‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 11 sur 60 · DÉCRET DE RÉSISTANCE DU 2 AVRIL · texte numérisé non relu

DÉCRET DE RÉSISTANCE DU 2 AVRIL

Les élections des représentants du peuple à Venise furent un triomphe pour le gouvernement. Les noms de Manin et de Cavedalis obtinrent la majorité des suffrages dans toutes les circonscriptions. Le jour de la convocation de l'assemblée (15 février 1849), Manin lit l'exposé de la situation intérieure et rendit compte des rapports de Venise avec les États italiens et les puissances étrangères. Après la lecture de ce message favorablement accueilli, les députés procédèrent à la nomination d'un président. Tommaseo d'abord élu, refusa en désignant au choix de ses collègues Calucci, qui fut nommé. Les jours suivants se passèrent en discussions administratives sur la forme et le degré d'autorité qu'on devait donner au nouveau gouvernement.

Depuis la proclamation de la république à Rome , l'idée d'une constituante italienne agitait tous les esprits à Venise. Les hommes raisonnables avaient mis leur confiance dans le patriotisme de Manin, et attendaient qu'il prît l'initiative; mais ceux que la fièvre politique poussait toujours au delà des limites de la raison ameutèrent le peuple. Un soir, on vit tout à coup la foule inonder la place Saint-Marc et défiler avec des torches allumées et des drapeaux, en criant ; Mort aux Autrichiens! vive la constituante italienne!

vive la Hongrie! Ce cortège bruyant se dirigea sous les fenêtres du palais ducal, oiî siégeait rassemblée. Là, il demanda Manin à grands cris. Le triumvir parut : (( Je n'ai plus besoin, dit-il, de développer ici mes opinions, je l'ai fait en mars, en juillet et en août; je n'ai rien à ajouter aujourd'hui à mes paroles d'alors. Tout ce que je vous demande, c'est de rester unis, car celui qui chercherait à semer des divisions de parti quand l'ennemi est à vos portes serait un traître plus dangereux cent fois que les Croates. » A ces mots, le peuple, au lieu de se calmer, continua ses vociférations. Manin reprit : « J'entends encore le cri de Mor^t aux Autrichiens! Vous oubliez que nous ne tuons nos ennemis que sur le champ de bataille et jamais ailleurs. En attendant que nous en soyons arrivés là, respectez en vous la gloire jusqu'ici pure de la pauvre Venise. Et si vous m'aimez, si vous êtes vraiment Italiens, dispersezvous (se me amate, e se siete Itialiniy sgombrate), » Une heure plus tard, la place était vide. Le lendemain matin , le peuple de Venise lisait à son réveil la proclamation suivante ; elle est assez originale pour que nous la reproduisions ici tout etitière : « Frères, vous m'avez causé hier une grande douleur. Sous prétexte de me témoigner votre attachement, vous avez fait beaucoup de tumulte , et vous savez cependant que je le déteste. L'assemblée de vos représentants s'en est indignée, et elle a raison, car vous aviez l'air de vouloir compromettre la liberté de ses délibérations. Tenez-vous sur vos gardes, parce qu'il y a certainement parmi vous des agents secrets qui vous excitent à troubler l'ordre public, afin de souiller la bonne renommée que vous vous êtes acquise et de favoriser la rentrée des Autrichiens à l'aide de

nos discordes civiles. Puisque vous dites que vous m'aimez y je vous conjure de me donner par des actes la preuve de cet amour. Écoutez ma voix qui vous prêche la concorde, non pas depuis aujourd'hui, mais depuis onze mois. Ayez à cœur mon honneur, le vôtre, celui de notre chère patrie. Que demain il n'y ait autour du palais où siège l'assemblée ni cris, ni applaudissements , ni désapprobation , ni rassemblements. Restez dans vos maisons, dans vos ateliers. Ayez confiance dans l'assemblée et dans le gouvernement. Je vous en supplie instamment, avec l'espoir que vous ne serez pas sourds à ma voix. » L'influence de Manin pouvait tout sur Venise, car, bien que les esprits fussent toujours très-surexcités, les jours suivants s'écoulèrent dans le plus grand calme'. Le 7 mars 1 849 , l'assemblée des représentants , répondant aux vœux du peuple, nommait un chef du pouvoir exécutif, avec titre de président, dans la personne de Daniele Manin. Elle lui accordait en même temps pleins pouvoirs pour la défense intérieure et extérieure du pays. Manin inaugura aussitôt son nouveau gouvernement, en appelant auprès de lui ses anciens collègues, Cavedalis et Graziani , auxquels il confia les départements de la guerre et de la marine.

