‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 98 sur 155 · I.r.s SCIENCES ET LES LETTRES · texte numérisé non relu

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larme ni un regret pour une si grande catastrophe ! Nous pouvons donc dire avec Niebuhr : « Les Vénitiens , à la chute de la république, n'eurent d'autre courage « que relui de la résignation ! »

Occupons-nous maintenant des historiens indépendants. Nous avons déjà dit le mérite de la chronique de ltandolo; un siècle après lui, Coriolan Cippico entreprit d’écrire l'histoire de la guerre des Vénitiens contre les Turcs (1470), et réussit non-seulement auprès de ses compatriotes , mais encore auprès de tous ceux qui s'intéressaient à la lutte gigantesque dont une partie de l'Europe et de l'Asie étaient devenues le théâtre; puis vint Bernard Jusliniani qui, remontant aux premières époques de la fondation de la république, jeta un jour nouveau sur cette importante période; en 1310, Gaspard Contarini, de l’illustre famille de ce nom , entreprit d'expliquer l'action des divers rouages de l'administration de Venise. Quoique plein de restrictions, cet ouvrage, écrit dans un style élégant et correct , fait suffisamment comprendre le système politique de la république , et s’il eilt été plus répandu on aurait commis moins d’erreurs sur ce grave sujet. En 152-2, André Mocenigo publia deux histoires justement estimées : l'une relative à la guerre des Turcs, l'autre comprenant et expliquant toutes les phases de la ligue de Cambrai. On est aussi redevable à Pierre Giustiniani,à Jacques Diedo, à Charles Marini , de travaux historiques non moins recommandables; enfin, audessus de tous ces noms brille celui de Victor Sandi , remarquable par la netteté de son exposition , la pureté de son style et la portée de ses jugements sur les divers systèmes de politique et d'administration qui ont tour à tour prévalu dans sa patrie.

Le petit nombre des auteurs vénitiens qui ont abordé le domaine de l'histoire étrangère montrent une noble, indépendance : nous avons déjà cité V Histoire du Concile de Trente par Paul Sarpi ; X Histoire de Florence, par Jean Michel Bruto , n'est pas moins digne d' éloges : les Médicis furent tellement affectés de l'apparition de cet ouvrage, qu’ils en firent rechercher pour les détruire tous les exemplaires; Pierre Maffei de Bergame écrivit l 'Histoire des Indes orientales ; Paul Eiuili de Vérone et Davila esquissèrent les Annales de France, et Jacques Bonadio rédigea , avec un rare bonheur, X Histoire de Gènes ; enfin , Louis Dolce, dont les histoires de Charles-Quint et de François I" méritent d'étre consultées , « était , suivant Baillct , un des meilleurs écrivains de son a temps » ; son style a de la douceur, de la pureté, de la grâce.

A côté de ces historiens en titre on peut placer les membres du corps diplomatique qui adressèrent au sénat les innombrables .Mémoires aujourd'hui déposés, pour la plupart , dans les archives générales de Venise ', et qui forment peut-être

1. Varchieio generale établi clans l'ancien couvent des Frari est une des cuiio.-ilés les plus remarquables de Venise par la masse prodigieuse de documonls qu’il renferme , par le savant classement que U. le directeur Cliiodo a su leur donner, et par la manière ingénieuse et élégante avec

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In plus considérable des collections de ce genre en Europe. Si ces documents étaient mis en ordre, convenablement annotés et expliqués, ils fourniraient sans contredit des appendices on ne peut plus précieux à toutes les histoires des États modernes , car ils se recommandent par une grande finesse de tact et la justesse des aperçus. Quelques passages extraits au hasard de la Relation des Ambassadeurs vénitiens sur les affaires de France au xvr siècle , récemment publiée par ordre du gouvernement français, serviront de preuve à notre assertion.

