‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 9 sur 155 · LES VÉNÈTES · texte numérisé non relu

LES VÉNÈTES

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îles, défendues par une marine infiniment supérieure A la leur, les détournassent d'en entreprendre la conquête , ils ne tirent d'abord contre elles aucune démonstration hostile. Cependant , le clergé arien s'indignait que des vaincus osassent sc soustraire à son autorité religieuse; il ne pouvait supporter que le patriarche catholique d'Aquilée , après avoir transféré à G l'ado le siège de son épiscopat , afTectilt de braver sa puissance. Os continuelles récriminations agirent sur l'esprit fanatique des Lombards ; et bientôt on les vit , à la voix de leurs évêques, s'avancer et franchir les lagunes. Ils attaquèrent Grado et pénétrèrent dans la ville; mais n'ayant pas assez de forces pour s’y maintenir, ils se contentèrent de la piller et de réduire en cendres quelques-uns de ses quartiers. Ces agressions , continuées pendant longtemps , produisirent un résultat tout opposé à celui qu'en espéraient leurs auteurs : les Vénitiens se fortifièrent dans leurs Iles, et en présence de tant d’acharnement ils prirent la résolution définitive de ne plus retourner sur le continent.

A part le récit de ces expéditions , nous n’avons que des notious fort incomplètes sur le mouvement intérieur de la colonie pendant les prcmiei's siècles de son existence. Quelques bourgades naissantes et isolées , toujours préoccupées de leurs besoins matériels, toujours en alarmes, ne doivent guère attirer l’attention des historiens étrangers, et encore moins peuvent-elles avoir des annalistes nationaux. Nous allons donc en peu de mots esquisser cette situation.

Durant les premières années de leur établissement dans les lagunes, les émigrés vénètes restèrent soumis à l'administration des villes dont ils étaient originaires. Ainsi, l’adoue envoyait à Rioalto des magistrats annuels avec le titre de consuls; les noms même de quelques-uns de ces fonctionnaires nous ont été transmis ; ce sont : Antonio Calvo, Alberto Faliero, Tommaso Candiano, Alhino Moro; Hugo Foscolo, Cesare Dandolo, qui formèrent les souches des familles patriciennes des Calvi , des Caudiani , des Mori , des Falieri , familles qui existaient encore lors de 1a chute de la république. On conserve dans la bibliothèque du couvent des Camaldulcs de Saint-Michel, près de Venise, un décret rendu par le sénat de Padoue, en 121, qui ordonne la construction d une ville à Itioalto et la concentration sur ce point des habitants répandus jusque-là dans diverses Iles environnantes. Des documents analogues , mais moins certains que ceux-ci , attestent que les colonies de Grado, de Caorle, se trouvaient dans la même dépendance. Mais lorsque la Vénétie de terre-ferme fut, dans les derniers temps, saccagée par les Barbares, lorsque scs villes incendiées et ravagées se trouvèrent veuves de leurs principaux citoyens , les habitants des lagunes furent affranchis de toute espèce de tutelle et ne relevèrent plus que d'eux-mêmes. La colonie vénitienne faisait bien partie de l'empire romain , mais cet empire impuissant ne subsistait plus que de nom. A cette époque de désordre, les provinces, aussi bien que les simples bourgades , après s’être cantonnées dans leur enceinte , pouvaient , sans rencontrer d'opposition , faire valoir leur indépendance ; elles en avaient le droit dès

Il ISTOI U K DU VENISE.

qu’elles se sentaient assez de force pour résister aux agressions des Barbares. Telle était alors la position des Vénitiens.

Chaque ville, chaque ile avait des magistrats spéciaux , qui prenaient généralement le titre de tribuns , magistrats populaires élus pour une année seulement par l'assemblée générale des habitants, et chargés de veiller aux intérêts de la commune et de remplir les fonctions de juges. Dans les circonstances graves, res tribuns s'assemblaient pour délibérer sur les questions qui pouvaient intéresser la confédération , et, dans les occasions plus importantes encore, les habitants de toutes les îles se formaient eux-mêmes en une assemblée générale, appelée concionc , en vénitien arrmgo , dans laquelle résidait la véritable souveraineté nationale. Ainsi la nouvelle république , sans avoir besoin d'un législateur, sans révolution , presque sans convention préliminaire , se trouva tout d'abord régie par une constitution libre. Sa première organisation politique peut donc être considérée comme fédérative ; mais les pouvoirs des magistrats et ceux de la nation , les droits de la ligue et ceux de chacun des peuples qui en faisaient partie, n'étaient pas assez bien définis pour que cette constitution improvisée assuré! la tranquillité intérieure de l’État et sa force au dehors.

Les progrès rapides de la colonie vénitienne avaient créé au dedans une telle diversité d'intérêts , et suscité au dehors des hostilités si vives , qu’on ne tarda pas à s'apercevoir que les liens de la fédération étaient trop faibles pour contenir toutes les jalousies , pour repousser toutes les agressions. On se décida donc , en 503 , à concentrer le pouvoir exécutif entre les mains d'un seul tribun ; mais bien que l'autorité de ce magistrat fut limitée sur plusicui's points par les délibérations et les décrets des autres tribuns , elle était encore trop étendue pour ne pas inspirer des craintes. En 57V , le pouvoir exécutif fut réparti entre dix tribuns; plus tard unie divisa entre douze; enfin, ce nombre ayant paru trop considérable , on le réduisit à sept quelques années uprès. On procédait annuellement aux élections. Les élus devaient gouverner de concert avec une assemblée populaire et avec l’assistance d'un conseil de quarante citoyens qui remplissaient les fonctions judiciaires. Néanmoins comme toutes les îles n'avaient pas acquis les mêmes développements, on ne tarda pas à trouver injuste qu'elles fussent représentées au même titre dans le collège des tribuns : dès lors les magistrats des îles principales furent appelés tribuns majeurs, et les autres tribuns mineurs, et ces derniers relevèrent des premiers. Cet état de démocratie pure dura près de trois siècles : mais l'accroissement considérable de la population et celui de la fortune publique avaient lini par donner dans les élections une influence prépondérante aux grands propriétaires, et les abus du pouvoir devenaient chaque jour plus grands. De là les rivalités, les cabales parmi les principaux citoyens; la corruption semée dans la masse du peuple ; de là enfin tous les symptêmes précurseurs de la guerre civile.

Les Lombards du cédé du continent , les Esclavons du côté de la mer, s'apprê-

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