HENRI VIII ENTRE DANS LA I.IGLE
« avaient tant gaigné en cette ville de Itresse , que la plupart s'en retourna et « laissa la guerre et ils eussent fait bon, meslier à la journée de Kavennes , a comme vons entendrez ri-après. ' »
Malgré ce succès , peut-être même à cause de ce succès , le mauvais vouloir de Maximilien devint plus manifeste que jamais, et le roi d'Angleterre annonça ouvertement sa résolution de combattre les ennemis du saint-siège. Le parlement accorda les subsides demandés, et Jules 11, pour récompenser le zèle de Henri tlll , lui fit hommage de la rose d'or 2 , en même temps qu'il envoyait aux prélats et aux lords d'Angleterre une galéasse chargée de vins de Grèce, de fruits , de fromages, et d’autres présents. Le pape ne s'en tint pas là : sur ses pressantes sollicitations les Suisses s'engagèrent à pénétrer de nouveau dans le Milanais et h envahir la Bourgogne ; Maximilien , moyennant un subside de cinquante mille florins, conclut avec la Seigneurie une trêve de dix mois. Leroi catholique ne cessait d'être le plus ferme appui de la ligue.
Ne se laissant pas intimider par la gravité des circonstances , I.ouis XII fit un appel à l'esprit martial de ses peuples, et envoya des renforts considérables à son neveu, avec la recommandation expresse de détruire à tout prix l'armée du pape et celle du roi d'Aragon, puis de marcher droit à home et d’imposer la paix au souverain pontife dans sa propie capitale. A In réception de ces ordres, Gaston, qui s’était retiré à Modène , quitta ses quartiers, et dès les premiers jours d'avril S , ;
il se trouvait entre Castcl-Guelfo et Itnoln, à la tête de seize cents gendarmes, deux cents chevau-légers, dix-huit mille hommes d'infanterie, parmi lesquels cinq mille Gascons, mille Picards, mille aventuriers, cinq mille lansquenets et l’excellente artillerie du duc de Ferrare. Les confédérés, qui attendaient six mille Suisses , apportèrent le plus grand soin à éviter non-seulement une niïaire générale, mais encore toute espèce d'engagement, et don Kamon de Cardona tint sa gauche appuv ée à l'Apennin, ou il trouvait aisément des positions inexpugnables, tandis que les Français, manœuvrant dans une plaine basse et entrecoupée de canaux , ne pouvaient l'atteindre et le forcer au combat.
1. Un pauvre curant (la la dernière classe du peuple, et qui est devenu l'une des illustrations de ta rèput, tique vénitienne, reçut dans les bras de sa mère cinq blessures, dont une lui ouvrit le crâne ; une antre, qui lui avait fendu le. lèvres, lui fil donner le nom de Tartuglia { qui bégaye); et ce note, le seul qu'ou lui connaisse aujuurd'luii .-sort a désigner le restaurateur des mathématiques. Tartaglia mourut en 1557 ; il passait avec rjison t our un des plus grands géomètres de son temps. On a de lui une version italienne d'Kuclide , avec des commentaires fort estimés ; un Traité des nombres et des mesures, et plusieurs autres ouvrages. Inventeur delà méthode de résoudre les équations t -bf cubiques, invention ordinairement attribuée à Cardan, il est aussi le premier qui ail écrit sur la ■
théorie du mouvement des botnltés et des boulets, sujet qu'il a traité avec beaucoup de développes meut dans sa IS'ova seientia imprimée à Venise eu 1537, et dans ses (Juesiti ed invenzioni diverse.
i. La coutume qu'a le pape de consacrer une rose d’or le quatrième dimanche de carême , n'a pris son origine que dansle xic ou xtla siècle, du moins n'en est-il pas parlé plus tèt dans l'histoire.
Celle rose est ensuite envoyée en présent aux princes, aux princesses de la chrètieulé, et même à certaines églises que le saint-père vent honorer d'une manière toute particulière. Uenri Mil , tui d'Angleterre, reçut deux de ces roses, ce qui ne le garantit pas de l'excmnmunicalion du saintsiège, lorsqu'il fut déclaré , en 1531 , chef de T Église tous le Christ.
