‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 19 sur 60 · PIECES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIECES JUSTIFICATIVES

LB CONSUL-GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PÀLMERSTON

Milan, 31 septembre 1847.

(Extrait.)

Je regrette de dire que le sentiment d'irritation contre le gouvernement dans ces provinces, sentiment que j'ai déjà eu occasion de signaler, ne diminue pas du tout ; il y a dans les démonstrations des mécontents un ordre et un arrangement qui jusqu'ici a été à peine perceptible tandis qu'en même temps on prend grand soin que ces démonstrations ne dépassent pas certaines bornes.

Quelques jours avant l'ouverture de l'Opéra, le 26 du courant, la police publia un ordre pour que tout le monde s'abstînt de toute marque bruyante d'approbation ou d'improbation ; la représentation d'ouverture se passa presque dans un silence parfait, la tentative d'applaudissements faite par quelques personnes ayant été immédiatement étouffée par la grande majorité des spectateurs qui s'étaient entendus dans ce but.

Votre Seigneurie sait que le tabac est un monopole du gouvernement qui reçoit un revenu considérable sur la vente des cigares. On a imprimé et fait circuler à Milan un écrit, rappelant la conduite des Américains lorsqu'ils s'abstinrent de l'usage du thé, avant la guerre de l'indépendance, et engageant les Milanais à imiter cet exemple en s'abstenant de fumer des

cigares. Un grand nombre de jeunes gens de toutes classes se sont engagés à le faire, et les personnes qu'on a vues fumer ont été insultées dans quelques occasions. On m'a même assuré qu'il y a eu quelques exemples de ce fait dans le peuple luimême. Je me suis procuré une copie de l'imprimé en question que je joins à cette dépêche.

On n'a épargné aucun effort pour encourager le sentiment de nationalité, qui s'est déjà réveillé jusqu'à un certain point chez le peuple de ces provinces ; et le pays est inondé de publications sortant des presses du Piémont, de la Suisse et de la Romagne, que toute la vigilance des officiers de la douane ne peut arrêter.

J'ai fait savoir , par une occasion précédente, que les régiments en garnison dans la Lombardie ont été entièrement complétés. 11 en est résulté que tous les hommes appartenant aux régiments italiens, et qui lorsqu'on n'avait pas besoin d'eux étaient en congé se livrant à leur industrie respective, ont reçu l'ordre de rejoindre leur corps. Ceci a vivement mécontenté ces hommes, mais leur mécontentement est dirigé non contre le gouvernement , mais contre l'aristocratie ; car ils ont appris à croire que la conduite de l'aristocratie envers l'autorité est le motif de leur rappel. Je suis loin de dire que le gouvernement encourage ou fomente ce sentiment parmi les classes inférieures, mais on ne peut supposer qu'il s'aperçoit avec mécontentement de son existence.

( Annexe. ) Jeunes Lombards î

L'année qui s'annonce prépare de nouvelles destinées à l'Italie. Les mains pressent les mains avec une plus grande cordialité, et au milieu de Tharmonie la voix est grave comme le son d'un vœu religieux. Mais quoique le temps prépare les événements, la volonté du brave seule les accomplit.

Quand les compatriotes de Washington, oppressés par la tyrannie anglaise, convinrent de proscrire l'usage du thé, afin d'éviter le payement de la taxe imposée par l'avide Angleterre, ce fut un splendide exemple de concorde, et de l'invinci-

ble valeur qui, par la suite, triompha dans la guerre de Pindépendance. Jeunes gens ! notre pays est maintenant comme l'Amérique, dans une situation difficile ; mais parmi les fardeaux qui l'accablent, les taxes volontaires sont en notre pouvoir. Les compatriotes de Franklin abandonnèrent tous l'usage du thé; imitez-les ; à partir de ce jour ne vous servez plus de tabac; que ceci ne soit pas un vain désir, mais un devoir, un effort, un signe de concorde et d'union.

Ne raillez pas ces petites choses qui préparent l'esprit à de plus grands et à de plus pénibles sacrifices. Soyez résolus, le peuple qui vous entend parler de patriotisme a besoin d'exemples et de sacrifices , car il est lui-même habitué à agir sérieusement.

Que quiconque veut agir par lui-même abandonne ses coutumes étrangères; la fumée de tabac est mauvaise pour la santé, et ne s'allie pas avec la douce émanation des fleurs de l'Italie. Qui osera dire que cette habitude est devenue une nécessité pour les Italiens ? La véritable nécessité pour un peuple qui se lève, c'est d'aimer son pays, et de faire pour lui tout le bien possible.

(Suivent les signatures.)