Ce fut vers cette époque qu'on reçut la nouvelle officielle de la dénonciation de l'armistice faite par Charles-Albert. Ce prince , voulant tenter une seconde fois la fortune des armes , donna au général Chrzanowsky le commandement en chef de ses troupes. Ce choix était malheureux dans un pays qui comptait des officiers généraux distingués j les deux frères la

* Voy. les détails de cette journée dans les Mémoires de Debrunner,

Marmora par exemple , et il eut une fatale influence sur Tissue de la guerre. On a attribué à Manin une grande part dans cette détermination subite du Piémont à reprendre les hostilités. On a prétendu que les relations entre Venise et Turin , violemment interrompues au moment de l'armistice Salasco , s'étaient renouées plus intimes que jamais à l'avènement au pouvoir sarde d'un ministère démocratique. Ceci n'est pas exact; la présence d'un Vénitien, ancien ami de Manin , dans le gouvernement du roi de Sardaigne , n'aurait pu faire pencher la balance du côté des idées guerrières si le conseil tout entier n'eût été de cet avis. Sans doute le président de la république vénète dut applaudir à la résolution du Piémont; c'était une éventualité de plus en faveur de la liberté italienne. Mais il n'a jamais cherché , comme Ta cru un savant historien \ à égarer l'opinion du gouvernement sarde en exagérant à dessein dans sa correspondance officielle la faiblesse de l'armée de Radetzki. C'eût été un acte de déloyauté dont le cœur de Manin était incapable. Enfin au point de vue même de l'intérêt bien entendu de l'Italie , quel avantage Manin aurait-il pu tirer, nous le demandons, de ces faux renseignements? Aucun , si ce n'est la certitude plus grande encore qu'il ne l'avait de la prompte défaite de l'armée sarde. Le général Pepe lui-même , qui était en correspondance directe avec le roi et ses ministres et leur envoyait force plans de campagne, fut laissé dans l'ignorance la plus complète des projets d'attaque de Charles-Albert. Le commandant en chef des troupes vénitiennes avait conçu pour son propre compte un projet qui ne manquait ni d'habileté ni de

* Lemasson.

hardiesse. C'était de sortir des lagunes avec tous les bataillons dont il pouvait disposer sans compromettre la sûreté de Venise et d'aller se réunir à la hauteur de Rovigo à une division romaine qui s'y trouvait au nombre de dix à douze mille hommes. Ainsi opéré, ce rassemblement de forces aurait pu facilement en reportant plus loin la ligne d'attaque des Autrichiens exciter une nouvelle insurrection sous leurs pas et les refouler sur TAdige. Dans ce but , Pepe s'embarqua pour Chioggia le 19 mars avec huit mille hommes et douze pièces de campagne. La population de Venise salua son départ par d'unanimes félicitations. A l'entendre, à la voir si enthousiaste, accompagner les troupes , on eût dit qu'elle présageait pour ses nobles frères d'armes une longue série de victoires. Un premier engagement eut lieu à Couche où Pepe après un combat de deux jours poursuivit l'ennemi jusque sur les collines de Sainte-Marguerite. Mais du côté du Piémont , la guerre n'obtenait pas le même succès. Le 23 mars 1849 pendant que Venise célébrait avec des transports de joie inouïs l'anniversaire de la fondation de sa nouvelle république, Charles-Albert perdait du même coup la bataille de Novare , la couronne du Piémont et la cause italienne. Le soir même de cette fatale journée , si justement appelée par le général de Laraoricière le VS^aterloo de la péninsule , le roi vaincu abdiqua en faveur de son fils qui dut conclure et signer à la hâte les préliminaires de la paix imposée par Radetzki. Le lendemain Charïes-Albert, désespéré de n'avoir pu trouver la mort qu'il avait constamment cherchée la veille sur le champ de bataille , prit tristement la route de l'exil et alla, comme autrefois Charles-Quint, se retirer dans un couvent, où échangeant l'uniforme du soldat

