‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 23 sur 60 · PROCLAMATION DU YICE-ROI DE LOMBARDIE · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DU YICE-ROI DE LOMBARDIE

Le vice-roi du rotjaume lombard-vénitien aux habitants de la ville royale de Milan :

Les dernières paroles que je vous ai adressées ont trouvé , j'en suis sûr, le chemin de votre intelligence ; je n'ai pas besoin de dire de vos cœurs, parce qu'elles parlaient du mien.

Mais on me dit que vos pensées sont inquiètes, que le trouble est dans vos familles. Je reviens donc vers vous comme un père, et comme chef suprême du gouvernement que notre souverain m'a con6é, pour vous assurer de nouveau que

si votre ville a été alarmée par un conflit , causé par des circonstances si extraordinaires , qu'on n'a pu les empêcher parce qu'elles n'étaient pas de nature à être prévues; j'ai maintenant réuni plus fermement dans mes mains les rênes de ce pouvoir qui vous défendra. Comme personne parmi vous ne peut douter que j'aie le désir d'user de ce pouvoir de manière à restaurer Tordre public, à remettre chacun dans la sphère de sa vocation , ainsi que dans les limites de son devoir ; soyez sans inquiétude , bien-aimés Milanais, et aidez par votre bonne conduite les autorités qui ont le soin de veiller à la sécurité personnelle de chacun.

Je saisis cette occasion pour répéter l'expression de mes espérances bien fondées , que les prières qui m'ont été exprimées par une voix légale , et qui ont été ou qui vont être présentées au trône, seront prises en considération par la sagesse souveraine de Sa Majesté qui les recevra favorablement.

En même temps ne faites aucune attention aux dires mensongers, habilement répandus pour entretenir l'inquiétude et la fermentation dans les esprits. Les rapports reçus des provinces de tout le royaume concourent à prouver que l'ordre public n'a été troublé nulle part.

La confiance mutuelle sera toujours la source la plus fertile du bien, ayez foi en moi comme j'ai foi en vous.

Signé Raniebi.

Milan, 9 janvier 1848.

LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON. (Reçue le 19 janvier.)

Miian, 11 janvier 1848.

Milord,

Je vous disais, dans ma dépêche du 22 décembre, qu'un régiment autrichien était entré dans le duché de Modène, et qu'un bataillon était en garnison à Modène et un autre à Reggio. Un escadron de hussards autrichiens est aussi entré dans

le duché de Modène , mais on m'a appris que le bataillon qui était à Reggio en est parti depuis pour Parme, sur la demande du duc de Parme.

Le corps de la défunte archiduchesse Marie-Louise est encore à Parme, et l'escadron de hussards qui doit l'escorter à la frontière d'Autriche est encore dans cette ville.

On m'a appris que les troupes du duc de Parme étaient entrées à Pontremoli, dont elles avaient pris possession sans opposition et sans trouble.

J'ai, etc.

iS/^we Clinton G.Dawkins.

LE CONSUL GÉNÉRàL DÀWKINS AU VICOMTE PALMERSTON. (Reçue le 28 janvier.)

Venise, 18 janvier 1848.

Milord

J'ai l'honneur d'informer Votre Seigneurie que l'exemple de la Congrégation centrale de Milan a été suivie par celle de Venise qui a demandé la nomination d'un comité pour examiner l'état du pays, afin d'éloigner les causes du mécontentement existant. Quoique les provinces venètes, ainsi que je l'ai déjà dit, aient été jusqu'ici beaucoup plus tranquilles que celles de la Lombardie , elles paraissent maintenant disposées à faire cause commune avec celle-ci , et il est surprenant d'observer le changement qui est survenu depuis peu. Quand j'ai quitté Venise au commencement de novembre dernier, tout était parfaitement tranquille, et malgré la légère émotion produite par les discours de quelques personnes pendant les séances du congrès scientifique , la société était dans son état habituel. Maintenant cependant, il en est tout autrement; les Vénitiens ont adopté le système des Milanais, et il y a à peine une maison vénitienne où l'on admette un Autrichien. Beaucoup de personnes ont pris bien involontairement cette détermination,

