‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 97 sur 155 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Science» cl (.ciiics. — Gcograpliio. — Cnsmosrapliic. — Histoire. — Philosophie. — l.iltiïmlim'. — Poésie.

e mouvement seientifique et littéraire dont peut se glorifier Venise, quoiqu’il ait été moins brillant que celui des beaux-arts, quoiqu'il n'ait produit aucun de res grands noms qui jetèrent un si vif éclat sur l'Italie du moyen âge, n’en est pas moins remarquable, tant à cause de sa précocité que de son irrécusable influence sur les progrès de la civilisation. L’esquisse rapide que nous allons en tracer justifiera pleinement l’opinion plusieurs fois émise dans le cours de cet oujrage, que pendant toute la période ascendante , la république ne négligea aucun des avantages que lui assurait sa position pour dominer tout ensemble par la force et par l’intelligence. Adossée au continent occidental et tournée vers les mers de l'Orient; touchant à Byzance par l'Istrie, la Dalmatie et ses îles de l'Archipel, il l'Afrique et à l’Asie par Alexandrie et ses comptoirs de Syrie; devenue forcément la grande route et l'entrepôt des croisades , Venise s’était faite à la fois centre commercial , centre politique , centre intellectuel , concourant ainsi a la rencontre et au développement des idées qu’enfante si laborieusement l'esprit humain.

Après la prise de Constantinople, ce mouvement se prononce : de grandes charges à remplir dans les nouvelles conquêtes, la création de fiefs dans les lies de l'Archipel , les spéculations d’un commerce immense, attireront en Grèce et surtout dans la capitale, non plus de simples trafiquants, mais tout ce que la république possédait d’hommes supérieurs dans tous les genres , et par une suite nécessaire, la langue des Hellènes devint familière au peuple vénitien. Étudiée d'abord comme instrument indispensable de la politique, on la cultiva bientôt pour satisfaire à ce besoin impérieux qu'éprouve l'homme d’agrandir sans cesse

la sphère de ses connaissances. Des prêtres, des philosophes, des grammairiens grecs vinrent professer à Venise, et les prêtres latins , en discutant les opinions de ces schismatiques, ne tardèrent pas à s'initier dans leur philosophie et dans leur littérature ; on cite même un savant philologue vénitien, Jaropo, le premier traducteur d'Aristote parmi les modernes, qui soutint avec éclat, à Constantinople et dans la langue du pays, plusieurs controverses religieuses. Ainsi, l'étude de ce riche idiome fut assidûment suivie sous le double rapport de la science et du commerce : dans les écoles comme dans les comptoirs on tenait également à honneur de le parler et de l’écrire correctement; louable émulation qui décida sans doute Pétrarque, le plus savant helléniste de son époque, à donner à la république ses manuscrits, qui se composaient en grande partie d'ouvrages grecs , tous écrits ou copiés de sa main '. Ses premiers résultats sont la fondation d'une bibliothèque et de plusieurs écoles publiques; plus tard elle enfantera, à propos d'Aristote et de Platon, de stériles discussions auxquelles de savants vénitiens prendront une part aussi futile que brillante.

Mais passons sur ces vaines disputes de l'école soi-disant philosophique, afin de nous occuper de ce qui est plus conforme à l'intelligence et au caractère général du peuple dont nous écrivons l'histoire. I.e xill* siècle s’est à peine écoulé, que Venise compte un historien vraiment digne de ce nom , un historien qui comprend et raconte avec une noble élévation de langage et de pensée tout ce qui se rattache aux grands intérêts de sa patrie : nous venons presque de nommer le doge André Dandolo. Ce doge cpnsacra ses loisirs à écrire les événements principaux des neuf premiers siècles de la république ; et son ouvrage atteste la supériorité intellectuelle de l'aristocratie vénitienne sur la plupart des hommes politiques de ce temps. Bien avant l'apparition de ce beau travail, c’est-à-dire vers 1271 ,*un autre patricien s’était déjà livré, avec ses propres ressources , à une entreprise d'un autre genre et des plus périlleuses. Cet homme intrépide, Marco- Polo, parcourut l’Asie et consacra vingt-six années à ce voyage; il pénétra le premier dans la Chine, dans l'Inde, au delà du (lange et dans plusieurs Iles de l’Océan indien, contrées jusqu’alors inconnues de l’Europe, cachées quelles étaient sous les voiles ténébreux de l’ignorance et de la fable. Le récit de son aventureuse navigation fut longtemps le manuel de toute l'Europe pour la géographie de l'Asie, et la réputation de l'auteur ne fit que s'accroître lorsque, deux siècles après, les découvertes des Portugais curent constaté l'exactitude de de la plupart de ses assertions. « Marco-Polo », dit Mallebrun , o est le créateur

1. La bibliothèque rie Saint-Marc, l’une des plus antiennes de l'Europe entière, compte aujourd'hui soixante-cinq mille volumes et cinq mille manuscrits, Pétrarque en a véritablement posé les premiers fondements, ainsi qu'il s'exprime lui-méme dans sa lettre de donation; c'élaiL un noble prix de riiospilalitê qu'il avait trouvée à Venise. Il n'y existe maintenant qu'un très-petit nombre île manuscrits provenant du fonds de Pélrarque; oublies, dit-on, dans une petite pièce voisine des quatre chevaux de bronze , la plupart se détériorèrent.

LES SCI E NCES ET LUS LETTRES.

« de la géographie moderne de l’Asie; c'est le Humboldt du \in° siècle; mais « sa mauvaise fortune, en l’empêchant de publier une relation plus méthodique, # a répandu sur ses exploits et sa gloire un sombre nuage et a dérobé aux sciences « une partie des travaux de ce grand homme'. » L'exemple de Marco-Polo ne manqua pas d'imitateurs : dès les premières années du xiV siècle , une foule de hardis explorateurs dirigèrent leur course vers l’Égypte, et, remontant le Nil jusqu’au-dessus des cataractes , pénétrèrent dans la Nubie et dans l’Abyssinie. Les écrits de Marin Sanuto ( 1320-1325) , les cartes dont il accompagna quelques-unes de ses dissertations, témoignent assez que ses compatriotes possédaient déjà des notions exactes sur la plupart des contrées éloignées dont les anciens n’avaient fait que soupçonner l’existence; nous verrons, au reste, dans le courant du siècle suivant , les Vénitiens devancer la plupart des navigateurs étrangers dans la carrière des découvertes et donner une forte impulsion aux études géographiques.

