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armées de nations différentes se disputent maintenant la Vénétie : les Francs tiennent la partie supérieure ; les Ostrogoths la plaine , avec les villes de Vérone , Padoue , Vieence; les Grecs occupent les lagunes et les villes du littoral, Adria, Altinum , Concordia et quelques autres encore. La guerre dura cinq ans sur ces trois théâtres différents, jusqu'au moment où Narsès, arrivant de Constantinople avec une nouvelle armée, accabla les Ostrogoths dans deux batailles rangées (552-553) : la dernière coûta la vie à Tottila , leur roi , et cette perte leur causa un grand découragement. Les Grecs , au contraire , redoublant d’énergie , parvinrent, en 555, à chasser définitivement les Ostrogoths. Ils se trouvèrent alors maîtres des doux Vénétie»; et Narsès, à qui l'empire était redevable de si brillants surcès, reçut le titre d'exarque, sous lequel il gouverna pendant seize ans l'Italie, au nom de l'empereur d’Orient.
.Mais les Barbares ne se lassaient point ; poussés les uns sur les autres comme les Ilots de la mer, ils se relayaient sans cesse pour l’œuvre fatale de la destruction de l'empire. En 508, ce fut le tour des Longobards. Attirés, dit-on, en Italie par le vieux Narsès . qu'une intrigue venait de faire rappeler A Constantinople , ces nouveaux Barbares , qui jusque-là étaient restés dans les vallées du Danube , passèrent les Alpes, ayant à leur tète leur roi Alboin. Bien que Narsès, pour faciliter leur entreprise, eût licencié la plupart de ses troupes, les Longobards ne s'établirent pourtant qu’avec peine en Italie : le terrain leur fut disputé pied à pied, pendant plus d'un siècle, par les Grecs, et ils ne purent même jamais la posséder tout entière1. La Vénétie orientale fut une de leurs premières conquêtes; ils prirent et saccagèrent successivement plusieurs villes. Padoue, pillée et dévastée une première fois en 593, fut reprise encore en 601 , par le quatrième roi lombard , Agistulphe, lequel la brûla et la ruina de fond en comble. Ce ne fut cependant qu'en 6VI que les Lombards, conduits par Rotaire, septième successeur d'Alboin, s'emparèrent définitivement de tout le littoral de la terre -ferme et des bords même de la lagune. Dans cette expédition , ces conquérants sauvages surpassèrent en excès et en fureurs de tout genre les hordes même d'Attila. Altinum , Concordia, Opitergium , Aquilce, et quelques autres villes qui s'étaient un peu relevées et en partie repeuplées depuis l’invasion des Hnns, furent de nouveau détruites, et depuis lors demeurèrent désertes.
C’est ainsi que dans l’espace de deux cent quarante ans la Vénétie terrestre , placée à l’entrée de l'Italie , devint tour à tour la proie des Gotbs, des Huns , des Hérules, des Francs, des Ostrogoths et des Lombards. Pendant cette longue période , les îles de la lagune , cachées à tous les yeux , jouissaient d'une paix profonde, et c’est là que les populations chassées du continent par la crainte des Barbares venaient chercher un refuge. Chaque invasion donnait lieu à une émi-
1 Ce ne fai qu’en 751 , c'est-à-dire 183 ans apres leur arrivée el peu d’années avant leur expnlsinn par Charlemagne, qu’ils parvinrent à s'emparer de Ravenne el jar là à mettre (in an gouvernement des exarques grecs.
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Il ISTO I II E DE VENISE.
gration nouvelle. Les deux plus considérables furent celle de 4-5 2, déterminée par la venue d'Attila, et celle de 641, qu’occasionnèrent les dernièresdneursions des Lombards, sous notaire. C’étaient là, en effet, des émigrations en masse, opérées avec ordre et régularité : les habitants de toutes les classes, riches et pauvres, ayant à leur tête les magistrats, les citoyens notables et le clergé, emportant avec eux tout ce qu'ils pouvaient sauver du pillage , abandonnaient la cité menacée, et gagnaient les îles voisines. Les émigrations intermédiaires ne furent que partielles, et pendant l'intervalle qui sépare ces deux époques, il arriva même que les fugitifs, après leur installation dans les îles, retournaient sur le continent, où les attiraient de nouveau leurs souvenirs, les débris de leur fortune, et la paix momentanée qui y régnait. La grande émigration de 641, du temps des Lombards, ne fut que la répétition de celle qui eut lieu sous Attila ( 452 1 ; elle fut aussi considérable , mais beaucoup plus prolongée ; elle se continua , presque sans interruption, l'espace de près d'un siècle : toutes les cités de terre-ferme, détruites jadis parles Huns et qui s’étaient relevées sous le règne pacifique des premiers rois ostrogotlis, furent définitivement ruinées ou abandonnées, et leur population presque tout entière se dispersa dans les lagunes.
C'est a cette dernière émigration , déterminée par l'établissement permanent îles Lombards dans toute la Vénétie de terre-ferme, que, selon la plupart des historiens, se termine l'histoire des premiers Vènètes et commence celle des Vénitiens modernes. En effet, c'est alors seulement que la Vénétie terrestre, complètement conquise et gouvernée par les Barbares, reste, par le fait, séparée de la Vénétie maritime, demeurée à peu près indépendante , et qui seule même conserve son nom. Pendant les vu* et viii» siècles, les populations des lagunes sont désignées sous les noms de Ymitiu secundo, Ycniiia nom, et le pays de terre-ferme perd le nom de Vénétie pour prendre celui de Lombardie , Lonyohardia. Ainsi , les habitants des lagunes et ceux du continent formèrent deux nations différentes, et même si étrangères l'une à l'autre, que lorsque les premiers passaient sur la terre -ferme ils disaient aller en llnlie ou dans le royaume d'Italie.
Les populations chassées de la terre-ferme par les conquérants Barbares sc répandirent inégalement dans les lagunes. Pendant toute la durée des premières invasions et jusque vers la fin du viif siècle, la masse de la population de la Vénétie maritime occupa dans ce singulier territoire des positions fort différentes de celles qu'elle prit plus tard. C’est à l'extrémité nord-est des lagunes, au fond du golfe, que s’accumulèrent d'abord les premiers établissements des Vénitiens. La lagune de Grado, entre les bouches de l'Isonzo et du ’l’agliamento, et celle de Caorle, entre le Tagliamento et la Livcnza, placées l'une et l'autre au sud do la province du Frioul, dev inrent les principaux foy ers de la population émigrée, car c’est là que se retirèrent les fugitifs d'Aquilée, de Conrordia et d’t'derao; les lies de Murano, Torcello, Mnznrbo, Rnranu, furent peuplées par les habitants riverains d'Alesle.