mais elles agissent sous un système d'intimidation qui est porté à un degré incroyable. Les personnes qu'on suppose favorables au gouvernement sont offertes à l'exécration publique, et leurs noms sont écrits sur les murailles comme traîtres à leur pays. Cependant, à part les interrogatoires constants de la police, le gouvernement paraît inactif, et il est réellement déplorable de voir avec quelles lenteurs les affaires sont traitées. L'absence de tout contrôle se fait horriblement sentir , et est admise par les autorités locales elles-mêmes qui se plaignent aigrement des retards du gouvernement de Vienne , dont elles ne peuvent pas obtenir de réponse à leurs représentations répétées. Ceci est très-évident maintenant à Milan , où des mesures décisives sont indispensables, mais oij personne ne semble savoir quel est le chef du gouvernement. Le vice-roi, le gouverneur, le comte Spaur, le commandant en chef, le maréchal Radetzki, le comte Ficquelmont, et le directeur-général de la police , exercent chacun l'autorité , sans que personne paraisse responsable des mesures qui sont adoptées. La seule chose qui aille actuellement en progression c'est l'augmentation de l'armée ; et, malgré la mauvaise saison, des troupes arrivent journellement dans ces provinces. Je crains que les troupes qui arrivent n'aient, pour la plupart , des sentiments hostiles aux habitants , sentiments qui augmenteront par le contact des troupes déjà en garnison , entre le peuple et elles il y a une grande irritation. A Milan, comme je l'ai déjà dit, ce sentiment existe spécialement, mais je ne pense pas que les Milanais méditent en ce moment rien qui ait le caractère d'une provocation ouverte. Ils paraissent au contraire préoccupés de maintenir aussi longtemps que possible leurs démonstrations dans des limites telles que le gouvernement ne puisse pas s'en mêler, mais en soit peut-être encore plus embarrassé. Si cependant une collision avait lieu entre les troupes et la population, et il faudrait peu de chose pour l'amener, les conséquences, je le crains, en seraient très-sérieuses.

Je peux ici noter une démonstration faite par les Milanais, dont personne ne se doutait avant qu'elle eût lieu. Les habitants ont la coutume de se réunir les dimanches et les jours de fête, sur une partie des boulevards appelée le Corso Francesco, qui est alors encombré de voitures et de piétons. Le dimanche 9 , premier jour de fête depuis les événements du 3, le

Corso Francesco était désert , tandis que la partie du boulevard voisine de la porte de Rome était remplie d'une foule compacte. Les Milanais ont maintenant choisi cet endroit comme promenade, et l'ont baptisé du nom de Corso Pio nono, ne fréquentant plus le Corso Francesco, ainsi nommé du nom de l'empereur François. L'unanimité remarquable qui s'est montrée dans les démonstrations faites jusqu'ici a persuadé les autorités qu'il existait un comité directeur , et on n'a pas cessé de s'efforcer d'en découvrir les membres. Cependant, quoique connaissant parfaitement les différentes personnes qui lui sont ouvertement hostiles, et qui certainement possèdent une grande influence, le gouvernement n'a pas réussi jusqu'à présent, je crois, à trouver les membres d'une société régulièrement organisée; et je ne pense pas qu'il en existe de semblable, au moins pas autant que les autorités l'imaginent.

Il y a quelques jours que des troubles ont eu lieu à Trévise , troubles dans lesquels je crois savoir que des militaires ont élé les agresseurs. Des enquêtes sévères ont été faites par les autorités miUtaires, qui ne sauraient être trop rigoureuses dans le maintien de la discipline, depuis ce qui s'est passé à Milan. APadoue aussi, des troubles qui ont commencé parmi les étudiants ont eu lieu. Quelques-uns de ceux-ci ont par suite été enlevés pour servir dans les régiments de l'intérieur, auxquels on m'a dit qu'ils appartenaient nominalement par la conscription , quoiqu'on ne les eût jamais fait rejoindre , s'ils avaient continué tranquillement leurs études.

J'ai, etc.

^igné Clinton G. Dawkins.

YI.

LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 10 février.)

Venise, 2 février 1848.

Milord,

J'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint la copie d'une notification, publiée dans la Gazette de Milan du 31 dernier, prohi-

bant rimportation et le transit dans ces provinces , de toutes armes et munitions de guerre.

De nouvelles troupes continuent à arriver dans ces provinces, et on m'assure que le total des forces que l'on veut réunir dans le royaume lombard- vénitien dépassera cent mille hommes.