Depuis trois semaines les deux généraux déployaient toute leur habileté, toutes leurs connaissances stratégiques, lorsqu'un ordre pressant de livrer bataille parvint à Gaston. Louis XII, qui craignait (l'être attaqué du côté de Calais par les Anglais, et du crtté des Pyrénées par les Espagnols , était presse d’en Unir en Italie ; son lieutenant lui-mtme en sentait d'autant mieux la nécessité que, peu de jours auparavant, le capitaine de ses lansquenets, Jacob Empser, s’apprêtait à quitter l'armée française, sur l'injonction de l’Empereur qui ue voulait plus combattre ni le pape ni le roi d’Aragon. Les paroles chevaleresques de liayard , les prières de Gaston , l'avaient décidé à rester avec eux jusqu’il la Un de la campagne ; mais les autres chefs de bandes allemands pouvaient être rappelés à leur tour, et il eut été diflicile de les gagner tous ou de les trouver aussi sensibles au point d'honneur. Ces diverses considérations engagèrent Gaston è attaquer brusquement Ravenne , persuadé que don Hamon de Cardona quitterait ses positions pour la secourir. • (
Avec sa promptitude ordinaire, le jeune général vint dresser ses tentes dans la presqu’île formée parles rivières du Honcoet du Montone, qui après avoir mêlé leurs eaux un peu au-dessous de Kavcnuc vont se jeter dans l'Adriatique. Comme il l’avait prévu, l'Espagnol se rapprocha de lui ; mais, avec sa circonspection habituelle, Cardona s'établit sur la rive droite du Kouco, à trois milles de distance, plaçant les Français entre la ville, la rivière et son propre camp, situation fort critique pour eux, car il lui eût été facile de les écraser en concertant une attaque avec l'habile chef de la garnison, Marc-Antoine Colonna. Pendant que son trop prudent adversaire s’occupait à se retrancher, Gaston commençait è manquer de vivres , et ses fourrageurs avaient sept ou huit milles à faire pour en trouver ; les Vénitiens , maîtres du Pô , coupaient scs communications avec Ferrare : sentant donc l’urgence de brusquer l'affaire , il entama ( 9 avril ) une vigoureuse canonnade contre la place, et en quelques heures une brèche de. soixante pieds de large fut ouverte , par laquelle Allemands et Français se précipitèrent avec ardeur. Repoussés avec perte, plusieurs de leurs chefs y laissèrent la vie ; et si don Kamon eût saisi le moment pour s’ébranler, c'en eût été fait de l’armée française , quoique la sienne ne complût que quatorze cents lances , mille chevaulégers et douze mille fantassins.
L’assaut avait échoué; Gaston se tourna contre le vice-roi, qui rachetait son infériorité numérique par l'excellence de sa position , son lieutenant Pierre de Navarre ayant couvert le front de l’infanterie espagnole au moyen de chariots armés d’épieux, de lances de fer, et chargés de vingt pièces dé campagne avec deux cents grosses arquebuses. Il était impossible de faire mieux ; mais que peuvent les remparts, les canons cl les palissades contre une armée intrépide , pleine de confiance dans son chef, et disposée à braver tous les périls pour remporter la victoire ? Les Français traversèrent le ltonco sans être attaqués , se reformèrent sur la rive droite, et marchèrent vers le camp ennemi , non sans avoir eu la pré-
bataille de ravf.nne.
caution de mettre à la suite des première* colonnes l’excellente artillerie du duc de Ferrure. A deux cents pas, ces colonues s'ouvrirent à droite et à gauche, afin de permettre aux batteries de commencer le feu, qui lut des plus vifs. Les artilleurs des confédérés, ripostant avec avantage, emportaient à chaque coup bon nombre des assaillants; mais le duc de Kerrare. habile pointeur, ayant établi une batterie , toute composée de pièces de fort calibre , dans une position élevée, leur fit payer chèrement les pci tes qu'ils causaient aux nôtres. Ces capitaines , ces condottieri , habitues aux luttes corps à corps , s’indignaient d'ètre ainsi décimés par la mitraille: sans en attendre le commandement, l'infanterie française se rue il l'attaque du camp, et la cavalerie italienne quitte son poste pour charger le corps
P t de bataille où se trouvait Gaston. Jusqu’alors le vice-roi, bien conseillé par l’ierrc de Navarre, avait résisté aux murmures et aux prières de sa gendarmerie, qui brûlait de se porter en avant: forcé d'appuyer les Italiens, il donne le signal , et bientôt s'engage une terrible mêlée dans laquelle les cavaliers espagnols ou pontificaux sont mis en pleine déroute. Fabrizio Colonna, Pescairë, le cardinal de Médieis, légat du pape, furent faits prisonniers; Cardona luimème prit la fuite trop tôt pour son honneur, la victoire pouvant être encore disputée. Le choc n’avait pas été moins furieux entre les piétons français et allemands et les bandes de Navarre : repoussés d'abord avec une grande perte, ils revinrent à la charge ; mais chaque fois les Espagnols, combattant à la manière des anciens Humains avec le glaive et le bouclier, rompirent les bataillons