Voici par quelles considérations Marc Barbaro, un de ces habiles diplomates, commence son Mémoire : « L’un des moyens les plus sûrs de conserver les États « et de bien les gouverner, c'est sans doute de connaître les autres gouvernements ; « car l'exemple d'autrui aide à introduire chez soi quelque bonne et nouvelle « institution , ou bien à mieux apprécier les siennes, à réparer quelque désordre, » ou enfin à exercer la prudence des hommes par l'observation des succès et des <t revers politiques. » Plus loin il ajoute : a Ici je devrais mettre en parallèle le « royaume de France , avec tous les autres, puisqu'on ne connaît pas aussi bien la «puissance d'un grand prince, en lctudiant en elle-même, dans le nombre et « l’étendue des États qui la composent , dans ses richesses, dans la force de ses « armées, qu'en la comparant à la puissance des autres. Mais le parallèle entre les « forces de la France et celles de chacun des autres royaumes serait chose de trop « longue haleine ; aussi je me bornerai à comparer les Étals de France seulement « avec ceux du roi Philippe IL » Et l'observateur est heureux dans le choix de son terme de comparaison ; car certes, après la France, ce sont les États d’Espagne que Venise est le plus intéressée à connaître. Suivons ce parallèle ; il est habilement nuancé et offre le plus grand intérêt; nous sommes en 1563, Charles IX occupe le trône de France, Philippe II celui d'Espagne : « Le roi catholique, dit-il , « est de la maison d’Autriche; il est héritier de tant de seigneuries, de royaumes « et de pays, qu'il possède douze royaumes en Espagne et trois en Italie ; presque « toutes ses possessions sont éparses. Le roi très-chrétien a un seul royaume tout « uni et très-vaste. Les revenus du roi catholique sont de cinq millions, la dépense « est de six; le roi très-chrétien a un revenu de six millions et ne les dépense pas « tous à présent. Le premier, en cas de nécessité , a beaucoup de peine à trouver « de l'argent par des impositions extraordinaires ; l'autre , par le même moyen , en « trouve tant qu'il veut. Les sujets de Philippe II sont plus rétifs et plus fiers ; les « Français sont plus portés à dépenser leur argent pour le service de leur roi et a plus soumis. L’Espagne a des mines d'or dans ses provinces et aux Indes; la « France n'a que du fer; mais l'argent y est introduit et n'y manque pas. L'Es-

laqitelle on a approprie le local. Ce magnifique établissement se compose de quinze cent quatrevingt-dix archives spéciales contenant les archives générales des divers tribunaux et cours de justice, des corporation* religieuse* et des différents corps administratifs de la république. Deux cent quatre-vingt-dix-huit salles sont presque entièrement remplie* de manuscrits, dont le plus ancien remonte à l'année 887.

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o pagne est stérile, pauvre en grandes i illes et ri\ ières, dépourv ue des commodités « de la vie; la France est fertile, couverte de villes et de cliAteouv , abondante en « rivières et en toute sorte de productions. Le roi catholique l’emporte sur «S. M. T.-C. en forces maritimes; mais quant aux armées de terre, les gens « d'armes de France sont de beaucoup supérieurs aux cavaliers espagnols, et l’in- « fanterie française est de peu inférieure à l’espagnole ; les Gascons ne cèdent en o rien aux fantassins espagnols. Pour les capitaines, la France a toujours eu le a dessus ; ainsi les forces de ces deux grands rois peuvent presque se balancer. On « a vu Charles-Quint, ce grand empereur, cet homme si favorisé par le sort, être, « après tant de victoires, vaincu par la France et réduit à un très-grand danger. « On a vu dans cette lutte des vicissitudes continuelles ; tantôt l’un, tantôt l’autre « triomphait. Si donc ces deux puissances sont si fortes, chacune par elle-même, a unies elles deviendraient formidables. »

L’esprit de nationalité n’aveugle pas les ambassadeurs vénitiens; ils examinent avec impartialité et concluent sans hésiter contre leur propre pays lorsqu'il le a faut. Quoique l’Italie soit justement estimée comme l'une des plus belles réa gions du monde, il faut cependant avouer, dit Jean Correro, que la France la a surpasse par les avantages naturels, autant qu’elle en est surpassée par les « avantages accidentels. L’Italie a des villes plus nombreuses, plus vastes, plus « magnifiques , de plus beaux édifices; tout ce qui tient è l’art et à l'industrie de « l’homme y est parfait. Mais le pays de France est plus richement doté ; les « sites y sont agréables et le sol est si fertile, que non-seulement il produit « en abondance pour la consommation des habitants, mais pour l’usage des « étrangers. La France est traversée par des rivières navigables qui l’arrosent en b tous sens ; ces rivières aboutissent à des fleuves plus grands qui la parcourent « en longueur et en largeur, qui facilitent les communications entre les diffé- « rentes provinces, et le commerce des choses nécessaires dans un lieu et super- « Rues dans un autre... »

Il y aurait bien d'autres choses & emprunter à ces historiens improvisés, tant on trouve de bon sens et de justesse dans leurs observations et leurs jugements. Nous nous bornerons à reproduire le portrait qu'ils ont tracé de deux rois, justement célèbres en France, François I" et Henri IV; aucun historien français ne les a mieux appréciés.

b Le roi François I", dit Marino Cavalli (15't6 i, est maintenant âgé de cin- « quante-quatre ans : son aspect est tout à fait royal ; en sorte que sans jamais b avoir vu sa figure ni son portrait, à le regarder seulement on dirait aussitôt : « C’est le roi. Tous scs mouvements sont si nobles et si majestueux , que nul « prince ne saurait l'égaler. Son tempérament est robuste, malgré les fatigues b excessives qu’il a toujours endurées et qu'il endure enrore dans tant d’expédi- « lions et de voyages ; mais autant ce prince supporte les fatigues corporelles , b autant les soins de l'esprit lui pèsent , et il s'en décharge presque entièrement