Circonscrite dans les lagunes , continuellement engagée dans des guerres ou des expéditions lointaines, embarrassée peut-être dans son idiome inculte et grossier, Venise, à l’époque dont nous parlons, n’avait pas encore trouvé assez de loisirs ou assez de hardiesse pour se lancer dans le domaine de la poésie. D'ailleurs trois intelligences supérieures absorbaient l’attention de l’Italie, et personne n’eût été assez téméraire pour prétendre rivaliser avec le Dante, Pétrarque et Boccace; on se taisait et Ton admirait. A peine quelques vers d'un poète du xv siècle, Barthélemi Oiorgi, sont-ils parvenus jusqu’à nous, et si à ce nom peu connu Venise ajoute celui d’une femme célèbre autant par les grâces de sa personne que par le charme de son esprit , c’est qui; la Musc de cette illustre fille des lagunes prit son essor dans une langue qui n’était plus celle que son enfance balbutiait sur les rivages de l’Adriatique. Fille de Thomas Pisan , célèbre professeur d’astronomie à Venise, qu'appelait en France (1368) le studieux Charles V, Christine n’avait que cinq ans lorsqu’elle quitta sa patrie. La précocité de son esprit attira l’attention du roi, et il In fit élever comme une personne de qualité. A l’âge de quinze ans , elle épousa un jeune bachelier nommé Étienne Castel , qui fut pourvu de la charge de notaire et de secrétaire du roi ; mais son bonheur ne dura pas longtemps ; Charles mourut en 1380, et son astronome su trouva réduit à une partie de ses gages, mal payée par le nouveau roi. Accablé par la vieillesse, les chagrins, les infirmités, Thomas Pisan suivit de très-près son bienfaiteur, et le jeune Castel , qui soutenait sa famille par sa bonne conduite autant que par le crédit attaché à son emploi, fut emporté par une maladie contagieuse, en 1389. Restée veuve avec trois enfants, Christine (elle n’avait que vingt-cinq ans) , trouva dans l’étude une puissante diversion à scs

I. Peu après son retour, en 1Î95, Marco-Polo fut pris par lis Génois dans un combat naval et conduit ii Gènes; c’est durant sa captivité de nuatrc années qu’il écrivit scs voyages.

HISTOIRE DE VENISE

peines et composa un grand nombre de pièces de vers. «Depuis l'an 1399 », dit-elle, « que je commençai jusques à ccstui 1405 ouquel encore je ne cesse « jay compilé quinze volumes principaux , sans les autres particuliers petis dic- « liez, lesquieulx tous ensemble contiennent environ LXX quayers de grans « volumes, comme l'expérience en est manifeste. » Ses premières productions lui acquirent l'estime non-seulement des Français, mais des étrangers. Le comte de Salisbury, favori de Richard II, « gracieux chevalier aimant dictiez et lui- « même gracieux dicteur » , étant venu en France pour conclure le mariage de son maître avec Isabelle fdle de Charles VI, offrit à Christine de l'emmener en Angleterre; mais elle refusa « parce que », dit-elle, « je ne puis croire que fin de « desloyal viengne à bon terme. » Cela prouve combien la reconnaissance l'attachait à la France, où elle avait été élevée, et où son talent poétique avait reçu les premiers encouragements. Cette femme dont l'illustration rejaillit à bon droit sur la ville qui la vit naître , mourut dans un état voisin de la misère '.

Tel est le contingent que Venise fournil aux sciences et aux lettres pendant le cours des xm* et xiv‘ siècles. Avec le xx" elles prennent un essor tout à fait remarquable, et se soutiennent dans leur marche ascendante jusque après le xvir ; mais ici , il faut le dire , ce n'est pas Venise seule qui donne l'impulsion , les provinces de terre-ferme, dont elle vient de faire la conquête, et où depuis longtemps étaient cultivées avec succès toutes les branches des connaissances humaines, la secondent puissamment. En traçant l’exposé de ces progrès, nous nous ferons un devoir d’indiquer successivement la part qui revient à chacune d’elles.

lai connaissance de la terre et les voyages d'exploration devaient nécessairement être la première étude , l’étude de prédilection d'un peuple navigateur ; aussi les Vénitiens s'attribuent-ils lu priorité de la plupart des découvertes importantes en ce genre : non contents d’avoir précédé les Portugais dans l'archipel des Indes, ils prétendent avoir abordé aux côtes d’Amérique avant Christophe Colomb, et être les inventeurs de la boussole; d'après leurs annalistes, les frères Zeno auraient , vers la fin du xiv" siècle, découvert l’Islande , le Groenland, le Canada, la Virginie, le Mexique, et pour corroborer cette opinion ils citent unccarte conservée dans la bibliothèque de Saint-Marc, revêtue de la date de 1436, et sur laquelle on aperçoit à l'opposite de l’Europe une vaste terre avec le mot Antilia. Sans nous arrêter devant ces assertions plus ou moins exagérées , constatons simplement qu'en général les cartes dressées par les Vénitiens au xv' siècle prouvent une connaissance assez exacte des parages compris entre le

I. Christine de Pisan a laissé des ballades, des lais et virelais, des rondeaux , de petits poèmes, tels que le Débat des deux Amants , le Livre des trois Jugements, le Chemin de lonc Etude , les Dicts moraux , etc., etc. ; ses principaux ouvrages en prose sont: V Histoire de Charles V, la Vision de Christine de Pisan , la Cité des Dames ou les cent I/istoires de Troie. Une partie du ce* productions se trouve dans la collection des meilleurs ouvrages composés par des dames ; quelques-unes ont été traduites de la langue romane en lïanvais moderne , et publiées à part.

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détroit de Gibraltar, l'équnteur, le continent, les Iles du Cap-Vert et les Canaries; qu'en 1426, Jacques Ziroldi indiquait d’une manière positive plusieurs points situés au delii du cap Bojador, regardé par les anciens comme l'extrémité du monde ; qu'en 1430, Andrea del Bianco traçait la carte de la Scandinavie , l'une des plus parfaites qu’on oùt vues; que Josaphat Barbnro consacra vingtcinq années ( 1436-1471) à explorer la Tarlarie, le KamLschatka , la Perse et la Russie, et qu’il publia une relation très-intéressante de scs voyages; qu’en 1453 Cndà Mosto, s’avançant dans l’Océan atlantique jusqu'à onze degrés et demi au delà de la ligne équinoxiale, reconnut des premiers les Mes du Cap-Vert; qu’en 1483, Paul Trévisan décrivait d’une manière fort satisfaisante l'Éthiopie et le cours du Nil; que les Cabot, en 1496, découvraient le Labrador pour le compte de l'Angleterre, et étaient parvenus à soupçonner l’existence d'une communication entre la baie d’Hudson et la mer du Sud.

Ici se placent naturellement les travaux vraiment remarquables de deux hommes qui ont à jamais illustré leur nom : l'un , J.-B. Kamnusio résumait , en les accompagnant de notes critiques fort judicieuses , toutes les relations relatives aux côtes de l’Afrique, une partie de l'Asie, et les découvertes faites dans le Nouveau-Monde ; l'autre , Fra Mauro, religieux de l'ordre des Cnmnldulrs et du monastère de Saint- Michel de Murano prés Venise, faisait mieux encore: ses connaissances en mathématiques , en physique et en géographie le plaçaient au rang des plus célèbres cosmographes de son temps ; mais ce qui assura sa réputation , ce fut la belle mappemonde qu’il exécuta en 1457 et 1459, et qu'on voit aujourd'hui dans une des salles de la bibliothèque de Saint-Marc. Ce planisphère comprend les découvertes de Marco-Polo et celles que venaient de faire les Portugais, c’est-àdire le Cap-Vert , le Cap-Rouge et le golfe de Guinée. Fra Mauro y ajouta même les renseignements que s'empressaient de lui donner plusieurs voyageurs qui n'ont point écrit ; c’est ainsi que le Darfour, inconnu en Europe jusqu'au voyage de Bruce, y est marqué sous le nom de Darfur; il y joignit ce qu'on savait de son temps par les Arabes, qui eux-mémes avaient poussé leurs découvertes sur la côte d'Afrique jusqu'à Sofala et aperçu Madagascar. Mais Fra Mauro fit confusion et plaça Madagascar, sous le nom de Sofala , au sud de l'extrémité méridionale de l'Afrique.