( Annexe. )

Milan , 30 janvier 1848.

Conformément aux ordres contenus dans la dépêche de Son Altesse I. et R. l'archiduc vice-roi , du 29 janvier courant , on est prévenu par la présente que l'importation et le transit dans ces provinces , d'armes et de munitions de guerre , sont interdits jusqu'à nouvel ordre, à partir du jour de la présente notification.

Cette prohibition comprend les armes dans leur état complet, ainsi que les canonsde fusil, les baïonnettes, les ressorts, les bois de fusil, les sabres, les lames d'épée, les piques et les faux; et quant aux munitions de guerre, outre la poudre à canon, le nitre, les boulets de plomb ou de fer, les pierres à fusil ou les mèches.

On ne permettra l'entrée des armes et des munitions de guerre ci-dessus spécifiées à aucun des bureaux de douane de la frontière.

Signé Comte Spaur, gouverneur ;

Comte O'DoNELL , vice-président ;

D. Pagluri, conseiller du gouvernement.

(Reçue le 17 février.)

Milan, 10 février 1848.

Milord,

Le prince Pic, noble espagnol résidant à Milan, a reçu hier de la police une intimation qui lui ordonne de quitter le pays avec sa famille.

Le prince Pio résidait depuis plusieurs années dans ce pays, où il a épousé une dame milanaise d'un haut rang. J'apprends que le prince se rend à Gènes ou à Nice, ne voulant pas entreprendre un plus long voyage dans cette saison à cause de la santé délicate de la princesse.

J'ai, etc.

Signé Clinton G. Dawkins.

LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON. (Reçue le 29 février.)

Milan, 20 février 1848.

(Extrait.)

L'annonce d'une constitution octroyée au Piémont, suivant d'aussi près les nouvelles de Naples, et les récits decequi se passe en Toscane et à Rome, ont considérablement accru les sentiments d'irritation qui envahissent ces provinces, et je regrette de dire que ces sentiments deviennent plus apparents de jour en jour. Des troubles ont éclaté à Pavie et à Padoue, et pendant ces troubles le sangchaud des étudiants lésa poussés dans une rixe avec les soldats, qui de leur côté ne semblent pas disposés à endurer avec modération quoi que ce soit qui ressemble à un affront.

A Padoue l'émeute a été sérieuse, plusieurs étudiants ont été blessés ou tués, et je crois que deux soldats sont morts aussi. La majorité des étudiants de Pavie et de Padoue ont rejoint leurs foyers, et quelques-uns des professeurs de la dernière université se sont démis de leurs places. Cette affaire a causé une vive émotion dans les provinces venètes, et le podestat et le délégué de Venise se sont rendus à Vienne pour faire sentir au gouvernement la nécessité de prendre quelques mesures pour calmer l'esprit public. Les différentes versions sur l'origine de ces désordres varient si complètement, chaque parti rejetant sur l'autre le blâme de la provocation qu'il est presque impossible, excepté à un témoin oculaire , de connaître exactement les faits. Il est certain que, dans la plupart des villes, on saisit toute occasion d'insulter ou de maltraiter les soldats, quand ils sont seuls ou en petit nombre. Deux ou trois luttes ont eu lieu à Milan. Dans une de ces luttes, un jeune officier a été attaqué pendant la nuit, par trois personnes armées de cannes, mais quoique fortement battu, il a réussi à en blesser une qui a été arrêtée. Dans un autre cas un homme a tiré un coup de pistolet sur deux officiers qui se promenaient le soir dans les rues. Dans ces deux exemples, les officiers ne paraissent pas avoir été les provocateurs, mais ici encordes deux versions diffèrent entièrement. Les militaires, naturellement irrités et exaspérés par de pareils traitements, sont peut-être conduits à prendre un air de défi, et ainsi on est des deux côtés égalemeut prêt à prendre tout pour un affront ; on peut donc s'attendre à des collisions constantes dont la vigueur ne fait qu'accroître et qui pourront amener des résultats très-sérieux. 11 n'est donc pas facile de prévoirie terme de cet état de choses, qui produit les effets les plus désastreux pour la prospérité du pays. Les négociants et les boutiquiers des grandes villes, particulièrement à Venise et à Milan, se plaignent beaucoup. Les grandes maisons sont fermées, il n'y a plus de société.