allemands, hérissés de piques d'une longueur démesurée; puis, avec leurs dagues courtes et légères , ils perçaient de coups ces malheureux soldats qu’embarrassaient leurs cuissards et leurs larges baudriers. Le carnage fut épouvantable ; les Allemands auraient tous péri si Yves d’Allègre, et bientôt après Gaston de Foix , n'étaient venus à leur secours avec laeavalerie française. Entourée de toutes parts , l’infanterie espagnole céda le terrain ; mais les Français achetèrent ce diflieile triomphe par la perte de Yves d'Allègre et de son lils , ainsi que de plusieurs autres gentilshommes, dette brave infanterie se retirait « -en bon ordre , nu petit pas, combattant toujours, entre le fleuve et la digue élevée pour contenir les eaux , lorsque Gaston , aflligé de l’affreux carnage qu'elle ne cessait de faire parmi les siens , pique des deux et se précipite au milieu ffep de ses rangs épais, suivi de quelques gentilshommes seulement. Renversé de cheval, il se relève l'épée au poing et oppose une résistance désespérée: l-autrec , qui a vu la faute commise par son cousin , accourt en criant : « Ne le « tuez pus I c'est notre vice-roi , le frère de votre reine ! » Inutile dévouement ! j#téun des soldats qui serraient de plus près lo prince lui plonge son épée dans le sein ; et Luulrec, atteint de vingt blessures, est laissé pour mort à ses côtés. Stupéliéeà cette vue, la gendarmerie française cessa la poursuite, et l'infanterie espagnole continua tranquillement sa glorieuse retraite. Cette bataille , la plus sanglante de toutes celles qu’on eût encore livrées , coûta aux vaincus douze
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HISTOIRE DE VENISE
mille hommes, leurs bagages el leur artillerie; aux vainqueurs, six mille hommes et une partie de leurs capitaines. « Avec Gaston » , dit Giurrinrdini ,
« toute la vigueur de l'armée de Erunce avait péri. » Cependant la ville Se rendit le lendemain : Imola , Forli , Césène , Itimini , toute la Romagne, sc soumirent à La Palisse, qui avait pris le cormnandemuut en chef.
La nouvelle du désastre de Havcnne , lu crainte qui s'ensuivit de voir incessamment les Français aux portes de Rome, répandirent la consternation dans la ville éternelle. Toute la cour du souverain pontife se jeta à ses pieds , le conjnraut de sc soumettre A ta volonté divine, et les ambassadeurs de Louis XII , qui ne s'étaient pas encore éloignés, lui offrirent la paix aux mêmes conditions qu'aupar 'avant, c'est-à-dire la restitution de Bologne, la cession de Lugo avec tout ce que *la maison d'Êste possédait en Itomagne , et l'abandon du droit de faire du sel à Commâchio ; en retour, ils ne demandaient que la levée de t'interdit, la révocation de toutes les sentences ecclésiastiqnes , et la réintégration des Bcntivoglio dans leurs biens. Jules II accepta res bases aussi avantageuses qu'honorables, pour lesquelles il donna mission de traiter au cardinal de Finale et a l'évêque de Tivoli alors résidant en France , mais sans leur envoyer de pouvoirs pour conclure ; car, dit-il aux ambassadeurs aragonais et vénitiens, ce n'était qu'un stratagème pour endormir le roi de France et gagner du temps.
En effet, tandis que les- négociations traînaient en longueur, la situation des confédérés s'améliorait : au sombre accablement répandu d'abord par toute l'Italie succédait une irritation profonde contra les Français, el l'armée de la sainte ligue sc réorganisait avec une extrême rapidité : Venise fournissait buit cents r> . gendarmes, neuf cents clicvau légers et six mille hommes d'infanterie: le roi catholique faisail passer deux mille soldats espagnols, et promettait d'envoyer prochainement Gonzalve de Cordnue, dont le nom seul relevait les espéra ncesde son parti; on apprenait aussi que vingt mille Suisses s'apprêtaient à descendre de leurs montagnes. Du côté des Français , au contraire , régnaient le désordre et -, la confusion : La Palisse, quoique brave devant l'ennemi, était d'un caractère trop irrésolu pour commander en chef ; le cardinal San-Scverino, légat du pscOdoconcile, et homme d'humeur belliqueuse, lui disputait la conduite des opérations * militaires; le duc de Ferrari» était rentré dans son palais ; les troupes allemandes abandonnaient le drapeau de Louis XII; enfin le général des finances de Normandie, gouverneur de Milan par intérim '; venait, par une absurde mesure d'économie, de licencier une partie des troupes, déjà trop affaiblies par les combats el V par les défections. Alors le pape, jetant le masque, déclara hautement qu’il ne renoncerait jamais au but de ses travaux , l'affranchissement de l'Italie ! • fl .
Pans l'impossibilité de combattre les forces immenses qui s'apprêtaient à lui tomber sur les bras, La Palisse adopta un plan tout d'observation, ou pour mieux dire un système purement négatif. Retirant les garnisons des places fortes de la Romagne , il les réunit aux restes de l'armée active, et porta son camp sur