Quoi qu'il en soit, le savant camaldulc exerça une gronde influence sur les idées des navigateurs de son siècle et du siècle suivant ; car en présentant les contours de l’Asie d'après les découvertes de Marco-Polo, il diminuait la distance des côtes de cette partie du monde à celles de l'Europe , et en plaçant faussement à peu de distance des Açores plusieurs Iles désignées alors sous les noms de Saint- Rrandan, d'Anlille et de Bcrzil, il encourageait, sans le vouloir, les navigateurs à se diriger vers des terres qui, situées beaucoup plus loin, acheminèrent vers la découverte d'un monde nouveau. Longtemps la mappemonde de Fra Mauro a été un sujet d'admiration, comme elle est aujourd’hui un sujet de pure

IIISTOIIIE DE VENISE.

dis

curiosité. Eu 1491, les Médicis en firent faire une copie exacte et fidèle qu’ils placèrent dans leur palais à Florence; le monastère d'Albaraça, en Portugal, suivit cet exemple; enfin, en 1804, plusieurs voyageurs anglais en levèrent un dessin déposé par eux au Musée britannique. Tout ceci prouve que la construction des cartes et leur perfectionnement ont été à Venise un objet constant d'études ; mais parmi ceux qui marchèrent avec le plus de succès sur les traces de Fra Mauro, nous devons citer surtout Coronclli, qui au xvir siècle fonda une Académie cosmogrnphique, sous le nom des Argonautes. Il décrivit la presqu'île de la Morée, publia plus de deux mille cartes, et futappelé à Paris par Louis XIV pour y diriger l'exécution des deux globes immenses qui ornent la Bibliothèque royale.

Nous l'avons déjà dit ailleurs, l'astronomie, qui a une si étroite connexion avec la navigation et les voyages de découvertes , reçut aussi de grands encouragements : tandis que Tycho-Brahé élevait à ses frais un observatoire dans une île de la mer Baltique, la république envoyait en Égypte des astronomes chargés d'examiner attentivement le système céleste de Ptolémée et d’en réfuter les erreurs; de son côté, l’illustre Fracaslor essayait une nouvelle combinaison de lunettes et imaginait les calculs homocentriques à l'aide desquels il démontra le système planétaire; Marc-Antoine de Üominis, archevêque de Spalatro, par son traité sur l'arc-en-ciel, facilitait à Newton ses travaux' sur la polarisation delà lumière; et Magiui, quoique un peu superstitieux, publiait une nouvelle et savante théorie des planètes d'après Copernic; enfin Galilée était attiré et retenu à l'Université de l’adoue par la munificence du sénat vénitien, qui, pour mieux honorer encore ce sublime génie, voulut assister à ses premières expériences sur le télescope et le pendule. Dans les autres branches des sciences mathématiques, nous trouvons également des hommes du premier mérite : Nicolas Tarlaglia, qui le premier donna, dit-on, mie méthode pour résoudre les équations cubiques ; Dorothée Alimari, qui indiqua une formule pour le calcul des longitudes en pleine mer; François Bianchini, qui consacra huit années à tracer la méridienne de l’Italie ; enfin Cognoli , auteur d'un excellent traité de trigonométrie.

Revenons au progrès de l'étude des langues anciennes.

Lorsque, vers le milieu du xv' siècle, le pape Nicolas V proposa aux savants de l'Italie d'entreprendre la traduction des chefs-d’œuvre de l’antiquité , les Vénitiens répondirent dignement à cet appel : Guarino de Vérone, à qui nous sommes redevables de la conservation d’une grande partie des livres grecs parvenus jusqu'à nous, traduisit Plutarque et Slrabon : peines et dépenses, rien ne lui coûta pour découvrir et reconnaître les meilleurs manuscrits; Nicolas Perrotti, Barbaro et Koinulus Amasco, traduisirent successivement Polybc, Hippocrate, Pausanias, Épictète, Xénoplion. D'autres ne s’en tinrent pas à l’étude du grec : Jérôme Aléandrc.à qui Louis XII confia la direction de l’Université de Paris, possédait presque tous les idiomes de l’Orient; Jérôme Ranmusio fil (tasser dans le dialecte vénitien quelques auteurs arabes, et notamment Avicenne; enfin

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Malermi , du couvent des Camaldules, donna le premier une version de la Bible fuite sur le texte hébreu. Cependant ces immenses travaux n'acquirent toute leur importance que lorsque l'imprimerie les eut répandus par toute l'Europe, et Venise, disons-le à son immortel honneur, fut une des premières villes qui accordèrent à cet art nouveau une brillante hospitalité. Dès 1469 Jean de Spire et le Français Nicolas Janson portèrent le titre d'imprimeurs de la sérénissime république; mais aux Aides était réservé l'honneur de propager l'étude des lettres grecques. Avant Manucc l'ancien , on n’avait encore livré à l’impression que des ouvrages écrits en latin ou dans les langues modernes ; Manuce conçut le projet d'ouvrir au public les vastes trésors d’une littérature qui lui était devenue trèsfamilière. A cet effet il s'entoura d'bommes capables de concourir avec lui il la propagation des lumières ensevelies depuis plusieurs siècles dans les bibliothèques d'un bien petit nombre de savants : Marc Musuro, de Candie ; le cardinal Bembo, Ange Gabrieli, André Navagero, Daniel Rinieri, Marin Sanuto, Benoît Ramherti , Érasme, Baptiste Egnazio, le frère Joconde; et gr;lce à leur concours, il réalisa son hardi projet. Malgré l'immensité des détails d'une telle entreprise, ses belles éditions possèdent tout le mérite d’une correction soignée ; il y consacra sa for- ‘ tune , son savoir, sa santé, sa vie tout entière. La plus importante de ces publications est l'édition prineeps des œuvres d'Aristote ; on lui doit aussi celles d'Euripide, de Théocrite , les Grammaires de Lascaris, de Théodore Gaza , etc., etc., et lui-mème est auteur d’une Grammaire et d'un Dictionnaire grecs. Inventeur de fin octavo , cet homme infatigable imprima le premier Virgile (1501) qu'on put emporter dans les bois, et ce fut de ses presses que sortit la première Bible imprimée en hébreu. Son fils Paul Manuce et son petit-fils Aide le jeune suivirent ses traces ; mais ils payèrent de leur fortune leur noble dévouement à la science '. Tels furent pour Venise les principaux résultats des études grecques; voyons quelle influence ces études ont exercée chez elle dans un autre ordre d'idées.

