PAIX AVEC L’EMPEREUR
princesses possédaient notant d'esprit que «l'habileté ; elles préparèrent le trop fameux traité de Cambrai (1.1 août 1529) , traité par lequel François I" s'engageait à retirer ses troupes de l'Italie , abandonnait à son heureux rival tous ses droits sur le Milanais, l’Astesan, Gènes et Naples, promettait de l’aider à chasser les Vénitiens des ports de la Fouille, et même de lui fournir, outre une flotte de vingt galères, un subside de deux cent mille érus. Justement indignés de cette clause, les Conseils et le doge se refusèrent à toute concession si l'indépendance de l'Italie n’était préalablement assurée.
Charles-Quint avait prévu toutes les résistances ; il se bftta de passer dans la péninsule à la tête d'une nombreuse armée , afin d'imposer aux mécontents par sa présence autant que par la terreur de ses armes , et il y réussit complètement. Clément Vit implora ses bonnes grâces , lui accorda l'investiture du royaume de Naples, et pour prix de sa facilité fut réintégré dans ses États; l’Empereur lui prêta môme son appui pour assurer dans sa famille le duché de Toscane. Après le pape vint le tour de Sforza , puis celui du duc de Ferrarc , puis encore celui de Venise. Venise, par le traité de Bologne (commencement de l'année 1530), restitua au saint-siège Ravenne et Cervia, à l'Empereur les ports de la Pouille, et paya trois cent mille ducats pour les frais de la guerre. En retour, le puissant monarque consentit à reconnaître son indépendance absolue et à confirmer toutes les franchises dont le commerce vénitien jouissait dans le royaume de Naples.
En définitive la république ne regrettait pas ses immenses sacrifices, puisque, outre l'intégrité de son territoire, elle se félicitait d’avoir pour \ nisin , sur le trône de Milan , un prince peu redoutable, François Sforza, indépendamment de la cession du comté de Pavie, s’étant obligé à verser dans le trésor impérial une première somme de quatre cent mille ducats, puis cinquante mille autres, d'année en année, pendant dix ans. A partir de ce moment , Venise mit tous ses soins à se maintenir en paix avec l’Empire et avec la France , rendant les plus grands honneurs à Charles-Quint et repoussant avec adresse les insinuations par lesquelles François I" chercha plusieurs fois à lui faire reprendre les armes.
L'attention de Venise se porta aussi sur deux objets qui préoccupaient vivement l'Europe : les progrès du luthéranisme et les envahissements continuels des Turcs en Occident. Jalouse de conserver ses antiques croyances , elle repoussa les novateurs; mais, tout en s'opposant à ce que la réforme pénétrât chez elle, les Conseils refusèrent de s’associer aux mesures violentes que le pape , le roi de France et l'Empereur employaient si souvent contre les nouveaux hérésiarques. Du côté de la Turquie, le sénat n’était pas sans inquiétude : la guerre acharnée que Soliman soutenait contre Charles-Quint, les sourdes menées de François I" à Constantinople 1 , lui faisaient entrevoir le moment où il faudrait renoncer à la
1. Tous dos lecteurs savent que François I*r entretenait des relations très-suivies avec la Porte, et surtout avec l'empereur Soliman II, qui lui adressait des lettres pleines d'intérêt. On en conserve deux à la Bibliothèque du roi , très-curieuses à consulter.
HISTOIRE DE VENISE
neutralité que son intérêt lui avait prescrite. Le commerce exposé à de continuelles avanies , les colonies de l'Archipel en butte à toute sorte d'attaques, soit de la part des musulmans, soit de la part des chrétiens, firent sentir la nécessité d'augmenter la flotte et de lever un corps de huit mille hommes, afin de n’être pas surpris par les événements qui en effet ne fardèrent pas à éclater.
Dans les premiers jours de mai 1537, Soliman II partit de Constantinople, à la tête de son armée , pour se rendre à Yalona 1 , pendant que le célèbre Khaïr-ed- Din’, dey d’Alger, s'élançant sur l'Adriatique avec cent navires, venait ravager les côtes de la Pouille, d’où il enleva plus de dix mille habitants. Aucune déclaration de guerre n'ayant été faite, la flotte vénitienne se bornait à observer les mouvements du capoudan-pacha , lorsque des collisions survenues entre quelques galères détachées des deux flottes servirent de prétexte à Soliman pour soulever une querelle. Affectant d’attribuer tous les torts aux Vénitiens, il demanda une éclatante réparation , et quoique le sénat lui eût accordé tout ce qu'il voulait , il porta son camp à Butrinto et fit débarquer dans l'ile de Corfou vingt-cinq mille hommes avec trente pièces de canon. Malgré la valeur de Khaïr-cd-I)in , ce n’était pas assez pour réduire Corfou, place bien fortifiée qui avait une forte garnison et des vivres en abondance ; mais bientôt on apprit que le grand-vizir venait d'arriver avec on nouveau corps d’armée égal au précédent, et le sénat, pour calmer l'inquiétude publique, donna à Pcsaro l'ordre de rassembler toutes ses forces, de rallier la flotte impériale (les galères du pape et celles de Malte) , d'entraîner avec lui , s’il était possible , tout ce qui s'intéressait à la défense de la chrétienté; des messages pressants furent aussi expédiés à Clément VII et à l'Empereur. André Doria, invité à prendre le commandement en chef des forces maritimes, ne voulut pas l'accepter.
Le 1" septembre Soliman commença le bombardement. Ses énormes boulets, du poids de cinquante livres, produisirent peu d'effet; mieux dirigés, ceux des Vénitiens coulèrent à fond deux de ses galères et lui enlevaient à chaque coup des rangs entiers. Après huit jours de siège et quatre assauts infructueux , il se rabattit sur Butrinto qui fut livrée aux flammes, et emmena quinze mille paysans chargés de chaînes. Quant à Khaïr-ed-Din , il assouvit sa fureur sur les Iles de l'Archipel , et par représailles les Vénitiens prirent sur la côte de Dalmatie la petite ville de Sardonc qu’ils mirent au pillage.
Bientôt après le grand-vizir prévint officiellement le sénat que s’il envoyait un ambassadeur à Constantinople , il serait possible de terminer à l’amiable le différend ; mais cette ouverture , à laquelle on était préparé , ne fut pas accueillie
1. Petite ville de l'Albanie , située à IVndroit même où les côtes de l'Italie et celles de la Grèce, s'infléchissant l'une vers l'autre, forment l'entrée du golfe de Venise.
S. Dans notre Histoire de l’Algérie ancienne et moderne, nous avons rendu hommage au talent et au caractère de cet homme remarquable, fondateur de l'odjac d’Alger, institution basée sur les mômes principes que l'ordre des chevaliers de Malte.