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«sur le cardinal du Tournon et sur l'amiral. Il ne prend aucune décision, il ne « fait aucune réponse qu’il n’ait écouté leur conseil ; en toute chose il s'en tient « à leur avis, et si jamais (ce qui est fort rare) on donne une réponse à un ambas- « sadeur ou si l’on fait une concession qui ne soit pas approuvée par res deux « conseillers , il la révoque ou la modifie. Ce prince est d’un jugement très-sain , « d’une érudition très-étendue; il n’est chose, ni étude, ni art, sur lesquelles « il ne puisse raisonner très- pertinemment, et qu’il ne juge d’une manière aussi « assurée que ceux-là même qui y sont spécialement adonnés. Scs connaissances « ne se bornent pas simplement à l’art du la guerre , à la manière d’approvision- <> lier, de conduire une armée , de dresser un plan de bataille , de préparer les « logements, de donner l'assaut à une ville, ou bien de la défendre, de diriger « l’artillerie ; il ne comprend pas seulement tout ce qui a trait à la guerre mari- « time; mais il est très-expérimenté dans la peinture, dans la littérature, dans « les langues, très- adroit à la chasse et dans les différents exercices du corps qui « peuvent convenir à un bon chevalier. Vraiment, lorsqu’on voit que, malgré son « savoir et ses beaux discours, tous ses exploits de guerre lui ont mal réussi, on « ne peut s’empêcher de dire que toute sa sagesse est sur les lèvres et non pas « dans l’esprit. »

Nous voudrions citer toute la partie du Mémoire de Michel Suriano relative aux troubles religieux de la France jusqu’aux derniers événements de la Ciguë ; mais celte citation prendrait trop de place , nous nous en tiendrons donc au portrait de Henri IV qu’il a esquissé , selon nous , avec une grande vérité: « le roi de « Navarre, pour parler franchement, est un homme très-faible, quoiqu'il soit très- « brave, de fort gracieuses et agréables manières; il est dépourvu de l'expérience « et du sens qu'il lui faudrait pour supporter un gouvernement d'une telle impor- « tance. L'expérience doit nécessairement lui manquer, parce qu'il ne s’est jamais « occupé auparavant des affaires de l’État, mais plutôt de ses commodités et de « scs plaisirs. Pour ce qui est de son jugement , je ne lui reprocherai pas de « porter des bagues et des boucles d'oreilles, à la manière des femmes, ayant la « barbe déjà blanche et un bon fardeau d'années sur le dos ; je ne lui reprocherai « même pas de se livrer, dans les affaires les plus graves, aux flatteurs, aux « hommes de rien qui l’entourent, et à sa femme qui peut tout sur lui. Je dirai «seulement que, dans les matières religieuses, il n'a montré ni fermeté ni « sagesse ; il est passé tantôt à droite , tantôt a gauche , tantôt favorisant les catho- « tiques par égard pour le pape: tantôt les huguenots pour se faire un parti en « France; tantôt les luthériens pour s’attacher l’Allemagne. Cette, inconstance a «son but, mais elle décèle une lime faible et irrésolue. Vouloir occuper plusieurs « chaises à la fois, c’est ne jamais être à son aise, a

l'n tact si exquis, des appréciations marquées au coin d’un si admirable bon sens, ne font-ils pas vivement regretter que cette foule de précieux documents reste enfouie dans un dépôt général d’archives, mine toujours fennée, pour

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ainsi dire aux explorations des amis de la vérité historique? Espérons que le cabinet autrichien ne refusera pas longtemps encore de donner cette satisfaction à un des plus impérieux besoins de notre siècle'. Quoi qu'il en puisse être , nous arrêterons là notre revue; car, ainsi que nous l'avons déjà dit, tout semble s'être simultanément affaisé à Venise1 : l'esprit et In force. Après les Bembo, les Pamta, les Sandi, elle n’a plus à nous présenter que quelques historiens d'un mérite secondaire; tels sont: Coletti, Kariati, Marini. Do nos jours, les savantes Itemurques de Tiepolo sur l’histoire de M. Daru , les Itecherches statistiques de Quadri , et le grand ouvrage de C.icogna sur les inscriptions vénitiennes, forment une heureuse diversion à cette atonie intellectuelle.

Arrivés presque au terme de cette rapide esquisse , nous n’avons pas encore parlé, des poètes : ce n'est pas que la république n'en ait eu de fort remarquables; seulement , dès le début , il nous avait semblé convenable de réserver la poésie comme couronnement du tableau , puisqu'elle est l'expression la plus élevée de la pensée de l’homme.

