TRAITÉ DE BLOIS
entre Maximilien, Henri VIII et Ferdinand, ce fut moins par ressentiment que par amour de la tranquillité !
Louis XII recueillait les fruits amers de sa perfidie ; il voyait s’unir contre lui tous ceux que la ligue de Cambrai avait armés contre son ancienne alliée. Dans son isolement, le maréchal Trivulce et le secrétaire d’État Robestel lui suggérèrent de se réconcilier avec Venise , où Trivulce envoya , sous prétexte de quelques affaires domestiques, un homme de confiance qui Gt des ouvertures au sénat. Poussé par la même néecssité, le sénat fit passer au provéditeur Gritti, resté prisonnier en Franee depuis la prise de Brescia , les pouvoirs nécessaires pour traiter. La négociation souffrit quelques difficultés par suite de prétentions réciproques sur des provinres qu’il s'agissait de reconquérir : la Seigneurie demandait la Ghiara d’Adda et Crémone, conformément aux anciens traités ; la France , au contraire, voulait les garder: elle finit pourtant par en promettre la restitution, sous la réserve secréte de donner plus tard en échange la ville et le territoire de Mantoue, dont elle sacrifiait le marquis à scs propres intérêts et aux convenances des Vénitiens. Une fois d'accord sur l'objet principal, ceux-ci s’engagèrent à ouvrir la campagne avec huit cents hommes d'armes, quinze cents rhcvau-légers et dix mille fantassins, dont le commandement fut confié au brave d'Alviano, remis en liberté par Louis XII. Le rassemblement devait avoir lieu à Saint-Boniface , dans l’État de Vérone. De son côté, le roi faisait rassembler A Suze , sous les ordres de La Trémouille , douze cents hommes d'armes , huit cents chevau-légers, huit mille lansquenets conduits par Robert de La Mark, seigneur de Sedan, huit mille aventuriers français, et une nombreuse artillerie. Dans le même temps, une escadre sortie de nos ports allait bloquer Gênes.
Le nouveau traité entre Louis XII et la Seigneurie avait été signé à Blois le mars 1513; dès les premiers jours de mai, son armée déboucha dans les vallées du Pô et de la Stura. Asti , Tortone, Alexandrie , capitulèrent, et bientôt Milan vit flotter sur scs tours la bannière de France. L'incapacité manifeste de Sforza avait détruit les espérances de ses peuples : il ne trouva d’autre refuge qu'à Novarre. Gênes fut assaillie du côté de la mer par l’escadre française, du côté de la terre par les paysans qu'avaient soulevés les Adomi et les Fiesqucs, pendant que d’Alviano prenait Valeggio, Peschiera, Crémone, et chargeait Renzo da Ceri d'occuper Brescia. Sonrino et Lodi s'étant rendues , les communications entre les deux armées se trouvèrent établies. Ainsi, en moins de trois semaines, toute la Lombardie, excepté Novarre et Côme, échappait à Sforza, sans que le vice-roi de Naples, campé avec ses Espagnols sur la Trebbia, près de Plaisance, fit la moindre démonstration en sa faveur : le fourbe et méticuleux Ferdinandle-Catholiquo lui avait donné pour instructions d'attendre le résultat des premiers engagements. Par compensation, le duc de Milan avait avec lui les contingents d'Ury, de Schwitz et d'Underwald, accourus sous les ordres de leurs landammans sans qu'il eût été question de solde ni d’engagement : un second corps,
HISTOIRE DE VENISE
composé des milices de Claris, Zug, Lucerne et Schaffouse était en marche ; un troisième, fort de cinq mille hommes, où se trouvaient les milices de Berne et de Zurich, sous les ordres du capitaine d'Alt-Sax, s’avançait par les Grisons et Chiavcnne.
La Trémouillc ignorait ces dispositions des Helvéticns; il mit le siège devant Novarre avec une telle assurance, que M. de Lafayette, grand maître de l'artillerie , établit en plein jour ses batteries. Peu d'heures après, une brèche assez large pour que cinquante hommes pussent y passer de front était ouverte, et l'on se préparait à donner l'assaut lorsqu'on apprit qu’un renfort considérable était entré de nuit dans la place. L’armée se replia sur Trecase, petit bourg à trois milles de distance, où elle devait se tenir sur la défensive jusqu’à l’arrivée des Espagnols ou des Allemands, ou bien jusqu'à ce que d'Auhigny eût fait jonction. L’était une sage résolution , mais les généraux commirent deux fautes : la première , de s’établir sur un terrain fangeux, bordé de petits bois et coupé de nombreux canaux d'irrigation, terrain excessivement défavorable à la cavalerie et sur lequel les divers corps ne pouvaient se porter mutuellement secours; la seconde, plus lourde encore, de ne pas se retrancher avant la nuit.
Les assiégés, en voyant ce mouvement rétrograde, pensèrent avec raison qu'il fallait ne |>as laisser traîner la guerre en longueur. Le G juin , avant le jour, sept mille hommes sortent en silence de Novarre, divisés en trois colonnes, se dirigent vers Hiotta et Trecase, surprennent les avant-postes , et se portent rapidement sur le quartier de l'artillerie , où dès la première alerte les canonniers avaient couru aux pièces. Accueillis par un feu épouvantable , ils ne se laissent pas décourager, conservent leurs rangs sous les décharges qui renversent des files entières, et, gagnant peu à peu du terrain , ils finissent par s'emparer des canons, qu'ils tournent aussitôt contre les Français. Victorieux de ce côté» leur fureur se dirige contre l’infanterie allemande, qui leur fait essuyer des pertes énormes, mais dont plus de la moitié reste sur le carreau. Au milieu d’une obscurité profonde que les éclairs du canon et des arquebuses traversaient de lueurs sinistres, la gendarmerie française ne fournit que quelques charges infructueuses; seulement, un corps de trois cents lances, commande par Itobert de ta Mark, se fit jour au travers des bataillons suisses, et il aurait peut-être rétabli le combat, si la réserve de ceux-ci n'était venue prendre le camp à revers. Obligée de tourner bride , cette gendarmerie parut fuir, et l'année se débanda, laissant entre les mains des vainqueurs vingt-deux pièces de canon. Personne ne faisait plus son devoir; chefs et soldats s'enfuirent dans la direction de Verceil.
Cette malheureuse échauffourée de la Kiotta décida du sort de la campagne : le Milanais, l’Astesan, furent reperdus plus rapidement qu’ils n'avaient été repris; les villes lombardes qui avaient accueilli les Français furent frappées de fortes amendes par le duc et ses fidèles alliés ; les Adorni évacuèrent Gènes où les Frégose rentrèrent , appuyés par les Espagnols ; les généraux de Louis XII,