contre le froc du moine, il devait bientôt mourir de langueur et de chagrin. Devant cette étrange fin et cette grande infortune si patiemment supportée , nous laissons à d'autres le triste courage de jeter l'insulte à la mémoire de ce prince. 11 repose aujourd'hui dans l'antique abbaye de Hautecombe, sur les bords du lac du Bourget. Ne troublons pas le recueillement de cette tombe royale! La postérité, moins passionnée que ses contemporains , jugera Charles-Albert avec l'intérêt qui s'attache toujours aux rois malheureux , et elle dira que si l'esprit de ce descendant d'une illustre race fut étroit et faible, son courage dans les combats était fort et l'eût rendu digne d'un sort meilleur.

Le 27 mars , le général Haynau , qui remplaçait le feld-maréchal Welden , passé au commandement de l'armée de Hongrie , écrivit de Padoue au gouvernement vénitien pour lui donner communication de l'armistice et l'engager à faire , pendant qu'il en était temps encore, une soumission à des conditions honorables , car plus tard , ajoutait le général autrichien , vous ne les obtiendrez plus. Manin convoqua aussitôt l'assemblée et lui lut en comité secret l'arrogant message du commandant ennemi. A peine cette lecture fut-elle achevée que les députés prirent la décision suivante : « Sous la présidence du citoyen Minotto , l'assemblée des représentants de l'État de Venise a décrété à l'unanimité au nom de Dieu et du peuple : « Venise résistera à tout prix aux Autrichiens. » Dans ce but Manin est revêtu d'un pouvoir discrétionnaire. » Le président de la république envoya donc au général Haynau , en réponse à sa sommation du 27 mars, la copie de ce décret de résistance datée du 2 avril. Lorsque Manin sortit de l'assemblée il fut applaudi

comme il ne l'avait peut-être jamais été. L'armée , la marine , la population répétaient avec frénésie h Oui, oui, à tout prix (ad ogni costo). Ce noble peuple voulait montrer par là combien il approuvait l'énergique décision de ses représentants. » Un drapeau rouge , signe de guerre à mort , fut arboré sur la tour de Saint-Marc. Puis on frappa une médaille destinée à perpétuer le souvenir du 2 avril 1849. Cette médaille représentait d'un côté Venise défendant le drapeau de l'indépendance; elle portait de l'autre le décret de résistance. La Gazette d'Augshourg\ en rendant compte de cette mémorable journée , ajoutait encore : « C'était un spectacle sublime de voir ces hommes de tous les âges , de toutes les conditions , s'embrasser en pleurant et jurer de mourir plutôt que de céder. » Le général Pepe, arrêté dans sa marche victorieuse par les revers du Piémont à Novare , rentra à Venise le 3 avril pour se consacrer uniquement à la défense de l'Estuario (on appelle ainsi tout le territoire des lagunes). La situation de la ville était loin d'être désespérée. La Hongrie, toujours debout, menaçait par ses succès continuels l'existence même de l'empire d'Autriche. Paris, sans cesse agité, pouvait encore, par un de ces revirements si fréquents dans la politique, voir surgir un gouvernement favorable à la cause italienne^ et Rome, par contre-coup, pouvait espérer sa délivrance et venir tendre la main aux soldats bloqués dans les lagunes. Manin calculait avec sang-froid toutes ces chances et s'efforçait de se les rendre favorables. Le 20 avril, il préparait les bases d'une alliance offensive et défensive entre l'État de la Hongrie et le gouvernement de Venise, Le 20 mai,

•Numéro du 22 avriH 849.