On sait que la poésie moderne du midi de l’Europe eut son berceau en Provence, sur les confins de l’antique Massalie ( Marseille j; c'est de là que s’élancent les troubadours, semant au loin et partout sur leurs pas les trésors de leur art. Mais, pour tirer parti de celte école , pour extraire de sa théorie ce qu'elle renfermait de bon ou de mauvais, il fallait lui opposer de meilleurs modèles ou l'imiter avec plus d'indépendance. Des hommes d'un génie supérieur et fortifié par de saines études pouvaient seuls l’agrandir ou la dominer; or rcs esprits transcendants, qui ne devaient se trouver en Espagne qu'au xxT siècle, et en France qu'au xvn\ se rencontrèrent dès le xiv' en Italie. Leur apparition soudaine offre un spectacle aussi merveilleux qu’inattendu : aucune contrée n’avait été plus foulée, plus dégradée , plus corrompue par la conquête que l'Italie; elle avait subi, la première, toutes les invasions; la première, elle avait connu toutes les servitudes; et voilà que, donnant le signal d'un affranchissement universel, elle rallume au flambeau de son génie les lumières qu'on croyait à jamais éteintes ! en peu d'années , le Dante , Pétrarque et Boccace , l'avancent de trois siècles , et ces trois hommes extraordinaires, salués par l'Europe entière comme ses premiers poètes, ne sont, à vrai dire, que les derniers des troubadours, mais ils en sont aussi les plus grands !

Cependant Venise , absorbée dans les soins et les calculs de sa prospérité commerciale, ne prit aucune part à ce grand mouvement; trop peu familiarisés avec le dialecte toscan, dialecte désonnais consacré comme langue poétique, ceux de ses enfants qui offraient aux muses un culte avare, restèrent enveloppés dans les langes du collège. Ainsi, à une époque où déjà la langue moderne de leur pays

1. Nous apprenons que sous le patronage «lu marquis de Capponi , on se propose «le donner à Florence une édition complète «les Relations tlci ambataotleurt vénitiens ; nous ignorons si celte belle entreprise sera ini'C i» exécution , mais nous le désirons ardemment.

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était complètement formée, leurs premiers et rares essais furent en latin : œuvres tout à fait ignorées aujourd'hui , les noms d'un bien petit nombre de leurs auteui's ont pu seuls échapper à l'oubli. Citons, par exemple, Jean Colla de Vérone, qui , mort trop jeune, à vingt-huit ans, n'en a pas moins laissé un recueil assez estimé A'épigrammes et d'oraûont; Bazile Zanrhius de Bergame, qui eut l'insigne honneur d’être traduit par le Tasse ; Lelio Cosmico de Padoue, que l'abus de son talent pour la satire conduisit jusque devant le tribunal du Saint-Office ; Pierre Valerio Bolzani, plus connu par son ouvrage sur le malheur des hommes de lettres [de /nfelicilate l.illeralorum) que par ses insipides poésies; André Navagier, élève de Sabellicus, qui lit connaître à l’Espagne la grdre charmante du sonnet et importa de l'Espagne en Italie la culture de plusieurs plantes originaires de la péninsule ibérique; Bembo , qui malgré les devoirs de sa charge et sans respect pour la dignité ecclesiastique dont il était revêtu, publiait en latin d'élégantes obscénités ; Jules-César Scaliger, célèbre par son Art poétique, ouvrage dans lequel , peu satisfait sans doute de préconiser un faux goût , il s'arrête à des minuties qui sont plutôt du ressort du grammairien que de celui du poète ; Fracastor dont le poëme, quoique consacré à un sujet très-prosaïque , s'élève au-dessus de toutes ces médiocrités. La simplicité de Pline, dans la description des œuv res de la nature, n'est pas plus claire que l'admirable élégance de Fracastor : parvenu à imiter Virgile, non-seulement sous le rapport de la forme extérieure, du nombre et de l'harmonie , comme le font encore la plupart des versi- Gcateurs latins modernes, il a su répandre dans ses vers une chaleur, une sensibilité véritables , cette émotion d’une belle âme tout à la fois éprise des beautés de la nature et passionnée pour sa patrie. En lisant son œuvre , on croit entendre comme un écho lointain du cygne de Mantouc.