1. Après l'extinction dos Aides, l'imprimerie continua à être pratiquée avec succès à Venise: la beauté du papier, l’élégance des types, la correction des textes, firent pendant longtemps rechercher ses produits. De leur côté les éditeurs ne regardaient à aucun sacritice pour se procurer de nouveaux manuscrits et mériter une préférence justement acquise. On ne doit pas oublier que c’est aux Vénitiens que sont dus les premiers journaux* vers le commencement du xvti* siècle. Les affaires d’Italie, les guerres avec les Turcs, intéressaient toute la chrétienté; Venise était le point où arrivaient les nouvelles du Levant , et souvent aussi le théâtre des négociations. Un des imprimeurs de cette ville imagina de mettre à contribution la curiosité publique en distribuant des feuilles imprimées qui se payaient une gazette , petite pièce de monnaie ayant cours alors, et d’où ces feuilles ont pris leur nom. Quelques étymologisles ont prétendu que le mol gazette vient de la figure d’une pie (en italien gazzu)y placée en tète de ces imprimés. Aujourd’hui la plupart des presses vénitiennes sont employées à l’impression des livres de piété, à des traductions de classiques, ou à des ouvrages de littérature éphémère; cependant l’imprimerie dite Alvisopoli et fondée par un membre de la famille Moncenigo, a publié, entre autres ouvrages importants, une traduction de notre Biographie universelle; celle des Mechitaristes, moines arméniens établis tlans la petite Ile Saint- Lazare, édite en celte langue les livres les plus estimés et les plus utiles; on doit à ces laborieux Pères une belle édition de la Chronique d'Eusèhe, et en ce moment ils publient une collection complète des écrivains de leur nation , depuis le IV* siècle , édition enrichie de notes et de dissertations critiques du plus haut intérêt.

IIISTOIBK DK VENISE.

Vers le milieu du XVe siècle , une guerre de plume nsyez vive s'était engagée , en Italie, entre les professeurs de philosophie et de littérature grecques; cette lutte devint plus ardente encore lorsque la chute du Bas-Empire eut amené dans cette péninsule , particulièrement à Venise , à Florence et à Rome , un grand nombre de lettrés chassés de leur patrie par la barbarie musulmane. Voici quelle fut l'origine de la dispute: Aristote, dans le second livre de sa Physique, dit que « tout ce que fait la nature elle le fait pour quelque fin, et que cependant elle « ne fait rien à dessein , c’est-à-dire avec préméditation , avec connaissance de «cause , avec raison. » Trois moines vénitiens, Paul ISicoletti, Paul Pergolan et Paul Albertini, avaient travaillé tour à tour, pendant près d'un siècle, à établir la doctrine du Stagyrite, soutenant avec Averroès que « si , dans sa Physique, k Aristote a parlé en homme, dans sa Morale il a parié en Dieu , et qu'il y a sujet « de douter si , dans ses Morales , il tient plus du jurisconsulte que du prêtre , « plus du prêtre que du prophète, plus du prophète que de Dieu 1 » Nous nous bornons à citer, car pour les lecteurs de nos jours il serait superflu de faire ressortir de telles exagérations, l-auro Quirini de Candie , qui enseignait avec beaucoup d’éclat l’éthique d'Aristote , le grammairien Théodore Gaza , George de Trébizonde, professeur d’éloquence, tous trois établis à Venise, combattirent vaillamment en faveur du péripatétisme, auquel Jean Argyropoulos, qui enseigna tour à tour à l’adoue et à Florence, parvint à donner un crédit immense. Tout à coup un Grec de Constantinople, Gémisle Pléthon, réfugié à Florence, entreprend débattre en brèche les théories d’Aristote, et, s'appuyant de l'autorité de Platon soutient hautement la thèse contraire, c'est-à dire « que la nature n'a rien « fait qu’avec raison et avec prudence, n Pléthon trouva de puissants protecteurs dans Cosme de Médicis et le cardinal Bessarion.

Les deux partis se firent une guerre acharnée : les sectateurs de l’Académie, ne pouvant souffrir que leur maître, le divin Platon, trouvât un rival dans le chef du péripatétisme , prétendaient que la barbarie seule avait pu donner l’empire à la philosophie d'Aristote, et que depuis qu’un nouveau jour luisait sur le monde savant, son école devait disparaître. De leur côté, les aristotéliciens imputaient à Platon tous les vices , à sa philosophie tous les malheurs de l'humanité. On écrivit de part et d'autre des volumes, des dissertations sans fin, où l'on se montra plus prodigue d'injures que de bonnes raisons; si bien qu’en substituant, dans certains passages , le nom d’Aristote à celui de Platon , ou le nom de Platon à celui d’Aristote , l'argument était également applicable à chacun des deux philosophes grecs. L’avénement de Nicolas V au pontificat donna une supériorité marquée aux idées platoniciennes ; les livres d’Aristote et ceux de ses commentateurs furent livrés aux flammes , ses obstinés partisans frappés d’excommunication. Cependant le cardinal Bessarion , après s’être montré le champion exclusif de Platon , voulut apaiser la querelle : il fit un examen impartial des deux théories, et publia un mémoire dans lequel, expliquant les ternies dont Platon et Aristote se sont servis,

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il démontrait que les deux philosophes n’étaient pus si éloignés de sentiment qu’ils le paraissent. Un Vénitien, Nicolas Thomœo , suivit cet exemple de modération et parvint à réhabiliter la doctrine du Lycée sans déprécier celle de l'Académie, nés ce moment les invectives cessèrent , et pendant plusieurs années la. paix régna entre les deux écoles rivales.

Plus d’une fois le conseil des Dix adressa de sévères admonestations à ces savants atrabilaires, qui auraient volontiers troublé la paix de l’Italie pour de futiles questions de scholastique, et les contraignit , se renfermant dans le domaine de la philosophie pure , à ne pas aborder les régions trop compromettantes de la théologie, à laquelle il ne donna jamais aucun encouragement. Quoique l'Université de Padoue possédât sept chaires pour l'enseignement de cette science, le gouvernement ne tolérait aucune discussion relative au dogme, pour lui chose sainte et inviolable; aussi l'Église vénitienne ne compte-t-elle ni savants prélats, ni éloquents orateurs sacrés ; au milieu de ce clergé ignorant ou corrompu, à peine pourrait-on citer quelques noms, tels que ceux de Louis Donato, de Pierre Morosini, du cardinal Jean-Jérôme Alhani , et surtout du frère Paul Sarpi , plus connu sous le nom de Fra Paolo, dont nous parlerons tout à l'heure. Mais , si par cette prudente réserve le silence et la soumission la plus absolue en matière de dogme étaient imposés à tout le monde, il n'en était plus de même en ce qui appartenait exclusivement au temporel. Nous avons vu la république toujours prête à opposer la plus vive résistance aux empiétements de la cour de Rome ; afin de n’êlre , en aucune circonstance, prise nu dépourvu par les arguties des docteurs pontificaux, la Seigneurie avait constamment à sa disposition un théologien , investi du titre de consu/leur, dont la mission consistait à repousser d’injustes prétentions. Parmi ceux qui ont occupé cet éminent emploi, arrêtons nos regards sur l'un des plus habiles controversistes de son temps.

