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de Trévisc et d'Altinum; le groupe d'ilots de Rioalto (qui depuis s'appela Venise) et le lido de Malamocco, par les Padouans; les Iles de Chioggia, de Palestrina et d'Alliiola, par d'autres émigrés de Padone et par ceux d'Este et de Monsclicc. I,es habitants du pays de Feltre et de Itellune fondèrent la ville d’Béraclée, appelée plus tard Cita Auora, vers l'embouchure de la Piave, tandis que ceux d’Opitergium relevaient les murs d'OEquilium (Jésulo), située sur le lido de Cavallino, entre la Piave et la hiverna.
Nous venons d'indiquer le mouvement des principales émigrations qui contribuèrent à accroître la population des lagunes et à former le noyau des villes nouvelles; examinons maintenant quelle fut la condition de ces familles ainsi disséminées. I.es réfugiés les plus riches et les habitants déjà établis eurent naturellement la meilleure part dans la répartition de ces petits territoires, et devinrent les protecteurs de cette foule de réfugiés qui, dénués de toute ressource, venaient incessamment accroître la colonie. Il se forma donc, de bonne heure, entre les insulaires deux classes distinctes, celle des ronvicini et celle des clients ( client i ). I.es uns étaient les nobles, les autres les plébéiens. Cette division de la population se maintint jusqu'à la lin du xm* siècle, où elle subit une modification importante, comme nous le verrons plus tard; c'est dans celte organisation première qu’il faut chercher la véritable origine de l'aristocratie vénitienne, qui n'a pas été bien expliquée par la plupart des historiens r. Elle naquit du mode d'occupation des îles : les mieux partagés et les plus riches devinrent les maîtres des nouveaux venus , qui ne pouvaient s’établir auprès d eux qu'avec leur permission, et qui, par le fait, se trouvaient sous leur dépendance.
Les établissements des Vénètes restèrent pendant plusieurs siècles étrangers à tous les bouleversements de l’empire d'Occident. La marche dévastatrice des Ilérules, des Ostrogotlis, des Huns et des Lombards, s'arrêta toujoure, nous l'avons dit, au bord des lagunes ; la nouvelle colonie ne fut sérieusement inquiétée que par les Esclavons , venus aussi du Nord , et qui «'étaient fixés sur les côtes de la Jlalmatie et de flstrie. Ce pays, déjà ravagé à plusieurs reprises, n'offrait plus un butin suffisant à leur cupidité : ils profilèrent des nombreux ports de mer de leur nouvelle conquête; et, adoptant les mœurs des anciens lllyriens, dont ils occupaient la place , ils s'adonnèrent à la piraterie. Les Vénitiens , à cause de leur situation maritime , étaient plus qu’aucun autre peuple de l'Italie , exposés à leurs ' brigandages ; mais une vie active et l'habitude de braver les dangers avaient relevé leur courage. Ces hommes, qui avaient fui comme un immense troupeau de bétail devant les conquérants du Nord , armèrent leurs bateaux pour aller loin de leurs
I. M. Daru , entre autres, est allé trop loin en disant que le patricial vénitien n'eut d'autre origine que les services publics rendus par certains citoyens dans les hauts emploi», et la transmission continue de ces emplois à leurs descendants. Il ne peut voir, dit-il , dans cette noblesse, rien qui ressemble au \ noblesses féodales du moyeu âge fondées par la conquête. Il n*y eut pas, il est vrai, à Venise, de vainqueurs et de vaincus, mais il y eut des premiers occupants, et le résultat fui le même. L'origine de cette aristocratie était , comme toutes les autres, dans la propriété.
HISTOIRE DE VENISE
IR
demeures à la recherche de ces memes ennemis. Ils les attaquèrent hardiment, ils les battirent , et assurèrent la liberté des mers. Ces petites guerres furent les premiers essais de l'esprit belliqueux et entreprenant des Vénitiens.
Les richesses apportées par les émigrants de la terre-ferme furent bientôt augmentées par un commerce actif et par quelques industries, dont la fabrication du sel était la plus importante. L’activité de la population ne tarda pas à se porter au dehors : maltresse de l'embouchure des fleuves, elle ferma l'entrée de sa lagune aux vaisseaux des autres nations , et lit ainsi de rapides progrès dans le commerce et la navigation. Quelques historiens assurent que déjà dans le vir siècle les ports de la Syrie , de l'Archipel et de la mer Noire, étaient presque exclusivement fréquentés par les navires vénitiens. Nous trouvons, au reste, une preuve bien remarquable de cette rapide prospérité, dans une lettre que Cassiodore, préfet du prétoire sous le règne de Yitigès, roi des Ostrogoths ( 536-510), écrivait aux magistrats de la Vénétie maritime pour en obtenir des navires de transport.
Nous avons ordonné que les vins et les huiles distrie , très-abondants cette année, soient envoyés a Havennc ; or, vous qui possédez, de nombreux navires aux confins de ce jkivs, mettez-vous promptement en mesure de transporter ce que ceux d'Istric sont prêts à vous livrer. Vous aurez, les uns et les autres, une part égale a cette expédition, puisque sans votre concours mutuel elle ne peut être exécutée; hàtez-vous de faire ce trajet si court, vous qui êtes accoutumés à en faire de si longs ; c’est pour ainsi dire ne pas sortir de chez vous. Préparez donc vos bâtiments , que vous attachez , comme nous nos chevaux , à la porte de vos maisons , afin que vous puissiez partir dès que Laurcntius , mon envoyé , vous en aura avisés. »
Cette situation n'avait fait (pie s’améliorer, quand un événement imprévu, une émigration toute religieuse vint encore consolider l'existence des Vénitiens au milieu des lagunes. Les Lombards, sectateurs exaltés de l’arianisme, avaient voulu , en s'établissant sur la terre-ferme , imposer leur culte à ceux qui y étaient demeurés. Ceux-ci résistèrent d'abord ; mais une cruelle persécution les décida à transporter leurs autels et leur foi dans les lagunes; l'évêque d'Oderso, avec ses fidèles, se réfugia à Jésulo; le patriarche d'Aquilée vint s’établir à Crado, où il fonda une nouvelle cathédrale; l’évêque d’Altino transporta son église à Torcelln, celui de Concordia à Caorle, et celui de Padoue à Malamocco. L’émigration religieuse vint compléter l’émigration politique. La 'Vénétie maritime , gouvernée ainsi , au spirituel comme au temporel , avec uni' entière indépendance du continent , vit accroître son importance ; ay ant désormais son clergé, comme elle avait depuis longtemps ses magistrats, on peut dire qu'elle fut dès lors parfaitement isolée et complètement dégagée de toute sujétion extérieure.
Les Lombards ne virent pas avec indilférencc la situation prospère des îles vénitiennes: ils auraient bien voulu étendre jusqu'à elles leur autorité; mais, soit que les guerres qui les occupaient ailleurs, soit que la difficulté d'aborder dans ces