Dans cette pléiade poétique , on distingue particulièrement deux femmes dont le nom est entouré d'une brillante auréole. La première , Véronique Gambara de Brescia, devenue veuve de bonne heure , ne voulut point se remarier, afin de se livrer plus librement à sa passion pour la poésie et la littérature, et mourut à Correggio, en 1550, après avoir fait l'admiration de l'Italie ; la douceur et la facilité de son style rappellent celui de Pétrarque. L’autre, Cassandra Fedeli, de Venise, surnommée par Ange Politien Decus lluliœ, s'appliqua avec succès aux langues grecque et latine, à l'histoire, à la philosophie, à la théologie, sans négliger les arts d'agrément. Habile musicienne, elle chantait ses vers en s’accompagnant du luth et de la lyre; Louis XII, Jules II, Léon X, François I", Ferdinand d'Aragon, lui donnèrent des preuves non équivoques de leur estime; les savants ne l'admirèrent pas moins que les princes, et plusieurs même firent pour la voir le voyage de Venise. Devenue veuve à l'itge de cinquante-six ans , cette femme savante , dans la bonne acception du mot , se retira chez les hospitalières de Saint -Dominique, à Vicence, qui la nommèrent leur supérieure, et elle y finit ses jours A l'Age de. cent deux ans, en 1567.

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La poésie eu langue vulgaire ne commença à prendre son essor qu'au xvr siècle. Enhardis par le succès du Boïardo, qui dans son Orlando inanwrato s’est joué de toutes les fictions chevaleresques comme de toutes les traditions historiques ' , les poètes vénitiens essayèrent de marcher sur ses traces, si bien qu'après la mort de l'auteur (1494) Nicolas Agostini, qui faisait avec une merveilleuse facilité des vers médiocres, voulut continuer cette bizarre épopée à laquelle il n’avait pas eu le temps de mettre la dernière main. Mais Agostini n’avait de son modèle que la stérile abondance ; l’esprit , l'imagination, l'arl, lui manquaient. Son travail n'obtint aucun succès , et il n'aurait jamais été réimprimé si l’on ne l’avait toujours placé à la suite de celui du maître. François Ludovici consacra à la gloire de Charlemagne un poëme en deux cents chants , véritable tissu de froides et pesantes digressions métaphysiques ; puis enfin parurent Cataneo avec ses Amours de Marftse, et Bernardo Tasso , de Bergame* , avec son Amadis de Gaule. C’étaient les précurseurs de Torquato Tasso !

Le Tasse! Venise est-elle bien en droit de le revendiquer au nombre de ses grands hommes et ce génie sublime et malheureux n'appartient-il pas plutôt à toute ntalie? mais quoique né à Serrante, le Tasse était issu d'une ancienne famille de Bergame, et, depuis plus d'un siècle, Bergame faisait partie de la domination de Venise en terre ferme. Félicitons-nous de ce que son nom se rattache d’une manière quelconque à l’histoire de Venise, et dès lors qu’il nous soit permis de payer à sa mémoire notre tribut de respect et d’admiration.

A l’âge de douze ans, Le Tasse accompagna son père, qui se rendait à Venise afin de surveiller l'impression de son poëme d 'Amadis; quatre ans plus tard, il se séparait de lui pour aller étudier le droit à Padoue , sous l’illustre l’ancirole. Après dix-huit mois de séjour dans cette ville, l’unique fruit de ses études fut le poëme de Renaud , dont l’apparition fit frémir le vieux Bernardo. L’auteur A' Amadis venait de dédier son œuvre à Philippe 11, qu’il espérait se rendre favorable; mais la froide réponse faite par le despote inspira un si grand découragement au pauvre poëte , qu'épouvanté de voir son fils entrer dans une si ingrate carrière , il s'opposa d'ubord à la publication de Renaud; les prières

1. Le fonds de l 'Orlando inamorato est tiré de la chronique fabuleuse de l'archevêque Turpin. Boîardo, eu le composant, crut donner une imitation de l'Iliade : l’amour de Roland pour Angélique en est le sujet ; le siège de Paris y tient la place du siège de Troie , Angélique celle d’Hélène; des nécromanciens y jouent le rôle des divinités. Les noms des personnages, Ayramante , SacriparUe , Gradasso , Mandricando , etc., etc., sont , pour la plupart , ceux que portaient des paysans employés sur les terres de railleur, noms dont on retrouve encore quelques-uns dans le pays; de môme , les sites sont ceux des environs de Scandiano ou d’autres lieux voisins qui lui appartenaient. L 'Orlando furioso de l'Ariosle n'est en quelque sorte que la continuation de ['Orlando inamorato , et la lecture de l’un est absolument necessaire pour la parfaite intelligence de l’autre.

