‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 81 sur 155 · SIÈGE ET PRISE ÜE FAMAGOUSTE · texte numérisé non relu

SIÈGE ET PRISE ÜE FAMAGOUSTE

à Constantinople avec les têtes de scs malheureux collègues La prise de Famagouste complétait la conquête de I ilc de Chypre ; mais ni les revenus ni la souveraineté do Me n'échurent il Joseph Nassv *. Quant au séraskier, il s'empressa de retourner à Constantinople où l’attendaient de magnifiques récompenses.

Dans l'impuissance de secourir Famagouste , les Vénitiens avaient excité les Dnlmatcs à l'insurrection; ils s'emparèrent même de la petite ville de Sébot, mais défendirent faiblement Candie. Telles fureut les opérations qui pendant plus de six mois occupèrent exclusivement leur* forces navales. Le capoudanparha, profitant de cette inertie, alla ravager Cérigo ( l’ancienne Cythère ) , Navarrin, Zanthe, Céphalonie, Bulrinto, Lésina et Curzola ; peut-être même aurait-il pénétré dans la lagune, s’il n’eût craint de se trouver lui-mèine bloqué par la flotte vénitienne, qui le suivait toujours d'assez près.

Pendant que ses amiraux montraient tant de faiblesse , les diplomates de la Seigneurie redoublaient de zèle pour réchauffer le courage des princes européens, et le souverain pontife, qui voyait chaque jour le danger s'approcher de lui, employa toute son influence pour déterminer les membres de la sainte ligue à entrer en campagne. Dès le mois de mai 1571, deux cents galères, cent bâtiments de diverses grandeurs, cinquante mille hommes de pied et quatre mille cinq cents chevaux devaient être réunis dans le port d'Otrante mais aucun des alliés n'ayant été exact au rendez-vous assigné par le généralissime, don Juan d'Autriche, celui-ci lassé d’attendre appareilla de Messine, le 17 septembre 1571, avec soixantedix-neuf galères espagnoles auxquelles vinrent se joindre enfin douce galères du pape . sous les ordrrs de Marc-Antoine Colonna , huit brigantins de Halte, et cent batiments vénitiens avec six énormes galéasses, commandées par Sébastien I Vénier. Le 27 , don Juan apprit à Corfou le fatal dénouement du siège de Famagouste et l’arrivée de la flotte turque dans le golfe de Lépantc, et malgré l'avis de quelques-uns de ses conseillers il résolut aussitôt de l’y attaquer.

Le golfe de Lépante (merde Crissa, sinus Corinlhiucus des anciens), formé par la mer Ionienne, entre la Grèce proprement dite et la Morée , a cent trente kilomètres de long sur vingt-six de large; les Iles d'Ithaque et de Céphulonie,

1. S’il faut en croire Octave Baronio, la peau empaillre de Rragadino exhalait une odeur suave, sa télé conserva pendant longtemps toute l’animation de la vie, et ses yeux semblaient lancer des flammes. Nous dirons seulement que les restes de ce brave capitaine furent exposés, dans le bagne de Constantinople, a la vue des esclaves chrétiens. Plus tard , le sultan les rendit a sa patrie, qui les déposa dans l’église de San Giovanni Paolo ; ses ossements , recueillis avec un respect religieux , reposcut dans l’église de San Gregorio.

i. Ces revenus furent affectés à l'entretien des grands vizirs , qui les affermaient à un sous-gou. vemeur pour la somme annuelle de trois cent vingt-cinq mille piastres, sur laquelle somme le fisc en prélevait cent soixante-dix mille; la majeure partie devint même l’apanage de la mère du sultan régnant ( sultane validé ). Le bruit que «les richesses immenses étaient entassées à Famagouste avait attiré une foule d’aventuriers de toutes les parties de l'empire ottoman : on en porte le nombre à plus de deux cent mille; aussi quelques historiens évaluent-ils a cinquante mille le nombre des morts.

HISTOIltE DE VENISE.

qui lo forment à l'occident, ne laissent que deux étroits passages , l’un pntrc la première et In côte d’Albanie, l’autre entre la seconde et la côte de Morée. Au milieu s'élèvent trois écueils, appelés autrefois Echina { sangsues), aujourd’hui Cursolari. C’est au fond de ce vaste bassin que le cnpoudan-parha avait disposé sa (lotte , au nombre de trois cents voiles , sur un arc de cercle parallèle à la côte et à une distance de dix à douze milles : il avait sous ses ordres le begler-bey d'Alger, l lush-Ali ; le begler-bey de Tripoli, Dschafer-Pacha ; et le fils de Khaïred-Din, Hassan-Pacha.

Afin de ne rien livrer au hasard, le jeune archiduc (il avait à peine vingtdeux ans) se fit éclairer par une division de huit galères, que commandait Jean de Cardonc , amiral de Sicile ; sou av ant-garde , forte «le cinquante-quatre galères, sous les ordres de Jean-André Itoria, venait immédiatement après ; le corps de bataille , composé de cent dix galères au milieu desquelles flottait son propre pavillon, s’avançait ensuite, précédé des six galéasses vénitiennes; trente autres galères, conduites par le marquis de Sainte-Croix, formaient l'arrière-garde. Cet ordre «le marche ne devait pus être sensiblement modifié au moment de la bataille ; seulement , l'avant-garde et l’arrière-garde viendraient alors se mettre en ligne pour former les «leux ailes.

Arrivée il la hauteur des iles Echina , le 7 octobre t Vf I , à la pointe du jour, l'armée chrétienne découvrit la ligne ennemie, telle «pie nous l'avons dépeinte, immobile , ne paraissant nullement disposée à venir à sa rencontre , et bientôt le soleil , se dégageant des nuages du matin , répandit ses rayons sur un imposant spectacle : cinq cents galères, dont plusieurs à trois rangs de rames, se trouvaient en présence; d’un côté, les casques, les cuirasses, les boucliers en acier poli des confédérés ; de l'autre , les couleurs vives et variées des vaisseaux et des équipages turcs , leurs fanaux dorés , leurs drapeaux de pourpre, avec des inscriptions en lettres d'or et d'argent! Les signaux s'exécutaient au milieu d'un profond silence ; tout à coup l'éclair brille , l'air ému pousse un long mugissement : c'est l’amiral turc qui salue par un coup de canon à poudre l'arrivée de son jeune adversaire , et celui-ci répond par un boulet de gros calibre , en faisant hisser au môt «le sa capitane tous les pavillons des princes alliés. Cette double détonation devint le prélude d'un combat soutenu pendant plus de cinq heures avec le plus furieux acharnement , sans que la victoire penchât d'aucun côté. Les plus grands efforts des chrétiens se concentrèrent sur le vaisseau de Piali-I’ncha , qui s'était avancé dans l'intention de rompre leur ligne. Entouré par des galères espagnoles et vénitiennes, deux fois le capoudan repoussa l'abordage; il s'apprêtait à en repousser victorieusement un troisième, lorsqu’une balle le renverse frappé il mort. Atterrés du coup, ses soldats et ses matelots n'opposent plus qu’une faible résistance; les assaillants, au contraire, redoublent «l'audace et de courage, se maintiennent sur le pont , jettent à la mer tout ce qui refuse de Se rendre, et remplacent le pavillon turc par l'étendard de la croix surmonté «le la tète sanglante du vaincu.

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