LE CONSUL-GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON. (Reçue le 10 janvier 1848.)

Milan, 31 décembre 1847.

Milord,

Votre Seigneurie sait que quand le Royaume lombard-vénitien fut constitué, le dernier empereur François, dirigea pendant l'année 1815, l'organisation de deux espèces d'assemblées de représentants, dont la plus haute fut appelée Congrégation centrale ; une pour chacun des Gouvernements de Milan et de Venise, et la seconde Congrégation provinciale, une pour chacune des dix-sept provinces du royaume. Ces assemblées sont composées par moitié de nobles et de pro-

priétaires, le délégué de la province est le président de la Congrégation provinciale, le gouverneur de Milan ou celui de Venise préside la Congrégation centrale. Les membres sont élus par les conseils communaux et par les bourgs royaux, le gouvernement ayant droit de veto sur les élections. La Congrégation centrale est invitée à communiquer les désirs de la nation au souverain qui se réserve cependant le droit d'accorder ou de refuser comme il l'entend. Le président peut nommer des comités de députés pour faire des rapports sur les cas difficiles.

Se prévalant du pouvoir qui lui est ainsi conféré, pouvoir qui jusqu'ici est resté presque inactif, la Congrégation centrale de Milan a pris une décision qui a vivement ému le sentiment public. Sur la proposition d'un seul membre, M. Nazari, député de la province de Bergame, la Congrégation centrale a demandé la nomination d'un comité, pour faire un rapport sur la situation actuelle du pays et sur les causes du mécontentement existant ; le gouvernement a acquiescé à cette demande. Je joins ici une copie de la pétition de M. Nazari, adressée à la Congrégation centrale, et je prie Votre Seigneurie de remarquer le langage de ce document. Jusqu'ici M. Nazari n'a pas pris part aux affaires du pays d'une manière remarquable, mais il a toujours été considéré comme un homme indépendant et modéré. Cependant dès que cette démarche a été connue, un grand nombre d'habitants de Milan est allé déposer sa carte chez lui, en signe d'approbation. Le gouvernement est très-fâché du procédé de M.. Nazari, et surtout de lapubUcité qu'il a acquise. Aussitôt la Congrégation provinciale de Milan, prompte à suivre l'exemple qu'on vient de lui donner, rédige et adresse à la Congrégation centrale un écrit où sont esquissés les principaux griefs et les principales réclamations des habitants de la province. La substance de ces demandes est à peu près celle-ci :

Que les affaires du royaume lombard-vénitien soient désormais administrées par le vice-roi, assisté de conseillers italiens seulement; la direction des affaires italiennes ayant été jusqu'ici absorbée par le conseil aulique à Vienne , ce qui donne lieu à de grands sujets de plainte.

Que le royaume lombard-vénitien pourvoie à ses propres dépenses, et qu'il contribue, dans une proportion convenablo

avec les autres provinces, aux dépenses générales deTempire ; que les taxes soient adaptées au caractère des habitants et aux productions du pays, qu'elles soient contrôlées par les autorités du royaume qui auront le pouvoir de les augmenter ou de les réduire, et que les comptes soient publiés.

Que les comptes de la dette publique soient publiés , et que le pays soit assuré que l'on exécute les dispositions de Tarticle du traité de Vienne qui concerne le monte Napoléon.

Qu'on rende le système des douanes plus convenable pour le pays, et qu'on se base en vue de l'union éventuelle des douanes italiennes.

Que les règles de la conscription soient modifiées , et que la durée du service, qui est maintenant de huit années, soit diminuée.

Qu'il y ait une plus grande publicité pour les affaires judiciaires , et plus de sécurité contre les mesures arbitraires des autorités de police.

Ces demandes sont maintenant soumises au comité nommé pour les examiner, et fussent-elles de nature ordinaire, présentées en d'autres temps , elles seraient restées pendant des années entre les mains du comité d'abord , puis des autorités de Vienne auxquelles on les aurait ultérieurement adressées. Dans les circonstances actuelles , cette méthode dilatoire ne peut guère être suivie ; et, quoique personne ne semble imaginer la possibilité du succès de ces demandes, le pas qu'on vient de faire servira peut-être à améliorer les mesures , quelles qu'elles soient, que l'on suppose généralement soumises à l'examen du gouvernement à Vienne.

On m'a appris qu'on avait présenté à la Congrégation centrale de Venise un écrit pour l'engager à suivre l'exemple de celle de Milan ; mais, comme je vais prochainement me rendre à Venise, j'espère pouvoir donner à Votre Seigneurie de plus amples informations sur ce sujet.

J'ai, etc.

Signé Clinton G. Dawkîns.

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