2. Bernardo Tasso est le père de Torquato, du Tasse enlln. Son poème û' Amadis n’a pas moins de cent chants, composés d’environ cinquante à soixante mille vers; il le termina en 1519. En 1587 il publia un autre poème dans le même genre, Floridant, qui fut revu par son tils. Il a publié des égtogues , des odes, des élégies. Bernardo ne manquait pas d'imagination ni de talent poétique, * mais son successeur l’a complètement éclipsé.

de ses amis l'emportèrent enfin , et le vieil athlète pennil à Torquato de descendre dans la lice. Les applaudissements unanimes , les éloges donnés à la régularité du plan, à la marche de l'action , à la pureté du style , au mérite d’une composition si étonnante pour un jeune homme de dix-sept ans, achevèrent de le consoler en flattant son orgueil paternel... Mais notre intention n'est pas de tracer la biographie complète du Tasse, ni l'histoire de ses travaux et de ses malheurs, tout le monde les sait; qu’il nous suflisc de dire que sa Jérusalem délivrée, son plus beau titre de gloire, devint si populaire à Venise que, pendant plus de deux siècles, les gondoliers ne connurent d’autre chant que les strophes de ce poème. En célébrant les croisades et notre Godefroy de Bouillon , le Tasse introduisit le sentiment moderne dans le cadre de l'épopée antique; il sut trouver un milieu entre la variété désordonnée de l'Arioste et la sévère simplicité d'Homère. «Le sujet de la Jérusalem, dit Voltaire, est le plus grand qu'on ait jamais « choisi, et le Tasse y a mis autant d’intérêt que de grandeur; tout y est lié « avec art ; il distribue sagement la lumière et les ombres ; il s’élève au-dessus « de lui-même de livre en livre. »

Parmi les autres épopées qui enrichirent la littérature vénitienne, nous placerons en première ligne l 'llalia libcrala (la Gollti ou le J riomphe de Bélisaire, par Trissino , vaste sujet auquel les événements contemporains 1 donnaient une grande actualité . et qui s'il eût été exécuté avec un véritable talent serait bientôt devenu |H>pulaire en Italie ; la gloire du Trissino se réduisit à avoir produit un ouvrage plus généralement estimé que lu ; ses digressions sont trop longues et ses épisodes dénués d'intérêt. Quoique l'oMarn rima fût consacrée à l'épopée, il écrivit son poème en tercets , et ce n’est guère que cette singularité qui lui conserve des lecteurs. Louis Dolce, qui le suivit dans la carrière, est le plus fécond des poètes épiques vénitiens, mais aussi l'un des moins remarquables. On a de lui quatre autres œuvres dont il suffira de nommer les héros pour faire comprendre combien peu ils offrent d'intérêt ; ce sont : Sacripante, Prima-Leone, Achille Énée, l'inévitable Koland. Enfin, nommons encore Oliviero, qui chanta la victoire de Charles-Quint sur la ligue de Smalkalde ; Jean-Fratta , les exploits des chevaliers de Malte; Camille Pancetti , la victoire des Vénitiens sur la flotte de Pépin, conception heureuse dans laquelle il a su grouper avec art tous les événements glorieux de son pays.

Ou le voit, après le Tasse la poésie épique n’a que d'ohscurs représentants à Venise; mais n'en est-il pas de même chez tous les peuples? Combien d'épopées vraiment dignes de ce nom compte-t-on aujourd'hui ? Ces grandes créations n'apparaissent guère que dans la jeunesse des nations , et semblent même au-dessus de la conception d'un seul homme; car une épopée, X Iliade ou XÉaéide , par

1. Trissino riait de Vicence et vécut de 1 178 à 1550; il mit vingt années à la composition de son poème.

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exemple , renferme le génie entier d’un peuple , d’une époque, d'une langue , et la conquête d’un nouveau monde intellectuel! Et les œuvres qui satisfont à de (elles conditions sont nécessairement très-rares.

Dans un ordre moins élevé, la poésie vénitienne ne le cède en rien à celle de l’Italie entière : les poètes lyriques, élégiaques, didactiques, les sonnétistes, les satiristes, elle les compte par centaines; il n’y a pas eu d’événement quelque peu digue d’attention, il n’y a pas eu de paix ou de guerre , d’élévation ou de chute , de mort ou de naissance , qui n’aient excité la verve d’une foule de rin leurs : l’exaltation des doges, principalement, ne manquait jamais de produire une avalanche de productions éphémères: éloges, odes, dithyrambes, anagrammes, sonnets en l’honneur du nouvel élu, et surmontés de ses armes, fatiguaient tous les regards, assourdissaient toutes les oreilles. Sans donc nous occuper davantage de ces poètes de circonstance , tout au plus bons à faire connaître l’esprit de diverses époques sur lesquelles ils n’avaient aucune influence, nous terminerons ce chapitre par un rapide coup d’oeil sur le genre de poésie qui exerce chez tous les peuples l’action la plus profonde, la plus active, c’est-à-dire par la littérature dramatique.