Pierre Sarpi naquit en 1552, et montra, dès son enfance, deux qualités qui se rencontrent rarement ensemble : une mémoire prodigieuse et un jugement exquis; en 1560, il prit l'habit de servile, avec le nom de Fra Paolo, et s’appliqua dès lors à l'étude des langues, de l'histoire, du droit canon et de la théologie, puis à celle de la philosophie expérimentale et de l'anatomie. Tiré de son cabinet pour entrer dans les affaires politiques, à l'occasion d'un différend qui s’était élevé entre Rome et Venise au sujet des immunités ecclésiastiques, différend dont nous rapporterons les principales circonstances dans le chapitre suivant, F’ra Pnolo écrivit un mémoire sur l’excommunication; il eut la plus grande part au Traité de l'interdit publié au nom des sept théologiens de la république, traité dans lequel on prouve, eu dix-neuf propositions, que l'interdit violait toutes les lois constitutives des États chrétiens; que les ecclésiastiques ne pouvaient y déférer sans se rendre coupables de prévarication , et que les souverains avaient le droit de s’opposer par tous les moyens possibles à ce qu’il fût mis chei eux à exécution. La cour pontificale le fit citer à comparaître ; pour toute réponse, Paolo

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publia un manifeste dans lequel il prouvait l’invalidité de la citation. L'affaire fut terminée en 1007, et le consulleur compris dans l’accommodement ; mais, quelques mois après, un jour qu’il rentrait dans son monastère , cinq assassins l'assaillirent et lui portèrent quinze coups de couteau , dont trois le blessèrent assez grièvement : deux au cou et un au visage. A la nouvelle de cet attentat, le sénat se sépara sur-le-champ, et, la môme nuit, plusieurs de ses membres se rendirent au couvent des serviles alin de présider au pansement du blessé. Le lendemain , on décida qu'il serait visité chaque jour par les magistrats de semaine , et qu'en outre les médecins viendraient journellement rendre compte à l'assemblée du résultat de leurs soins ; on promit des récompenses à ceux qui indiqueraient les assassins, ou tueraient quiconque attenterait désormais à la vie du théologien officiel, ou découvriraient quelque conspiration contre sa personne ; enfin , après sa guérison, il lui fut permis de se faire accompagner par des gens armés, et, pour garantir mieux encore sa sûreté, la Seigneurie lui assigna une maison auprès du palais de Saint-Marc. Le médecin Aquapendente, qui l’avait sauvé , fut fait chevalier et reçut en présent une riche chaîne accompagnée d’une médaille d'or. C’est ainsi que le gouvernement vénitien manifestait sa sollicitude pour ce grand homme, qui lui-mème prit le parti de vivre plus retiré du monde que par le passé.

Dans sa retraite volontaire, Paolo écrivit sa célèbre Histoire du concile de Trente, dont il travaillait depuis longtemps à rassembler les matériaux. Le style et la composition en sont si naturels, si énergiques, les intrigues y sont si bien développées , l’auteur l’a semé de réflexions si judicieuses, qu’on la regarde généralement comme l’une des meilleures histoires qui aient été publiées en Italie. Voici l'opinion de Mably sur cet immense et important ouvrage : « Il s’agit de a développer la politique tortueuse de la cour de Rome, les intrigues des lé- « gats, la servitude des évêques ultramontains; il s'agit de faire haranguer des «théologiens dont la scholastique épouvante les oreilles et la raison; il s’agit « de peindre l’obstination des novateurs, et de donner une idée des guerres fatales « qui continuent et des États qui craignent ou qui désirent les décisions du « concile. Voyez avec quelle simplicité tout ce chaos se débrouille; par quelles « transitions naturelles l’auteur passe d'un objet à un autre, ne s appesantit sur « aucun, me donne cependant tous les éclaircissements dont j’ai besoin, et me « conduit à son dénouement , auquel je suis préparé. »

Le nom de Paolo était devenu si fameux dans toute 1 Europe , que les étrangers venaient en Italie pour le voir; deux rois s’efforcèrent, par des offres brillantes de l’attirer auprès de leur personne, et divers princes l’honorèrent de leur visite; entre autres le prince de Condé, qui obtint la permission de voir et d’entretenir le fameux servile. Fra Paolo mourut couvert de gloire, le H janvier 1023 à l’âge de soixante-onze ans : des honneurs extraordinaires lui furent rendus ; la république chargea ses ambassadeurs de notifier cette perte à toutes les

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puissances étrangères, et Ini éleva un magnifique mausolée dont le patricien Jean- Antoine Veniero composa l'épitaphe.

Bossuet , dans son Histoire des Variations , dit de cet homme extraordinaire , dont il n’attaque d’ailleurs ni la science ni le mérite : »Sous un froc, Fra Paolo a cachait un cœur calviniste; il travaillait sourdement à décréditer la messe « qu’il disait tous les jours, et ne travaillait qu’à porter la république à une sépa- « ration entière , non-seulement de la cour mais encore de l’Église romaine. » S'il faut en croire un écrivain protestant, Fra Paolo, de concert avec le père Fulgence , après avoir formé une association de plus de mille personnes , dont trois cents patriciens des premières familles, n’attendait plus, pour éclater ou pour établir le protestantisme dans tout le territoire vénitien , que l'introduction de la réforme dans les provinces allemandes limitrophes. Que ces intentions soient réelles ou qu'on les lui ait prêtées , ce que nous nous abstenons de discuter, on n’en doit pas moins reconnaître chez Fra Paolo un éminent talent d’écrivaiu et une remarquable supériorité d’esprit ; mais, il faut l'avouer aussi, on rencontre à chaque pas dans ses meilleurs ouvrages une foule d’expressions pleines d’aigreur et d’impétuosité qui contrastent d’une manière fâcheuse avec le caractère dont il était revêtu ; on regrette surtout de trouver dans ses Consultations des maximes tout à fait digues de Machiavel. Réunies en un seul corps et traduites par l’abbé de Marsy, sous le titre du Prince de Fra Paolo, ces Consultations avaient été écrites, pour la plupart, en 1615, et adressées aux inquisiteurs d’Ktat. Nous ne citerons que les suivantes, lesquelles suffiront pour faire apprécier le caractère de l’auteur et celui de son époque.

I. Dans les querelles entre; les nobles, châtier le moins puissant; — entre un noble et un sujet, donner toujours raison au noble; — dans la justice civile, on peut garder une impartialité paiTaitc.

II. Traiter les Grecs comme des animaux féroces : du pain et le bâton , voilà ce qu’il leur faut ; — gardons l'humanité pour une meilleure occasion.

III. S'il se trouve dans les provinces quelques chefs de parti , il faut les exterminer sous un prétexte quelconque, mais en évitant de recourir à la justice ordinaire ; — que le poison fasse l’oflice du bourreau ; cela est moins odieux et beaucoup plus profitable.

Ces maximes atroces pourraient porter à croire que la science du droit n’était point cultivée à Venise , et ce serait une erreur. Comme les magistratures , trèsnombreuses, étaient électives, comme par conséquent chaque citoyen pouvait espérer de siéger plusieurs fois en sa vie dans les tribunaux , tous les hommes éminents se faisaient un devoir d’étudier les divers systèmes de législation ; et, par suite de cette généreuse concurrence, Venise et Padouc, où se formaient les jurisconsultes, curent l’insigne honneur de donner h plusieurs villes de l'Italie

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des juges, des magistrats, des gouverneurs môme. C'est donc ici le lieu d'indiquer comment se répandait l'instruction dans les différentes classes de la société vénitienne.

