‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 75 sur 155 · VENISE S ALUE AVEC L’EMPEREUR · texte numérisé non relu

VENISE S ALUE AVEC L’EMPEREUR

bien aussi de leur couper les vivres. L’opiniâtreté des Suisses fit avorter ce plan : ennuyés du mauvais temps, de la lenteur sagement calculée du maréchal , et surtout du retard qu'éprouvait la solde , ils demandèrent impérieusement : argent , congé ou bataille. Il fallut céder. Semblables à des taureaux en furie , ces colosses se précipitent sur les retranchements, d’où ils sont repoussés avec perte ; l’armée française s’avance pour les soutenir; repoussée à son tour, elle prend le parti de la retraite et se retire en bon ordre, sans être poursuivie, sous la protection des bandes noires de Jean de Médicis et de l'armée vénitienne qui était restée immobile. Le lendemain, Lautrer passa l'Adda ; puis, voyant les Suisses déterminés è retourner dans leur pays , il confia à Lcscun le commandement de la gendarmerie française ainsi que la défense du petit nombre de places qui lui restaient encore en Lombardie , et repassa les monts afin d’aller se justifier auprès du roi. Andrea Gritti regagna le territoire vénitien.

Ce malencontreux combat suffit pour ruiner complètement les affaires des Français en Italie : Lescun perdit suècessivement toutes ses positions. Six compagnies de gendarmes qu'il avait mises dans Lodi s'y laissèrent surprendre et furent faites prisonnières; Pizzighettone, qui passait pour une forteresse imprenable, capitula dès les premières sommations; à Crémone, où lui-même s’était retiré, il fut assailli par la garnison , qui le menaçait de livrer une des portes de la ville aux Impériaux. Gênes, enfin, fut surprise, impitoyablement ravagée, et toute la Lombardie évacuée.

Indignée de l'insouciante frivolité de François I", la Seigneurie prêta l'oreille aux sollicitations de Charles-Quint , malgré l'avis des hommes politiques les plus éminents , qui ne cessaient de représenter combien étaient peu sûres les ligues formées par l'Église , et le double danger de rompre avec le sultan , puis de voir Venise abandonnée à elle-même. La négociation dura neuf mois , pendant lesquels on ne put pénétrer les intentions positives du roi de France, qui envoya enfin l’évêque de Baycux et Frédéric de Bozzolo porteurs de magnifiques promesses. C'était trop tard : à la fin de juin 1523, l'alliance entre l'Empereur, l'archiduc Ferdinand son frère, François Sforza et la république, fut conclue. Le 31 août, Adrien VI signa dans son palais du Vatican un autre traité par lequel lui-même, l'Empereur, le roi d’Angleterre et l'archiduc Ferdinand, le duc de Milan, et le cardinal de Médicis , au nom de Florence , ainsi que les républiques de Gênes , de Lucques et de Sienne, s'engageaient à réunir leurs forces pour la défense de l'Italie, et se garantissaient réciproquement leurs États de la péninsule, mais contre les princes chrétiens seulement ; Venise, déterminée à ne point s'engager dans une guerre avec les Turcs , refusait sa garantie au royaume de Naples contre leurs entreprises. Le contingent promis par l’Empereur au nom du duc de Milan et celui de la république se composaient de six cents chevau-légers et six mille fantassins ; de plus , celte dernière devait fournir vingt-cinq galères pour la défense du royaume de Naples, dans le cas où l’ennemi commun viendrait en inquiéter

HISTOIRE DE VENISE

les côtes. Toutes lis prétentions élevées par l'archiduc et par l'Empire sur quelques parties de son territoire étaient abandonnées moyennant la somme de deuv cent mille ducats, payable en huit années. Colonna Tut investi du commandement en chef.

Ce traité, qui détachait complètement les Vénitiens de la France, paraissait devoir dégoûter François I" de toute tentative sur la Lombardie ; cependant on apprit bientôt qu’une armée française, forte de dii-huit cents gendarmes, de trente mille hommes d’infanterie, parmi lesquels dix mille Suisses, se disposait & passer les Alpes du Dauphiné, et l’alarme se répandit dans la péninsule. Par bonheur pour les Impériaux , la marche de cette armée fut ralentie par un complot préparé de longue main , complot qui eut des suites trop déplorables pour que nous omettions d’en expliquer l’origine.

Depuis longtemps Charles III, comte de Montpensier, duc de Kourbon et connétable de France, se crojail offensé par le roi. Sa femme, Susanne de Bourbon , ne lui avait pas laissé d’enfants , et la reine-mère élevait des prétentions sur les domaines dont il se trouvait détenteur ; bientôt môme un arrêt provisoire du parlement lui prouva qu'il obtiendrait difficilement gain de cause '. Croyant n’avoir plus rien à ménager, il entra en négociations avis- un envoyé de l’Empereur, promit d'exciter en France un soulèvement aussitôt que le roi aurait franchi les Alpes, et de favoriser une invasion en languedocet en Bourgogne. Instruit de ces machinations. François I" exigea que Bourbon le suivit en Italie, ce qu’il refusa de faire , sous prétexte de maladie ; et quoique surveillé de près il parvint à s'enfuir en Franche-Comté, d’où il se rendit à l’armée que Charles-Quint formait dans la péninsule. Un grand nombre de nobles avaient pris parti pour le fugitif, et le roi, croyant devoir rester en deçà des monts, remit le commandement à l’amiral de Bonnivet en lui prescrivant de démentir par sa prudence la réputation de légèreté que lui faisaient ses envieux. Plus courtisan que guerrier, Bonnivet tomba dans le défaut contraire à celui qu’on lui reprochait.

Nous avons déjà signalé plusieurs exemples de cette politique qui consiste en leurres grossiers dont personne n’est dupe, politique quelquefois compensée par des actes de véritable grandeur; dans l’époque de décadence où nous entrons, Venise ayant fait de ce système sa ligne invariable de conduite , nous n’esquisserons qu'à larges traits les événements qui vont décider du sort de l’Italie , puisqu’elle n'y prit qu'une part insignifiante 3.

1. Susanne était ülle unique d'Anne de France et de Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu. Après cite, le duché d'Auvergne fut revendiqué par le roi de France, à défaut d’héritiers mâles; Louise de Savoie aurait pu y prétendre aussi en qualité d'héritière de sa cousine, s'il eût été fief féminin. François Ier l'octroya à sa mère, et il lit retour à la couronne, pour ne plus eu être détaché, lorsque celle princesse fut descendue dans la tombe ( 1532).

S. Dans la campagne de 152;], l'armée vénitienne resta pour ainsi dire inactive. Arrêtée d’abord sur l'Oglio, il fallut un ordre, probablement arraché au sénat par la crainte de se compromettre trop ouvertement, pour l'envoyer camper sur t'Adda; lors de la retraite des Français, elle suivit le mouvement des alliés, mais refusa d'aller plus loin que la Sésia.

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