‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 64 sur 155 · CO MCI LE DE PISE · texte numérisé non relu

CO MCI LE DE PISE

de «user quelques inquiétudes, en affaiblit la puissance morale par la convocation d’une autre assemblée , ce qui ne l'empécha fias de lever de nouvelles troupes, de reprendre scs négociations avec les Suisses, avec Ferdinand, avec Henri VIII, avec Marguerite d'Autriche, qui, fort hostile à la France, pressait instamment son père d’écouter les propositions de la cour de Rome.

Avant d’entamer le récit de la campagne de 15)2, disons en peu de mots quel fut le résultat de cette lutte dans laquelle un roi de France essayait de tourner contre le pape les armes qui depuis Uildebrand firent si souvent trembler sur leur trône les plus fiers potentats. Le concile devait se réunir à l*ise le 1” novembre 1511 : quelques prélats français ou soumis à la domination française y parurent seuls; aucun évôque ni abbé allemand ne voulut s’y rendre. En Italie, l’opinion publique était favorable à Jules II; aussi le clergé de Pisc, aussitôt après leur arrivée, lit-il cesser le service divin et fermer les églises; il fallut un ordre de la Seigneurie de Florence pour ouvrir la cathédrale. Rien d’important ne fut fait ; le seul acte publié par le concile était écrit d'une manière fort ambiguë et n'effieurait aucune des questions principales. D’ailleurs l'attitude du peuple devenait tellement menaçante , qu’à la suite d'une rixe entre les habitants et les soldats, aucun des Pères ne jugea à propos de séjourner plus longtemps dans une ville où leur vie était en danger. Après deux ou trois séances, ils se séparèrent d’une manière ridicule ou honteuse , et s’ajournèrent à Milan pour le 8 décembre. Là, écrasés par les excommunications et les interdictions du pape, ils ripostèrent par un décret non moins hérissé de menaces et d’exclusions, défendant à tous les peuples de la chrétienté d’obéir désormais à Jules II , qu’ils déclaraient « notoireo ment perturbateur, ennemi de l'Église, auteur de schismes, incorrigible et o endurci, o Ce décret, ouvrage d'une assemblée dépourvue de caractère légal, produisit très-peu peu d'effet. Jules II , qui avait appelé à Saint-Jean-de-Lalran, pour le 5 mai 1513, les cardinaux et autres prélats dévoués à sa personne, les dispersa presque sur-le-champ. Après avoir qualifié leur réunion de concile œcvinrnique 1 , il fit casser purement et simplement tout ce qui avait été décrété dans les conciliabules [suivant sa propre expression) de Fisc et de Milan, afin de reporter toute son activité vers les combinaisons militaires.

(iràce au génie turbulent du pontife, une nouvelle ligue se forma contre la France, ligue dont Ferdinand-le-Catholique et la république de Venise devinrent les plus puissants ressorts. Ils déclarèrent que leur but était de conserver l'union de l'Église , de faire recouvrer au saint-siège la ville de Bologne et tout autre fief qui, médiatement ou immédiatement, poqvait lui appartenir; enfin, de chasser de l’Italie quiconque s’opposerait à leur entreprise. Jules 11 s'engageait à fournir

I. Universel , du grec cfcwujùvr. , qui se prend pour la terre habitable, comme qui dirait reconnu partoute la terre. L'Eglise donne ce nom à tous les conciles généraux ; les protestants ue l'accordent qu’aux quatre premiers. Ce fut au concile de Chalcédoinc , tenu l'an 451 , qu'on employa pour la première fois l’expression d'œcuménique.

quatre cent» hommes d'armes , cinq cents clievau-légers et six mille fantassins : la république, huit cents hommes d'armes, mille chevau-légers et huit mille fantassins; Ferdinand, douze cenls hommes d’armes, mille chevau-légers et dix mille fantassins espagnols ; mais comme ce contingent excédait les ressources financières de Ferdinand , le pape et la Seigneurie devaient lui payer chacun vingt mille ducats par mois , pendant toute la durée de la guerre. Le commandement général de l'armée fut confié à Don Ramon de Cardona, vice-roi de Naples. Une flotte de douze vaisseaux catalans et quatorze vénitiens devait porter la terreur sur les côtes delà France, tandis que les Suisses, au nombre de seize mille hommes, envahiraient le duché de Milan. L'Empereur et le roi d'Angleterre pouvaient être admis dans cette alliance : réserve stipulée par le pape en faveur de Maximilien, dans la vague espérance de le détacher de la France, et que, à défaut d’inslructions précises, le cardinal d’York, ambassadeur de Henri VIII, demandait également pour son maître. >

Louis XII n'avait en Italie que treize cents gendarmes, un corps de deux cents gentilshommes, et trois ou quatre mille hommes d'infanterie; la conduite sans cesse vacillante de Maximilien l'empêchait de compter sur le concours des Aile- t mands, et le dur de Ferra re était trop affaibli pour qu'il püt lui demander un contingent. S'apprêtant donc à supporter seul tout le poids de la guerre, il confia le commandement de son armée à Gaston de Foix , fils de sa sœur, jeune prince de vingt-deux ans, doué d'une brillante valeur, d’une activité infatigable, et que d'excellents capitaines, Bayard, Yves d’Allègre et La Palisse, formaient au métier des armes.

Les Suisses s’avancèrent de Varèsc à Galérate , de Galérate à la Basti , pendant que Gaston de Foix et Jean-Jacques Trivulce , plutôt pour les inquiéter que dans l’intention de les combattre , se tenaient sur leurs flancs, et que Théodore Trivulce faisait en toute hôte fortifier la capitale du Milanais, dont les habitants , quoiqu’ils détestassent le joug de la France , redoutant bien plus encore l'arrivée de ces montagnards , soldaient de leurs propres deniers des bataillons de fantassins pour la garde de leurs murs. Les Suisses ne réussirent pas mieux que l'année précédente : dépourvus de vivres et d’artillerie , ils firent volte-face après s'être avancés jusqu’aux faubourgs de Milan , et se portèrent vers l'Adda , où l'armée vénitienne devait faire jonction avec eux ; mais ne l'y trouvant pas , ils s’en retournèrent par Como dans leur pays. Quelques historiens assurent qu'ils avaient obtenu de Gaston un mois de solde , et désignent mêm;; un de leurs capitaines , d’Alt-Sax ou de Super-Sax , comme l'instigateur de cette transaction.

Pendant que les Helvétiens marchaient sur Milan , don Ramon de Cardona entrait dans les États de l'Église avec une armée considérable, à laquelle le pape, dont le plus ardent désir était de recouvrer Bologne , réunit toutes ses troupes.

Les Français, au contraire, et comme point d’honneur et comme position militaire , attachaient une haute importance è la conservation de cette riche et vaste

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