On sait tout ce que la renaissance du théâtre doit à l’Italie; on sait que l'Italie eut la glorieuse initiative de cette restauration, bornée d’abord à de grossières ébauches empruntées à l'Écriture sainte, telles que la Passion de Jésus-Christ , la Création du monde, ou le martyre de quelque saint. Dès les premières années du xiii* siècle on y trouve des traces de ces étranges exhibitions, tandis qu'en Franco, elles n’apparaissent guère qu'au commencement du xv* siècle ou tout nu plus à la fin du xiv; puis vinrent des imitations des tragédies grecques , et Grégoire Corraro, issu d’une famille patricienne de Venise, fut un des première à entrer dans cette voie. En 1440 , Corraro traita fort habilement le sujet de l'rognc ; mais la langue dont il se servit (le latin) l’empêcha d'acquérir la popularité qu’il méritait. En 1514, Trissino, de Viccnce, fit un pas immense: sa Saphonitbe', écrite en italien et en vers, est la première tragédie régulière et dans le goût classique qui ait été représentée en Italie : le théâtre de Vicencc , où elle fut jouée d'abord, s’honore donc d’avoir vu renaître et mettre en pratique la règle des trois unités. Ce poème n’est pas moins remarquable par une grande innovation, celle des vers non rimés, dont on n’avait pas encore fait usage et qui furent généralement adoptés par les italiens : Louis Dolce, de Venise; François Kozza, de Candie; Sperone-Speroni Grattarola de Salo: Jérème et Orsato Jusliniani, entrèrent dans cette nouvelle carrière, et reproduisirent sur les théâtres de Venise , de Padnue ou de Vicence , la plupart des sujets traités par Euripide, Eschyle ou Sophocle. L’enthousiasme qu’excitaient les représentations s'accrut

I . La Sophonitbe du Trissino fut reproduite sur le Théâtre-Français pir Msiret , Lagrange-Chance! et Voltaire. Ce sujet appartient à l'histoire de Carthage.

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ù tel point, que Palladio fut obligé d'ériger simultanément deux théâtres imités de ceux d'Athènes et de Rome antiques. L'inauguration de celui de Vicence fut faite par l 'Académie olympique de cette ville, qui représenta YOEdipe grec, traduit parOrsato Justiniani; Louis Grotto, auteur dramatique lui-méme et aveugle, y joua le rôle du principal personnage , du moins pendant les dernières scènes , celles où le lils de Laïus rentre en scène après s'ôtre arraché les jeux; mais cette complaisance de l'académicien contribua moins nu succès de 1a pièce que l’espèce de délire qu'inspiraient de telles nouveautés'. On était sur la bonne voie; il ne s'agissait plus que d'j’ persévérer pour acquérir le mérite de l’originalité. Malheureusement le drame pastoral, genre faux et maniéré trop bien d'accord avec les tendances de la société italienne, commençait à prévaloir, et le mauvais goût vint entraver les bonnes études. Entraînés par l'engouement général, les auteurs les plus distingués sacrifièrent sur ces nouveaux autels, cl le Tasse tui-mème écrivit YAminta, restée le modèle du genre malgré le Pastor fido du Guariui ; Isabelle Andrcini , de Padouc, lit jouer avec succès son Myrtille; les autres ne méritent pas d'être cités*.

1. Lorsque. Henri III visita Venise, ou représenta devant lui des comédies qui lui parurent si agréables qu'il lit venir en France une troupe tle comédiens vénitiens pour donner le plaisir de ce spectacle aux États de Blois. Ces comédiens ayant été arrêtés par des huguenots, le roi paya leur rançon, et ils ouvrirent leur théâtre daus la salle même des États en 1577 ; le prix des places était d'uri demi-lésion ( 10 sous). L'aunée d'après, toujours sous la protection du roi, la troupe vint s'établir à Paris , rue des Poulies , bétel du Petit-Bourbon.