celte convention fraternelle contre un ennemi commun était signée au camp de Duino par les plénipotentiaires des deux pays \ Voici en quels termes Louis Kossuth avait annoncé à Daniele Manin ses intentions amicales ; le rapprochement de ces deux noms a déjà en soi quelque chose d'assez significatif pour autoriser cette citation : « Excellence, les événements bien connus de T^^nnée dernière, la trahison de la dynastie autrichienne envers la Hongrie et principalement l'invasion des Russes invoquée par la cour de Vienne contre ses propres sujets, ont décidé l'assemblée nationale de la Hongrie séant à Debreizen à proclamer l'indépendance entière du pays. En même temps , le soussigné eut l'honneur d'être nommé et installé par la volonté du peuple gouverneur de l'État hongrois et chef suprême du pouvoir exécutif. Le soussigné se fait un devoir et un plaisir de communiquer ces événements à Votre Excellence , espérant bien que la république de Venise cultivera les relations d'amitié qu'un but et des intérêts communs exigent entre deux gouvernements placés à la tête de deux peuples libres, et combattant tous deux contre la même tyrannie. » Est-ce illusion, est-ce engouement de notre part? toujours est-il que nous ne pouvons nous défendre d'une certaine émotion à la vue de ces deux grands citoyens, Manin et Kossuth, se tendant une main amie à travers la distance et cherchant ensemble les moyens d'accomplir l'affranchissement de leur patrie. Ces deux hommes politiques, les premiers de notre temps par l'intelligence et le cœur, tous deux aujourd'hui en exil, qu'ont-ils donc fait pour mériter leur sort? Ont-ils commis quelque

* Voy. le texte de cette convention aux documents.

lâche action ? Ont-ils manqué à leur serment ? Ont-ils dépouillé quelqu'un ? Ont-ils préféré leur intérêt personnel à l'intérêt de leurs concitoyens? Non, ils n'ont rien fait de tout cela. Mais ils ont fait cent fois plus mal aux yeux de certains esprits politiques, car ils ont reconquis et soutenu, au prix de leur sang, la dignité, l'honneur et l'indépendance de leur pays. 11 paraît qu'il existe au xix® siècle une morale supérieure à toutes les doctrines de la philosophie et de la religion, une morale diplomatique enfin, qui condamne et flétrit le patriotisme et le dévouement. Les apôtres de cette mbrale singulière , anciens libéraux pour la plupart, sont aujourd'hui les partisans fanatiques des traités de 1815 , et c'est au nom de la paix européenne qu'ils font de l'Italie un foyer perpétuel de révolutions en lui imposant perpétuellement le joug de l'Autriche.

Le 25 avril, Venise célébra la fête de son protecteur, de son évangéliste, de sa cathédrale, la fête de son passé , de son avenir, de ses gloires et de ses libertés, la fête de saint Marc; car saint Marc, pour les Vénitiens, représente tout cela. Quand les cérémonies militaires et religieuses furent terminées, quand les derniers grains d'encens brûlés sur le maître autel delà sainte basilique eurent disparu dans l'air, quand les derniers vivats et les derniers cris de joie de la foule eurent cessé de retentir, celui qu'on surnommait le père de la patrie (padre délia patria), Manin, adressa au peuple les paroles suivantes : « Citoyens, quiconque persévère, triomphe! Nous avons persévéré et nous triompherons. Répétons ensemble encore aujourd'hui ce cri : Vive saint Marc! qui, pendant tant de siècles a retenti sur la mer au milieu des victoires et des tempêtes. Oui, nou^ triompherons si nous met-

tons en saint Marc et en Dieu toute notre confiance. » Cette soirée-là, émue par les fêtes de la journée , la foule répéta le cri de son dictateur : Vive saint Marc! puis elle rentra paisiblement dans ses foyers pour se préparer à de nouveaux sacrifices^ à de nouveaux combats.

Le lendemain, Manin, à qui les fêtes ne faisaient pas oublier les malheureux, alla visiter l'hôpital civil. Une vieille femme du peuple , accablée par les souffrances, était à l'agonie. Au moment où le dictateur de Venise s'approcha de son lit, lui adressant quelques paroles de consolation , cette femme reconnut tout à coup le chef de la révolution qu'elle avait souvent applaudi sur la place Saint-Marc. Elle le regarda fixement , et , dans un suprême effort , elle lui dit : « Bien plus que mon salut, c'est la liberté de l'Italie que je désire. » Manin ne répondit point, mais il lui saisit la main et la baisa avec respect. Quelques minutes plus tard la pauvre malade expirait.

