COMMENCEMENT DES HOSTILITÉS
renforts qu’il attendait, soit de la Suisse, soit de Venise ; et les généraux ennemis, mal d'accord entre eux , levèrent le siège en désordre, sans oser attendre la bataille. Lautrcc aurait pu changer en une complète déroute cette retraite précipitée; il les laissa gagner tranquillement Iteggio, s’y renforcer, puis franchir le Pô à Casal-Maggiorc et envahir le Crémonais : manœuvre pleine de hardiesse et d'habileté, qui déplaçait le théâtre de la guerre et les rapprochait eux-mèmes da Milan et des lacs par où devaient descendre les Suisses de leur parti. L'excessive lenteur de leur antagoniste les servit mieux encore : les contingents suisses qu'on lui avait promis étaient arrivés, et ces turbulents batailleurs demandaient à entrer vite en besogne ; lui, au contraire, voulait ajourner l'attaque. Pendant ces délais, la diète enjoignit à tous les Hclvétiens qui servaient, soit parmi les Français, soit parmi les Impériaux, de rentrer dans leurs foyers, ne voulant pas, disait-elle , que ses enfants s’entr'égorgeassent pour une cause qui leur était étrangère : prétexte, on en conviendra, passablement bizarre chez une nation qui de tout temps a fait métier de vendre son sang à tous les princes qui ont voulu le payer. N’importe. Les Suisses de Lautrec, voyant qu’il n’y avait rien à faire avec lui et que leur solde restait fort arriérée, l'abandonnèrent presque tous; ceux du parti opposé furent retenus par les exhortations religieuses du cardinal de Sion. Cet incident inattendu rompit l'équilibre, et Lautrec se retira sur la rive droite de l’Adda, où il projetait de se fortilier. Sans lui en laisser le temps, Francesco Morone , un des généraux de Sforza, fit transporter du Hrembo sur l’Adda un certain nombre de bateaux, à l'aide desquels il traversa le fleuve à Vaprio, au-dessus de Cassano, où était le quartier général français, et vint l’attaquer. Les Italiens, qui les premiers franchirent le fleuve, furent repoussés vigoureusement; mais Pescaire étant accouru avec ses Espagnols, le maréchal donna aux siens l’ordre de se retirer sur Milan.
Prospcr Colonna flottait entre deux partis : poursuivre son ennemi ou, à cause de la saison avancée , prendre ses quartiers d'hiver b Pavic. Il se décida pour le premier. Le 19 novembre , dans la soirée , son avant-garde arrive devant Milan , somme les Vénitiens d'évacuer les faubourgs qu'ils gardaient , et, sur leur refus, Pescaire, suivi de quatre-vingts arquebusiers , escalade le rempart; le reste de ses gens le suit, la porte leur est livrée par les gibelins de l'intérieur. Lautrec croyait encore les confédérés à Marignan : au moment où ils pénétraient dans la ville, son frère Lescun dormait profondément; lui , sans faire la moindre tentative pour les en chasser, se réfugia en toute hâleàComo, et (it prendre aux troupes qui lui restaient leurs quartiers d'hiver aux environs de Brescia. Lodi , Pavie, Plaisance, Crémone, ouvrirent successivement leurs portes: Alexandre de Vitelli s'empara de Parme pour le pape, dont les troupes occupèrent en partie le Ferrarais; Pescaire s'établit dans Côme; les Florentins prirent la Garfagnana , et Guicciardini s'empara du Frignano, une des contrées les plus dévouées au duc Alphonse.
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HISÏOIHE DE VENISE.
Le résultat de cette première campagne semblait en présager d'autres non moins heureux , lorsque ( 1" décembre 1521 ) Léon X , chez qui l'abus des plaisirs avait ruiné la meilleure constitution , disparut de la scène dont il avait été un des plus habiles acteurs. Cet événement fortuit ( il était encore dans la force de l’ége arrêta les progrès des troupes confédérées , qui pour la plupart vivaient aux dépens de son trésor; les cardinaux étaient entièrement absorbés par les intrigues du conclave ; les mercenaires allemands et suisses se débandaient ; les petits princes dépouillés par le pontife rentrèrent à main armée dans leurs possessions; Florence et Sienne frémissaient de leur joug, et dans les États de l’Église des soulèvements éclataient de toutes parts.
Le conclave resta longtemps partagé entre le cardinal de Volterra, qu’appuyait le parti français, et Jules de Médicis, que soutenaient l'Empereur et ses partisans. Plusieurs tours de scrutin n’avaient amené aucune solution, lorsque ces derniers, du consentement de Jules de Médicis lui-même, proposèrentde reporter tous les suffrages sur un cardinal qu'aucun des conelavistes n'avait jamais ni vu ni connu : c’était Adrien dTtrecht, évêque de Tortose, d'abord professeur de théologie, puis précepteur de Charles-Quint , puis encore corégent d’Espagne avec le célèbre Ximénès. Fatigués de leur longue séquestration , les prélats adoptèrent avec empressement ce terme moyen et donnèrent leurs voix au candidat absent; puis, lorsque la réflexion leur fut venue, ils furent si étonnés d'avoir choisi ce pesant Hollandais , qu'ils ne trouvèrent rien de mieux que d'en rejetei; la cause sur une inspiration du Saint-Esprit. Le premier soin d'Adrien VI fut de ratifier l’alliance du saint-siège avec tous les membres de la ligue , qui reprit des forces nouvelles.
Loin de se laisser abattre, François I" négociait avec la diète helvétique pour un secours de seize mille hommes; son chancelier Duprat réunissait l’argent nécessaire à la solde d’une nouvelle armée, et Lautrec recevait l’ordre de se réunir de nouveau aux Vénitiens afin d’être prêt à entrer en ligne aussitôt que les Suisses seraient arrivés. Empressé d’obéir, le maréchal rassemble la cavalerie française , qu'il tenait dispersée dans les plaines de la Lombardie, rejoint avec elle, sous les murs de Crémone, Andrea Critti et Théodore Trivulce, et s'avance an-devant des Suisses pour opérer la jonction. Le 1" mars 1522, il passe l'Adda avec toute son armée et vient camper à deux milles de Milan, où Prosper Colonna et le marquis de Pescaire commandaient un corps de troupes considérable. La bonne contenance de ces généraux empêchant de tenter un siège, les Français se bornèrent à ruiner le pays environnant, dans l'espoir de réduire la ville par la famine; mais les Impériaux, se jugeant assez forts pour tenir la campagne, allèrent chercher Lautrec. I)e part et d'autre on avait plusieurs fois changé de position sans en venir aux mains, lorsque ce dernier vit ses adversaires se retrancher à la Bicoque, grande villa dont les vastes jardins, entourés de fossés profonds, formaient, à la vérité, un camp facile à défendre, mais où il se promit