Dès le xin' siècle, des écoles publiques avaient été établies à Venise, aux frais de l’État; aussitôt après la conquête de Padoue (1131), le haut enseignement s'organisa sur une vaste échelle : le sénnt concentra dans cette dernière ville, déjà célèbre par son Université fondée en 1222 par l’empereur Frédéric II, tous les éléments de l’instruction supérieure, et clic devint la seule où il fût permis d'enseigner publiquement toutes les sciences; l'Université môme, de Venise ne possédait que les facultés de médecine et de philosophie ; partout ailleurs on n’enseignait que la grammaire. Une magistrature spéciale, composée de deux procurateurs de Saint-Marc, veillait autant à ses intérêts et à sa discipline qu’aux progrès de l’enseignement ; une noble libéralité lixait les honoraires des professeurs. Chaque chaire fut pourvue de deux titulaires : l’un indigène, l’autre étranger. Par une mesure de sage politique, tous les élèves qui se présentaient , nationaux ou étrangers, étaient indistinctement admis , mais les sujets vénitiens ne pouvaient aller étudier ailleurs. Aussi l’Université de Padoue devint-elle l'une des plus florissantes de l'Europe, et compta-t-elle jusqu’à dix-huit mille étudiants, parmi lesquels un certain nombre appartenaient aux divers royaumes de notre continent. Pourrait-on s'étonner dès lors que les rejetons des plus nobles familles briguassent l’honneur d’entrer dans ce corps enseignant , et qu'à côté de noms plébéiens, tels que ceux de Zarabella, de Sperone-Spcroni, de Panrirole, de Vasilus, de (ialilée, de Fallope, on trouve les noms aristocratiques des Bragadino, des Foscarini, desCornaro, des Justiniani, des Trevisani, des Moncenigo ; et cela à une époque où chez tous les peuples la noblesse féodale se faisait un mérite de son ignorance!

L'édifice consacré à l’Université de Padoue fut digne de sa destination : c’est un vaste quadrilatère orné de galeries et de salles immenses où se trouvait réuni tout ce qui était nécessaire aux travaux des élèves et des professeurs. L’amphithéâtre d’anatomie, le cabinet d’histoire naturelle, sont surtout remarquables par les nombreuses et riches collections qu’ils renferment; statues, bas-reliefs, squelettes, plantes rares, animaux de toute espèce, coquilles, minéraux, rien n’a été négligé pour les rendre à la fois utiles et intéressantes. L’observatoire , fourni de bons instruments et illustré par les découvertes de Galilée, fut élevé, au-dessus d’une haute tour, qui au temps du tyran Eccclin était une prison redoutable. Un distique latin, placé au-dessus de la porte, exprime heureusement sa destination primitive et sa destination nouvelle :

Quæ quonthm internas lurris dueebat ad timbras,

N une, Vcnclum auspiciis, pandit ad a*tra yiain.

La bibliothèque renferme plus de soixante-dix mille volumes, et le jardin bota-

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nique, fondé en 1545, est probablement le plus ancien qu'il y ait en Europe. Toutes ces créations sont dues à la sollicitude du gouvernement de Venise , qui ne se bornant pas à enrichir l'Université 4e tous les moyens propres à vulgariser la science, fonda encore douze collèges pour les études inférieures. Les autres villes de terre- ferme reçurent également des établissements proportionnés à leur importance '.

L'impulsion donnée par le gouvernement détermina un rapide progrès intellectuel; de toutes parts se formèrent des sociétés pour la propagation des sciences et des lettres. A Venise, Aide l’Ancien fonda sa célèbre Académie Typographique, qui réunissait tous les hommes éminents de son époque et au sein de laquelle s'élaborèrent les premières éditions des classiques grecs et latins ; puis vint YAcademia délia t’aura, qui, avec moins d'autorité, poursuivit le même but, et l'académie Justinienne, consacrée à l'art oratoire. Padoue posséda aussi deux académies, celle des Hicorrati et des Elhévéem; Vérone vit se former la Société Philharmonique , qui s'occupa aussi de belles-lettres, de mathématiques et d'astronomie ; son Académie des Conslanti était composée de quarante gentilshommes qui pensionnaient un grand nombre de professeurs. A Viccnce on institua la Société Olympique , laquelle a puissamment contribué à la renaissance de l’art dramatique en Italie. C'est de la même époque que datent la fondation et l'agrandissement de la plupart des bibliothèques publiques dans les États vénitiens.

Nous avons déjà dit les commencements de celle de Saint-Marc ; la donation que lui lit le cardinal llessarion, en 1468, lui imprima le caractère d'un établissement public. La lettre par laquelle ce savant prélat annonce au doge et au sénat le présent qu’il fait de ses manuscrits à cette bibliothèque contient des renseignements si précieux sur ces premiers temps de la renaissance et si honorables pour la république, que nous croyons devoir en reproduire quelques passages :

« Je regarderais tous mes soins comme insuflisants, si je ne parvenais à ce que « des livres rassemblés par moi avec tant de peine fussent placés de manière a qu’à ma mort ils ne pussent être ni aliénés ni dispersés, mais établis dans un « lieu sdr et commode , afin de servir aux savants grecs et latins. De toutes les « villes d'Italie, votre illustre et florissante cité m'a paru le mieux répondre à « mon projet. Quel pays pouvait offrir un plus sur asile que le vôtre? régi par « l'équité, soumis aux Ibis et gouverné par l'intégrité et la sagesse; où la vertu, « la modération, la gravité, la justice, la bonne foi, ont fixé leur demeure; où « le pouvoir, quoique très-grand , très-étendu, est aussi équitable que doux ; où

I. Il ne faut pas s'étonner de la prédilection que les Vénitiens témoignèrent pour Padoue; celte ville, dont l'origine remonte à une haute antiquité, était, au moyen âge, considérée comme l'Athènes de l'Italie; il était donc à la fois sage et politique de l'cnchalncr par des bienfaits, d’y développer les institutions qui avaient Tait sa célébrité. I.es professeurs et lis étudiants de l'Université tenaient le premier rang dans la ville, et étaient favorisés en tout par le gouvernement t car il les regardait comme une espèce de garnison qui lui répondait «le la fidélité des habitants.

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« la liberté est exempte de crime et de licence , où les sages gouvernent , où les « bons commandent aux méchants , où les intérêts particuliers sont unanimement a et activement sacrifiés à l'intérêt général. Mérites qui doivent faire espérer (ce « que je souhaite) que votre État croîtra de jour en jour en force et en renom- « mée. Je sentais encore que je ne pouvais choisir un lieu plus commode et qui a convint mieux à mes compatriotes que Venise , où alUuent la plupart des nations « du monde, surtout des Grecs qui viennent de leurs provinces y aborder et « pour qui elle est une autre Byzance. »

La donation n'a pas été stérile : depuis plus de trois siècles, tous les savants de l’Europe sont venus consulter ces précieux manuscrits et y puiser d'utiles renseignements ; depuis trois siècles aussi , un grand nombre d'hommes illustres se sont plu à enrichir de leurs dons la bibliothèque de Saint-Marc. En 1589 , le professeur Melchior Wieland , natif de Maricnbourg, lui légua tous ses livres; les Justiniani, les Nani, les Contarini, les Venturi l.onigo, les Morosini, le bailli Farsetti , le patricien Ascanio Motion, le médecin Nicolas Manuzzi , Antoine Zanetti et Jacques Morelli, imitèrent successivement ce généreux exemple1. A leur tour, la plupart des villes de terre-ferme voulurent avoir des bibliothèques publiques; plusieurs riches particuliers rivalisèrent même avec l’État, et formèrent dans leurs palais de précieuses collections de livres qu’ils mettaient à la disposition des amis de la science. Si ce mouvement ne s'était pas arrêté, Venise figurerait aujourd'hui parmi les plus puissantes cités de l’Europe, car savoir c'est pouvoir; mais, une fois parvenue à un certain degré de prospérité et de gloire, elle voit ses forces s’anéantir : ses institutions s’ébranlent , son commerce lui est ravi , sa politique perd toute influence, et cet essor intellectuel qui semblait devoir produire des fruits durables , s'alfaisc tout à coup. Dans la seconde partie de cet ouvrage, qui offrira l’affligeant tableau de la décadence de Venise, nous essaierons d’expliquer les causes diverses de cette atonie ; hèlons-nous de rentrer dans notre sujet.