Vers la fin d'avril, lorsque Brescia, après dix jours d'une résistance sans exemple dans l'histoire italienne, eut été littéralemennt réduite en cendres, et que Haynau, son impitoyable vainqueur, fut las de l'incendie et du massacre \ il reçut l'autorisation de transporter à Papadopoli , près de Mestre, son quartier général. C'était, entre tous ses officiers, celui que l'Autriche jugeait le plus digne de triompher de l'opiniâtreté de Venise. Jusque-là, cette vaillante cité n'avait rencontré, dans le lieutenant-maréchal Welden, qu'un ennemi loyal, très-redoutable pendant le combat, mais plein d'humanité et de justice après la victoire. L'arrivée du baron Haynau, appelé devant Ve^

' Voy . les Mémoires du général Pepe à ce sujet.

nise pour inspirer, disait-on , un salutaire effroi à ses défenseurs, leur apprit seulement à connaître la différence qui existe entre le cœur d'un soldat et celui d'un bourreau. Trente mille hommes, formant le second corps de réserve de l'armée autrichienne , entourèrent à la fois les lagunes avec un immense parc d'artillerie et tout le matériel nécessaire pour un long siège. Dans le même temps, l'escadre de l'amiral Dahlrup reparaissait, bloquant Venise du côté de la mer. C'est à partir de cette époque que l'investissement de Venise peut être considéré comme complet. L'ennemi, ne pouvant attaquer le fort de Treporti ni celui de Brondolo, commença un siège régulier contre la troisième entrée de Venise, c'est-à-dire contre Malghera. Ici quelques détails étant nécessaires pour la clarté de notre récit, nous les empruntons au livre d'un officier suisse, qui a soutenu avec distinction toutes les luttes du siégea « Malghera, le plus important des nombreux forts des lagunes s'élève sur la côte marécageuse de la terre ferme, à cinq kilomètres et demi nord-ouest de Venise à laquelle il sert de tête de pont. C'est une forteresse artificielle construite par Napoléon de 1808 à 1810. Originairement elle était destinée à maintenir ouverte la communication de Venise avec la terre ferme par l'intermédiaire du canal de Mestre. Aujourd'hui , au moyen du pont du chemin de fer, Malghera peut servir de base et au besoin de refuge à une armée opérant sur la terre ferme. Ses avantages consistent : l"* En ce qu'elle est située dans une position isolée et qu'elle ne renferme pas de population étrangère à la garnison ; 2" qu'elle se trouve au milieu des marais et des submersions de i'Osellino ;

* Debrunner.

3'' qu'elle ne peut être attaquée du côté de Venise , et que, au moyen de sa communication avec cette ville, il est toujours possible à Malghera de tirer de là des troupes, des armes, des munitions et des vivres. Enfin, le dernier avantage, qui n'est pas le moins grand, consiste en ce que^, lors même qu'elle serait prise, cette forteresse n'entraînerait pas la perte de Venise, attendu que les lagunes sont protégées par une petite flottille presque invincible et par les forts de la seconde ligne de défense. La forteresse est composée de deux enceintes entourées d'eau; la première a cinq bastions, la seconde en a quatre. Trois lunettes protègent les sorties dans une troisième ligne. En tout, Malghera possède quatorze points fortifiés avec deux forts latéraux détachés, l'ancien fort d'eau, aujourd'hui fort Manin , situé à l'aile droite et le fort Rissardi, , situé à l'aile gauche. Tous deux flanquent Malghera et assurent ses communications avec Venise. Ces forts élevés par les Vénitiens depuis l'insurrection se relient à la forteresse par des voies couvertes complètement à l'abri du feu de l'ennemi. Malghera a encore deux casernes voûtées à l'épreuve de la bombe, deux grands magasins à poudre et une écurie. En dehors de la forteresse , là où le chemin de fer est intercepté, sur le canal de l'Anconetta, par la rupture du pont de pierre, est pointée la batterie des cinq arches qui en balaye toute la longueur jusqu'aux portes de Mestre. » On dit que pour être bien défendue , Malghera exige trois mille hommes et cent cinquante bouches à feu. Lorsque les Autrichiens vinrent y mettre le siège, elle comptait deux mille cinq cents hommes en état de porter les armes et près de deux cents bouches à feu. Les Vénitiens avaient exécuté depuis quelques mois d'immenses travaux de fortification pour

remettre Malghera en bon état de défense. En outre, ils y avaient amassé de grands approvisionnements; de part et d'autre enfin , l'on s'était préparé à une lutte vigoureuse.

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