MORT DE BATARD
L'armée française parut sur les Alpes au commcnecment de septembre 1523; Prosper Colonna, qui ne croyait plus à son arrivée , ne s’était pas mis sur ses gaule», aussi se trouva-t-il hors d'état de défendre le pays à l'ouest du Tésiu et d’empêcher le passage de cette rivière. Si Bonnivet eût marché droit sur Milan, il s'en serait infailliblement emparé; mais il voulut épargner à cette magnifique cité les hoireurs d'une prise d’assaut, et s'arrêta pendant trois jours sur les bords du Tésin , dans le futile espoir que le général ennemi l'abandonnerait de son propre mouvement. Celui-ci, au contraire, y concentrait un grand nombre de troupes, s'efforçait de rassurer le peuple, et réparait activement les remparts des faubourgs : si bien que quand Bonnivet se présenta, il reconnut son erreur et prit le parti d'aller occuper Monza , de ravitailler Lodi et le château de Crémone. L'hiver, qui fut précoce et rigoureux , l'obligea même à se replier vers le Tésin pour prendre ses cantonnements. Sur ces entrefaites , la mort enleva Prosper Colonna ainsi que le pape Adrien 1 : le premier fut remplacé par Pescairc , puis par Bourbon ; le second , par le cardinal Jules de Médicis (Clément VU |.
La campagne recommença dans le Milanais dès les premiers jours de mars 152 1 . Le connétable, qui arrivait à la tête de siv mille hommes levés en Allemagne, proposa de reprendre immédiatement les hostilités, et surprit Bonnivet |iar nue attaque tellement brusque , que celui-ci , enveloppé de toutes parts , n'échappa qu'en se portant vers la Sésia par une. marche de nuit. Bourbon l’y poursuivit avec toute l’ardeur qu’imprimait à son caractère le i assentiment de ses injures personnelles. Blessé au bras. Bonnivet se lit porter au delà de la rivière après avoir confié la direction de l’armée au comte de Saint- foi et à Bayard. Bayard soutint longtemps l'effort des assaillants, vit mourir à ses cdtés nombre des siens . entre autres son bon camarade Vandcncssc , et il - efforçait de les venger, lorsqu’un coup d’arquebusade lui brisa l’épine dorsale. Les paroles que le guerrier mourant adressa au connétable , qui affectait de le plaindre , ont été religieusement recueillies ; « Monsieur, il n'y a point de pitié eu moi, car je meurs en a homme de bien; mais j'ai pitié de vous, de vous voir servir contre votre « prince et votre patrie ! » Chargé seul du soin de conduire l'armée , Saint-Pol gagna Ivrée , puis Turin d'où il rentra en Dauphiné par le pas de Suse. Les garnisons françaises de Lodi , d’Alexandrie , du château de Crémone , repassèrent en France par capitulation, suivies d'une multitude de bannis toscans, génois et milanais.
Les Impériaux franchirent les Alpes en même temps que les Français, pénétrèrent en Provence et mirent le siège devant Marseille ; mais apprenant que le roi arrivait au secours de la ville , ils repassèrent les monts sans l'attendre, Pes-
1. Ce pontife était très-peu estimé à Home. Dans la nuit qui suivit sa mort , la porte de mui médecin fut garnie de couronnes , au milieu desquelles on lisait : Ubtratori patria, poputus romanv # saiutem dieii.
HISTOlHE UE VENISE.
«•aire et ilourbon faisant roule par la rivière de Gènes (28 septembre au 8 octobre i. Pensant qu’il y allait de son honneur, comme prince et comme chevalier, , de ne pas se retirer sans avoir fait quelque prouesse, François I", malgré l'opinion doses généraux, malgré la saison avancée, traversa les Alpes de Salures, et arriva à Pignerol le 17 octobre. Au lieu de |K>ursuivre à outrance les Impériaux , disséminés , affaiblis , manquant de tout , il voulut les devancer en Lombardie , et entra dans Verccil le jour même où ils descendaient dans le Montferrat par les Alpes Liguriennes. Pescaire et Bourbon profitèrent de celte faute pour se jeter dans Pavie , où ils se réunirent à un corps de réserve rassemblé par le vice-roi de Naples et par Sforza; les Français poussèrent droit vers Milan, alors sans garnison et ravagée par une effroyable épidémie; mais le roi, considérant que le ch liteau tenait encore, dédaigna d'v entrer et alla investir Pavie ( 28 octobre ) .
A l'approche des Français, Venise avait rappelé ses troupes sur l'Adige et rompu avec l'Empereur; Clément VU, la république de Florence, traitèrent aussi avec François I", qui aveuglé par les conseils de Bonnivct perdit un temps précieux devant Pavie. En effet , après avoir réorganisé son armée , Pescaire se préscuta en forces, et le roi, à cause même de sa propre infériorité numérique, conçut la funeste idée d’attendre l’attaque dans ses lignes, ayant à dos une place forte qui ne lui appartenait pas.
Le 2i février 152">, les Impériaux , afin de se mettre en communication avec la garnison de Pavie, emportèrent par surprise les murailles du parc de Mirebel que couvrait une des ailes de l’armée assiégeante, et engagèrent l’action. Le roi, entouré de ses jeunes compagnons, se comporta plutôt en aventureux chevalier qu’en bon général; c’est même, dit-on, à une charge de cavalerie mal à propos exécutée qu’il faut attribuer la perte de la bataille. La bravoure des soldats, celle des compagnies d’ordonnance , toutes composées de gentilshommes , échouèrent devant un ennemi lier d’un premier succès qui lui avait bien peu coûté et enhardi par l’avantage du nombre. Bonnivet, La Palisse, Lescun, La Trémouille, se firent tuer auprès de leur souverain ; le duc d’Alençon prit la fuite avec l’arrière-garde. Voyant aloi-s que toute résistance devenait impossible, François voulut fuir aussi ; mais renversé de son cheval et saisi par quatre fusiliers espagnols, reconnu par un des transfuges de Bourbon quoique blessé nu visage, il remit son épée sanglante à Charles de I-arinoy , vice-roi de Naples, qui en la recevant fléchit le genou et lui présenta la sienne en échange ’.
1. Uu a voulu voir de l'héroïsme dans la manière dont François 1er supporta su défaite; ou lui a aussi attribué line lettre sublime de laconisme et d’énergie adressée à sa mère : — « Madame ,
« tout est perdu lors l'honneur! « Dans l'interét de la vérité historique, nous croyons devoir rapporter ici sa très-prosaïque et véritable épitre : « Madame, pour vous avertir comme je porte le regret de « mou infortune, de toutes choses ne m'est demeuré que rhonueur et la vie sauve; et, pour ce que « nu* nouvelles vous seront de quelque peu de réconfort, j'ai prié qu’on me laissât vous écrire,
« Celte grâce m'a été accordée, vous priant ne vouloir prendre l'extrémité de vos lins, en usant