Mais au milieu de tout ceci, quelles sont les mesures prises par le gouvernement ? Rien de plus mauvais que les procédés des autorités locales, ni de plus calculé pour éloigner d'elles ceux qui seraient enclins à les supporter. Le manque d'union, la faiblesse dans certains cas, l'usage le plus arbitraire du pouvoir dans d'autres, les désagréments entre les fonctionnaires civils et les militaires, Tassumation apparente par ceux-ci des

grands pouvoirs ; et, pis que tout cela, les retards ne sont que trop évidents. J'ai déjà informé voire Seigneurie de l'arrestation de plusieurs individus ici et à Venise. On a commencé des poursuites contre MM. 3kinin et Tommaseo, arrêtés à Venise, et quoiqu'il y ait raison de croire que l'accusation ne pourra pas être soutenue , cependant ils veulent avoir un jugement en forme. Mais les personnes arrêtées ici ont été éloignées sans jugement ni forme de procédure quelconque ; et quoiqu'on ne les ait pas retenues en prison, mais qu'on leur ait permis de s'en aller librement, sous la surveillance de la police, dans leurs lieux d'exil respectifs, Linz et Laybach, la conduite du gouvernement à leur égard est sévèrement critiquée. 11 n'est pas douteux, que la plupart de ces personnes, sinon toutes, étaient des plus déterminés opposants du gouvernement, et que leur langage a été très- violent. Mais il est regrettable que le gouvernement, au moins dans son intérêt, n'ait pas fait connaître les motifs de ses actes. Plusieurs personnes averties qu'un semblable sort les attendait ont passé la frontière. Les seuls étrangers qui aient jusqu'ici reçu l'ordre de quitter le pays sont, la marquise d'Azeglio, femme du célèbre écrivain, et le prince Pio, noble espagnol^ avec sa famille.

Le gouvernement ne ralentit pas ses efforts pour découvrir les membres du comité secret , dont l'existence lui paraît certaine. Cependant, d'après ce que j'ai pu apprendre, rien de ce qui a été trouvé dans les papiers de ceux qui ont été arrêtés, ou qui ont échappé aux arrestations , n'a donné de preuves positives de l'existence de ce comité, ni de qui il est composé. Qu'il existe un pouvoir dirigeant, cela est indubitable, et la rapidité et l'unanimité d'adoption de ses mesures sont extraordinaires, ce qui n'aurait pas lieu si elles n'étaient pas en général d'accord avec le sentiment public. On fait passer le mot pour déserter, le jour suivant, le théâtre, ou pour l'envahir, ou pour entendre la messe dans une certaine église , ou pour fréquenter une certaine partie du Corso , et cela est fait. Les principaux membres de cette direction sont bien connus; mais il n'y a pas de preuves , et c'est ce qui cause la grande exaspération des autorités , qui sont ainsi amenées à adopter des mesures extrêmes dans l'espoir de faire la découverte désirée.

Ces mesures ont sans doute produit une certaine intimida-

tion, mais elles ont aussi beaucoup irrité, et ont fait sentir leur contraste avec le langage du vice-roi dans ses proclamations, que j'ai déjà eu Thonneur d'envoyer à Votre Seigneurie, et dans lesquelles Son Altesse Impériale fait allusion à ses espérances bien fondées, le mie più fondate speranze, qu'on peut attendre promptement de Vienne des réformes et des concessions. L'absence de tout signe de mesures de ce genre a fait beaucoup de tort à sa position de vice-roi.