2. Il est impossible de s'occuper de la littérature vénitienne sans mentionner le nom d'un bonime qui, quoique étranger à Venise, y exerça une grande influence par ses écrits , son audace sou immoralité ; cet homme qu’il serait difficile de ranger dans aucune catégorie d’écrivains, car il aborda tous les genres indistinctement ; cet homme qui fil métier de la diffamation , dont les louanges étaient taxées, et qui est comme le représentant de la licence et des vieilles mœurs dissolues de Yeuise, c'est l’Arétin! Chassé d'Arezzo, sa |»alrie, puis de Rome et de .Milan, il vint se réfugier à Venise en 15*8. De là , comme d’une place inexpugnable , il se mil à lancer des satires, des pamphlets , des éloges, des outrages à tous les princes duTEnrope ; il les bafouait, et cependant il leur indiquait le moyen d’apaiser sa fureur; c'est ainsi qu'il obtint des sommes énormes de François 1er et de Charles-Quint, qu'il célébrait cl insultait tour à tour. « J'ai enfin , disait-il avec l'im- « pudence qui lui est propre, trouvé le moyen de gagner mille écus d’or avec une houlei Ile d’encre « el une rame de papier! » Ses sœurs les Arétines , qui exerçaient publiquement le métier de courtisanes, le servaient admirablement en lui racontant toutes les confidences que leur faisaient les liants personnages qui les fréquentaient. Les ouvrages de dévotion que composa l'Arétin , au milieu de ses plus révoltantes obscénités , le réconcilièreul avec la cour de Rome, el alors il eut l'impudeur de solliciter le chapeau de cardinal , qui , pour l'honneur de l'Église, lui fut refusé. Indépendamment de quelques écrits ascétiques et de scs innombrables pamphlets, les œuvres de l'Arétin se composent de cinq comédies pleines de sel, d'une assez mauvaise tragédie, de dialogues obscène, intitulés Ragionamenti ; de seize sonnets lussuriosi , de Rime , Stanxi , L'apiloli , les uns remplis de louanges, les autres satiriques ou obscènes, el enfin de quelques épopées non achevées. L’Arétin, près de mourir, ayant reçu l'extrême-onction, dit en riant ce vers que la lioulTonncrie italienne rend peut-être moins impie qu’il ne le parait :

Guaniale ini *la’ tupi , or rbè son unio.

Préservez -moi «les taupes, maintenant je suis oint.

D’autres disent qu’il mourut subitement, d’une chute à la renverse faite en éclatant de rire sur sa chaise, au récit des tours et des aventures de ses dignes sœurs. Quoi qu’il en soit de ces deux versions, la mort de l'Arétin fut aussi ignoble que sa vie.

LES SCIENCES ET I.ES LETTRES

Opcndant, un homme d’un talent éminent, le marquis Sripion Mniïei, de Venise, impatient de voir ses compatriotes se traîner à In remorque des anciens, voulut leur montrer que le théâtre moderne pouvait voler de ses propres ailes , vivre de ses propres inspirations , et il créa Mérope. Les premières représentations de ce chef-d'œuvre tirent oublier les ouvrages du même genre qui l'avaient précédé; dans tous les théâtres de l'Italie de nombreux spectateurs accueillirent avec enthousiasme le tableau des souffrances de Oesphonte ; et encore aujourd'hui, même après Alfieri, les bons esprits trouvent du charme à la lecture de celte belle tragédie*. La foule des imitateurs suivit de près, et l’ère de l'indépendance brilla [>our la scène tragique. MatTei tenta également d’épurer la comédie; mais ce nouvel honneur était réservé à Goldoni. Montrons d'abord dans quelle voie s’était engagée avant lui ce côté de l’art dramatique.

L'èsprit caustique des Italiens, leur continuelle habitude de la place publique, le laisser-aller de toute leur vie, avaient insensiblement introduit sur le théâtre une espèce de composition improvisée qui tenait le milieu entre la farce des bateleurs et la comédie satirique; le costume et le masque des |>crsonnagcs , leur caractère et leurs gestes étaient devenus tellement populaires, qu'il n’était besoin d’aucune indication pour expliquer le but de la pièce et les différents rôles. Passons-les successivement en revue.

C’étaient d'abord les Zanni , dont nous avons fait les Scapins et les Arlequins : leur habit, qui n’appartient à aucune nation, se composait de morceaux de drap rouge, bleu, orange et violet, coupés en triangle et assemblés comme s'ils formaient une seule et même étoffe. I n petit chapeau couvrait à peine leur tète dénudée; un masque noir et court, percé de deux trous pour les yeux, leur cachait entièrement la ligure. Le Zantic provoquait le rire par le son de sa voix, par ses grimaces et scs contorsions; primitivement son caractère était celui d'un idiot affamé , mais on finit par lui donner un peu d'esprit et de courage. Après lui se présente le Grazziano Dottore , le capitaine Spaveulo, Pedrolino (notre Pierrot ) , Pantalon/-, Pulrinclla (devenu le Polichinelle français), les Scaramucci, Gian- //urgolo , Don Pasquale, et une foule d'autres types, qui résumaient en eux les travers et les ridicules de toutes les classes de la société ou des habitants des diverses contrées de l'Italie.

Les Zanni remplissaient les rôles d'Arlequin ou de Scapin, et ils parlaient le bergamasque, à cause de la prétendue analogie de leur caractère avec celui de la population des vallées de Bergamc, qu'on supposait composée de gens ou tout à fait idiots ou complètement rusés. Le Grazziano Dotlore , affublé d’un nez gigantesque, parlait bolonais pur allusion â sa patrie : il avait le privilège de dire gravement et scientifiquement les plus énormes balourdises. Le capitaine Sparento, parlant un espagnol mêlé de milanais et de napolitain , représentait d’une

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