LKS FRANÇAIS CHASSÉS D’ITALIE
les rives du Mincio. Là , ayant appris que les Suisses, qui étaient descêndus dans le pays de Vérone, avaient opéré leur jonction avec les Vénitiens et se disposaient à entrer dans le Milanais, il courut chercher un refuge dans les murs de Pavie. Les confédérés ('annonçaient comme des libérateurs ; ils venaient, disuicutils, rendre la couronne nu llls du malheureux Ludovic Sforzn, alors réfugié eu Allemagne , et les populations se soulevaient au cri de cita Massimiliano Sfontu ! Jean-Jacques Trivulce, ses officiers, tous ceux qui avaient embrassé le parti français, quittèrent Milan a la hâte, emmenant toutefois le cardinal de Médicis; mais comme le prisonnier devait passer le PO entre Pièvc del Cairo et llassignano, ses amis ameutèrent les pay sans des environs et l'arrachèrent des mains des gardes chargés de le conduire.
bientôt les Suisses et les Vénitiens parurent devant Pavie. La Palisse voulait s'y défendre : Trivulce lui représenta que dans un pays en pleine insurrection et avec une si faible armée, il était impossible d'y penser sérieusement. Ils se disputaient encore, lorsqu'on vint leur annoncer que l.odi s’était rendue sans résistance, et que déjà les ingénieurs vénitiens traçaient autour d'eux l'emplacement des batteries de siège. Craignant que toute retraite ne leur fût coupée, les deux généraux tirent leurs dispositions pour l'opérer du mieux qu'il leur serait possible , et placèrent à l'arrière-garde le petit nombre de fantassins allemands qui leur restaient; mais les Suisses pénétrèrent dans la ville avant qu'elle fût complètement évacuée, et alors s'engagea une guerre d'escarmouches qui dura jusqu'à ce que les Français fusse nt au delà du Tésin. L'intrépidité de bavard sauva ces tristes débris, qui rentrèrent eu France après avoir traversé le Piémont, la populace lombarde et romugnole égorgea les soldats isolés , les marchands qui n'avaient pu suivre l'armée, dont l'artillerie, les bagages et une partie de l'arrière-garde n'avaient pu traverser le Tésin , un pont s'étant rompu sous le poids, bimini, Cesène, Itavennc . ouvrirent leurs portes aux confédérés ; le duc d'iïrbin s'empara de Bologne par surprise.
Deux mois avaient suffi pour ruiner au delà des Alpes la domination française ; il ne restait à Louis XII dans toute la Lombardie que Brescia, défendue parle brave d'Aubigny, Peschiera, Crime, et les citadelles de Milan , de Crémone et de Novarre ; Bergame avait rappelé les Vénitiens, qui ne tardèrent pas non plus à reprendre Crème ; l’arme et Plaisance se donnèrent volontairement au pape, qui, nous l'avons déjà vu, prétendait que tout le pays nu midi du Po appartenait nu saint-siège; les Suisses , non contents d'accabler d'impôts le Milanais , s'en appropriaient quelques lambeaux, et Cènes se déclarait indépendante ; le peu d'amis que conservait la France étaient opprimés par lu sainte ligue, dont les membres commençaient d'ailleurs à se montrer moins unis : ils s’accusaient, se plaignaient les uns tics autres, et leurs défiances réciproques annonçaient iiiip dissolution prochaine.
Pour faire marcher de front l'agrandissement des Étals pontificaux et la rom-
HISTOIRE 1>E VEMSE.
plèlc libération de l'Italie , Jules II eût yolonliers bouleversé l’Europe entière, te' nés, sa ville nnlnle, il l’avait mise au pouvoir d’une faction si^nnléo par sa haine contre la France ; le Milanais, retaillé à sa façon, n’était plus qu’une principauté sans importance; Florence allait recevoir un prince soumis à l'autorité du saint-liigc ; le duc de Ferrure assistait silencieux au démembrement de ses États; Venise s’était montrée religieusement lidélc à ses engagements, mais jalouse de sa puissance et de son indépendance; il fallait l'abattre. Tout au contraire, Maximilien et Ferdinand de Naples, opposés il l'accroissement du patrimoine de saint Pierre, désiraient réserver le Milanais à l'un de leurs petits-lils , Charles ou Ferdinand d’Autriche : le premier exigeait la remise des places vénitiennes qui lui avaient été garanties par le traité de Cambrai, et protégeait même les Reutivoglio et le duc de Ferrare; le second réclamait je subside de quarante mille ducats par mois que le pape et la Seigneurie s’étalent engagés à lui fournir jusqu’à l’expulsiuii définitive des Français. Comme il lie l'obtenait pas, son lieutenant s'avançant de Toscane en Lombardie, mit garnison dans Brescia et dans l'esrliiei a. qu'il prétendait conserver comme gngiyle la dette. Vivement contrarié, Jules II ii'épargna rien (mur arriver à une prompte conclusion de l’ulTair* de Milan. 1,’Empereur consentit sans peine à abandonner le duc de Ferrare et les Bcntivoglfo, à laisser provisoirement Parme, Plaisance et Heggiu entre les mains du pape, promit l’investiture du Milanais à Sforza, et reconnut le concile de Latran; mais, en échange de ces sacrifices, il demandait que le suint- père abandonnât tout à fait les intérêts de Venise. Voici les eondiüons qu’il imposait : Venise garderas Padouo et Trévisc , rentrerait en possession de Crème, de Bergame, de Brescia, et renoncerait à toute prétention sue Vérone; Maximilien garderait tout ce qu’il avait conquis; on lui remettrait Viceucc, et lu république ne posséderait qu’à titre de fief impérial ce qui lui resterait dans la terre-ferme, s’engageant a payer deux cent mille Itoriua pour l’investiture, et une redevance annuelle de trente mille autres. Ces exigences étaient trop fortes eu égard à l’état des finances de la république, dont l’abandon de Vérone aurait rompu les communications directes avec les provinces qu’on lui rendait au delà du Mineio; elle s’y refusa, quoique le pape l’eût menacée des châtiments ecclésiastiques si elle retardait davantage la pacification de l’ Italie.
La guerre allait recommencer sans qu’on sût encore quel serait celui des deux partis qui en viendrait aux mains le premier, lorsque le vieux pontife succomba fort à propos (21 février 1513J i une fièvre lente qui le consumait ■ depuis quelque temps « et le cardinal de Médicis. quoiqu’il n’eùt que trente-sept ans, prit In tiare avec le nom de Léon X Son élection avait été» l'œuvre des ennemis de la France, qui espéraient que le nouveau pape se souviendrait d'avoir été vaincu et pris a Ituvcnnc; ils se trompaient fhomme de plaisir avant tout, ami des arts et deSilettres, Médicis songeait peu à l'indépendance de sa patrie. S’il entra dans la ligue contre la France, signée à Malines (5 avril),