Du xv au xvir siècle, les sciences d’application sont redevables aux Vénitiens d’une foule de découvertes importantes ou d'indications utiles. L'art des constructions navales particulièrement est porté chez eux à un rare degré de perfection; aussi leurs constructeurs étaient-ils recherchés de toutes les puissances qui commentaient à entreprendre les grandes expéditions maritimes. Venise

1. Nous l'avons déjà dit , la bibliothèque Saint-Mare est une des plus riches de l’ Europe en anciens manuscrits. Ceux de Pétrarque, nous le répétons encore, ont presque totalement disparu ; maison y trouve des ouvrages inédits de Jlessariou et du fameux Gémisle Pléthou , son n aître. Avant la lin du xvme siècle, on y voyait des manuscrits arabes sur |iapier de soie, et un exemplaire de la bible dite Mnyontina. Transporté» eu France après la conquête, ces livres, en 1815, furent retirés de la bibliothèque royale, sans être rendus à leurs véritables maîtres. Elle possède aussi un évangéliaire du ixe siècle, plusieurs manuscrits, lettres ou fragments d'ouvrages des auteurs italiens bis plus remarquables, du Dante, de Fra Paolo , du Tasse, de Guido, de Benvcnuto Cellini , etc. , etc. Enfin , pour tout élire en peu élu mois, les premiers noms historiques de Venise ligurent parmi les bibliothécaires de Saint-Marc, et plusieurs oui été investis des hautes fonctions du dugat.

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se distingue encore par les immenses travaux hydrauliques qu’elle fait exécuter ; ses ingénieurs disposent des eaux et des fieu» es avec une facilité merveilleuse ; la Brenta, le Bacchiglionc, le Montonc, le Pô, le Keno, le Konco, deviennent sous leurs mains des instruments dociles ; car l'invention des sas , des écluses , des pertuis, leur appartient. En 1481 , les premières écluses à double porte sont jetées sur la Brenta, par deux ingénieurs de Viterbe, et en 1534 on construisait celles de Dolo, restées si fameuses et qui n’ont pas moins que vingt-deux pieds de chute. Déjà, en 1405, Giocondo avait imaginé de détourner une partie des eaux de la Brenta , afin de s’en servir pour remédier aux atterrissements qui s’étaient formés dans la lagune et dégorger les canaux ensablés par cette rivière. C’est ce même Giocondo qui, appelé en France par Louis XII, construisit à Paris le Pont-au- Change et le pont Saint-Michel , construtions qui inspirèrent au spirituel Sannazar le distique suivant :

Jocondus gem inum imposait libi, Scquana, ponton»;

Hune tu jure potes dicere Pontilicem.

Retiré à Rome, Giocondo devint, après la mort de Bramante, un des architectes de l’église de Saint-Pierre; il travailla avec Raphaël d'Urbin, Antoine Pangallo et Jean Poloni de Venise, à renforcer les fondements de cet édiGce immense , auxquels Bramante n’avait pas donné la solidité convenable. On lui doit encore de curieuses remarques sur les Commentaires de César , et le premier il publia le dessin du pont construit sur le Rhin par ce conquérant, monument dont jusqu’alors la description avait été fort peu satisfaisante. Enfin , n’oublions pas que, durant son séjour à Paris, ce savant découvrit dans une de nos bibliothèques la plupart des épitres de Pline, imprimées bientôt après par Aide Manuce, et que, profondément versé dans la philosophie et la théologie, il fut dans chacune de ces deux sciences le maître de Jules Scaliger.

Après Giocondo, Venise nomme avec un juste orgueil Benoit Castelli de Brescia, qui détermina la mesure des eaux courantes ; Barthélemi Fcrracina, connu par les perfectionnements apportés à la construction des machines hydrauliques; Colleoni , qui le premier fit usage de l’artillerie de campagne et inventa les affûts de canon ; San-Michele de Vérone , l’inventeur, dit-on , des bastions angulaires ; puis Bernardin Zandrini , qui éleva les célèbres murazzi destinés à protéger le I.ido contre l’envahissement des eaux de la mer. Au xvn* siècle , Ferdinand Ligozza fut appelé en Russie par Pierre-le-Grand pour diriger la construction du canal qui devait unir la mer Blanche à la Baltique ; à une époque plus rapprochée de nous , Laurent Mascheroni , auteur de 1a Géométrie du compas , fit partie de cette réunion de savants européens convoquée à Paris par le gouvernement français dans le but de déterminer un système universel de poids et mesures.

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Dans les sciences naturelles et médicales, Venise ne manque pas d'illustres représentants ; citons parmi les premiers : Palrizzi de Cherso, qui indiqua le sexe' des plantes; Vitaliano Donati et Olivi de Chiozza, ilont les travaux nous offrent la description complète des animaux et des plantes qui se trouvent dans l'Adriatique et sur ses bords. En tète des seconds v ient encore se placer Sarpi , auteur des plus ingénieuses théories sur la circulation du sang et sur la contraction de l’uvéc oculaire. Avant lui Eracastor, tout à la fois physicien, astronome, médecin et poète, dont la vie entière fut aussi utile à l'humanité qu’elle était pure et honorable, s'attachait surtout à la guérison des maladies extraordinaires. Le pape Paul III lui témoigna toute son estime en le nommant médecin du concile de Trente. Il mourut en 1553.

Le nom de Kallope rappelle un de ces laborieux et subtils investigateurs qui semblent destinés à ravir à la nature ses impénétrables secrets. Déjà versé dans la botanique, l'astronomie, la philosophie, et particulièrement dans l’anatomie, il voulut parcourir l'Europe afin de se perfectionner dans son art; puis il vint se fixer à Padoue, où son cours attira bientôt un nombre prodigieux d’élèves. Mort en 1563, Kallope eut pour successeur son disciple Jérôme Eabricius, plus connu sous le nom d’Aquapendente, qui occupa la chaire d'anatomie pendant quarante ans. La république, non contente d'avoir récompensé par une pension de cent écus d’or la persévérance du célèbre professeur, voulut , après sa mort , lui ériger une statue. Ses ouvrages sur la chirurgie, l'anatomie et la médecine, ont été plusieurs fois réimprimés. L’anatomie lui doit la découverte des valvulves des veines. Passionné pour la gloire, Fabricius montrait un désintéressement extrême : des présents considérables, témoignages de la reconnaissance de ses malades ou de l’admiration des princes, gisaient entassés dans un cabinet au-dessus de la porte duquel il avait placé cette inscription : Lucri negiecti lucrum. Digne continuateur d'Aquapcndentc, le savant et modeste Morgagni terminera cette liste , où nous n'avons fait entrer que les illustrations de la science. Il exerçait la médecine à Forli loissque la république lui donna la chaire d'anatomie de Padoue, avec un traitement annuel de G, 000 livres. Ses immenses et laborieuses recherches, toujours couronnées de succès, le conduisirent à la découverte des fonctions de divers organre de l'appareil respiratoire, auxquels il eut la gloire d’attacher son nom. Chez Morgagni le savoir n’excluait pas la foi. On rapporte qu'un jour, au milieu d’une dissection, transporté d'admiration pour l'auteur de la nature, il laissa tomber son scalpel en s’écriant : a Ah! si je pou- « vais aimer Dieu comme je le connais ! » Les papes Clément XI et Clément XII , ainsi que plusieurs souverains , lui donnèrent des marques particulières de leur estime; dans son traité de lleatificalione setvorum Dei, Benoit XIV fait même de ce grand anatomiste une mention toute particulière. Morgagni descendit au tombeau en 1771.

