Claude en comptait à peine sept. Maximilien et Philippe-le-Beau ne manifestèrent point leur mécontentement , et répondirent même avec assez de courtoisie aux excuses