Sous le rapport de fart oratoire , la république de Venise n'a rien de commun

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avec celles d’Athènes et de Rome. Chez elle les discussions du sénat étaient secrètes, et comme les orateurs s'adressaient à des hommes éclairés, ils s’attachaient plutôt à présenter des faits d'une manière décisive, convaincante, qu'à séduire par les artifices du langage. Le peuple étant tout à fait exclu des affaires publiques, X'agora ou le forum y étaient inconnus, et sur la place Saint-Marc on ne parlait qu'à voix basse des nouvelles politiques , ou l'on s’entretenait sourdement d'intrigues pour l’obtention des places : cela s'appelait far broglio. Devant les cours de justice , les causes s'exposaient sommairement , souvent sur simple mémoire , de même que dans les églises toute discussion sur le dogme était sévèrement interdite. Un tel système politique, poussé jusqu'à ses dernières conséquences , étoufTait dans son germe l'éloquence, fdle de la liberté.

L'histoire, cet autre guide des peuples et des gouvernants, se présente à Venise sous deux faces bien distinctes : d'un côté, se rangent les historiographes officiels, écrivains généralement élégants, plus soigneux de la forme que du fond , louangeurs de la république et défenseurs à outrance de tous ses actes ; de l'autre, quelques écrivains indépendants, qui ont osé de timides essais sur les annales de leur patrie. Chez tous, on reconnaît la main puissante qui sans cesse conduit la plume ou comprime la pensée; toutefois, dans le récit des événements dans lesquels la république est désintéressée, ils montrent plus d’indépendance , un jugement sûr, une grande netteté de vues. Parlons d'abord des historiographes officiels.

Sabellicus (Marc Antoine Coccio}, né vers le milieu du xv* siècle, à Vcscovaro, bourg de la Sabine, eut l'avantage de remplir, pendant plusieurs années, les fonctions de secrétaire auprès du cardinal Bessarion, qui lui fit obtenir l’emploi d'historiographe et celui de professeur de belles -lettres. Sabellicus s'acquitta mieux de ce dernier einplai que du premier ; car son histoire, écrite en latin et qui s'étend depuis les premières années de la république jusqu’en 1484, ne se fait guères remarquer que par son élégance et sa précision. Ne demandez pas à cet historien un examen approfondi des faits , des jugements raisonnables, de la saine critique; son livre n'est et ne pouvait être qu'un continuel panégyrique. Scaliger a dit de lui : « Il est payé pour être sincère et exact à l’égard de ses écoliers et s pour se garder de dire la vérité dans son histoire»; Sabellicus lui-même avouait que « l'argent qu'il recevait était la source de ses défauts et de ses « qualités ». Cette charge, malgré les entraves dont elle était entourée, donnait une certaine influence; aussi le sénat voulut-il que désormais elle fût exclusivement réservée à un personnage d’origine patricienne. Avec un peu plus de liberté , c’eût été un bel encouragement donné à la noblesse pour l'étude des sciences historiques ; ce ne fut encore qu'une prime accordée au mensonge et à la flatterie.

En vertu de cette décision , André Navagero , latiniste plein de goût et de finesse, admirateur de Pindare, ennemi de Martial dont il brûlait tous les ans un

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exemplaire , ami d’Alde Manuce et de Barthélemi d’Alviane , fut appelé à continuer les travaux de Sabcllicus (1506). Quoique chargé de différentes ambassades , il remplit sa tâche avec ardeur; mais avant de mourir (1529), peu satisfait sans doute de son travail, il ordonna de le brûler. Chargé de réparer cette perte, Bembo, tout aussi enthousiaste de la belle latinité que ses prédécesseurs, publia un chef-d’œuvre sous le rapport de l'élégance et de la pureté du style. Son histoire de la république ne s’arrête qu'à la mort de Jules II (1513). Sous sa plume tous les personnages prennent une physionomie héroïque, on dirait qu’il fait le récit d'événements d'un autre âge ; par malheur il affecte une telle prédilection pour les termes de la pure latinité , que le lecteur s'arrête stupéfait devant des expressions aussi fausses qu'outrées : parcxemplé, il dira : le pape fut élu par la faveur des dieux immortels, dcorum immortalium benefieiis ; Jésus-Christ est un héros; la sainte Vierge une déesse , tlca Lorctana ; aux termes que le christianisme a consacrés , tels que Jides , excommunicatio, et qui lui paraissent barbares , il substitue ceux de persuasio , aquâ et igné interdietio !

Bembo étant mort en 1547, Paul Paruta reprit son œuvre à l'exaltation du pape Léon X. I.es douze livres qu'il a laissés, et dont, pour se conformer à l’usage, il avait d’abord écrit le premier en lalin , comprennent les événements importants de 1513 à 1552: la guerre de Chypre y est rapportée dans tous ses détails et d’une manière souvent fort dramatique; on y trouve aussi des digressions très-curieuses sur l'administration civile de la république, partie beaucoup trop négligée par les historiens de toutes les nations. Paruta passa par toutes les grandes charges de l’État; il fut honoré de plusieurs ambassades, et mourut procurateur de Saint-Marc en 1598. M. de Thon fait de lui l’éloge suivant: Vir rard in explicandis negoliis solerlid et eloquenlid. On a encore de cet écrivain un ouvrage intitulé delta l’er/esione delta Vita l’olilica, et vingt-cinq discours politiques qui roulent sur la forme des anciens États ou sur les affaires de Venise.

Les historiens subséquents ne se font remarquer que par les défauts inhérents à leur charge; nous n'aurons donc que des noms à enregister. André Morosini porta les annales de Venise jusqu’à l’année 1015, Baptiste Nam à 1044, Michel Foscarini à 1690, Pierre (larzoni A 1713. Nicolas Dona entreprit de refondre en un seul corps d’ouvrage toutes ces histoires partielles. Son travail , qui remonte jusqu’aux premières années de la république, s’arrête vers le milieu du xvnr siècle; mais probablement jugé dangereux par le sénat, l'impre.'Sion n'en fut pas permise. Après la mort de Dona , arrivée en 1765, personne ne voulut remplir une charge que les circonstances des temps rendaient extrêmement délicate, et elle resta vacante pendant neuf années ou bout desquelles François Dona fut contraint d'accepter la succession paternelle. Ce dernier historiographe de Venise vit les étrangers fouler aux pieds le drapeau de Saint-Marc, le sénat dispersé, les institutions de son pavs renversées, et il resta muet, et il ne trouva ni une

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