En même temps on fait circuler les rapports les plus exagérés et les plus malveillants , qui trouvent promptement créance dans l'esprit du peuple , sur lequel travaillent sans relâche les émissaires du parti mécontent. La presse des États voisins n'est pas tardive à propager ces histoires. Un article paraissait , il y a quelques jours , dans un journal romain, annonçant que quatre cents soldats autrichiens avaient traversé le Tessin et avaient été repoussés par un corps de deux cent cinquante Piémontais, a été si promptement cru que le gouvernement d'ici a été obligé de publier une contradiction. Des proclamations additionnelles ont été affichées par la police pour défendre toute espèce de démonstration ainsi que l'usage de toute marque ou de tout vêtement distinctif. Enfin, le gouvernement semble déterminé à empêcher, par sa simple force, toute expression du sentiment politique. On me dit que le gouvernement prétend le moment inopportun pour accorder des faveurs ; que de le faire serait paraître céder à l'intimidation , et que dans l'état présent de l'Italie il n'y a pas de concessions qui puissent empêcher les turbulents et les mécontents de ces provinces de fomenter les troubles et le désordre. L'on dit ; « Comment voulez-vous faire des concessions à un peuple « qui déclare hautement que rien ne le satisfera, et qu'il n'aura « pas de repos qu'il ne se soit débarrassé des Autrichiens ? » Qu'un tel langage soit ici très-commun chez le peuple , et qu'il soit peu calculé pour amener à des concessions , c'est vrai ; mais j'oserai humblement exprimer mon opinion à Votre Seigneurie , qu'il n'y a pas de temps à perdre pour détruire dans le royaume lombard -vénitien toutes les causes de mécontentement dont on a bien pu reconnaître le fondement, et pour accorder toutes les concessions en rapport avec l'esprit du siècle qu'on pourra obtenir de l'Autriche.

Votre Seigneurie a sans doute reçu de l'ambassadeur de

Sa Majesté à Vienne une copie du traité conclu entre Tempcreur et les ducs de Modène et de Parme, le 24 décembre dernier; néanmoins, j'ajoute ici une copie de ce document, tel qu'il a paru dans la Gazette officielle de Milan du 18 courant. Le duc de Parme a requis la présence de nouvelles troupes autrichiennes à Parme, et un bataillon d'infanterie a en conséquence quitté Plaisance pour s'y rendre.

Je sais que les forces réunies dans ces provinces dépassent sur le papier cent mille hommes, on m*assure que plus de quatre-vingt-dix mille peuvent être comptés comme effectif ou disponibles. L'artillerie est comprise dans ce nombre ; elle se compose de vingt batteries ou cent vingt canons. On fait de grands efforts pour fournir à cette arme de bons chevaux.

LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 9 mars.)

Milan, 2 mars 1848.

La nouvelle du renversement du gouvernement du roi Louis- Philippe est arrivée ici le 29 du mois dernier.

Je suis heureux de dire que Milan est parfaitement tranquille, et qu'il n'y a pas eu de trouble dans le royaume lombard -vénitien depuis que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Seigneurie, le 22 du mois dernier.

LE CONSpL-GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON.

(Reçue le 12 mars.)

Milan, 6 mars 1848.

Milord ,

Votre Seigneurie doit désirer vivement savoir l'effet produit à Milan , et généralement en Lombardie , par les événements récents de France. Autant que j'en puis juger, il me semble, qu'après que le premier sentiment d'étonnement , presque de stupéfaction, a été dissipé; la grande majorité de ceux qui ont quelque chose à perdre ont envisagé ces événements avec crainte. Quoiqu'on ne puisse pas dire que le sentiment hostile aux Autrichiens soit éteint , on peut au moins dire qu'il n'existe plus qu'à l'arrière-plan et qu'il paraît s'être perdu dans le sentiment général d'appréhension sur les conséquences possibles de ce qui est arrivé en France. Je pense que mon opinion est juste en ce qui regarde la grande majorité de la classe supérieure et la partie la plus raisonnable de la classe moyenne. En fait, quelques personnes de cette dernière classe, qui étaient depuis quelque temps d'avis que l'Autriche avait laissé passer le moment de faire des concessions, disent maintenant que le gouvernement impérial peut encore rallier autour de lui un grand nombre de personnes qui, non par amour pour lui , mais par amour pour Tordre , donneraient leur appui aux autorités. J'espère sincèrement que le gouvernement impérial sera induit à partager ces vues, et que s'il médite quelques réformes il ne perdra pas de temps pour les mettre en pratique. D'un autre côté , il y a une classe nombreuse que le gouvernement a systématiquement courbée, qui verrait , je pense, tout changement avec plaisir, pourvu qu'il entraînât la disparition du joug autrichien, se fiant à la Providence pour établir ensuite un meilleur ordre de choses.

Milan et les provinces lombarde-vénitiennes sont parfaitement tranquilles. 11 serait présomptueux, en face des événements actuels, d'exprimer une opinion sur ce qui pourra se

passer ici ; mais , autant que j'en puis juger, on ne médite ici aucun mouvement,

On m'apprend de Venise que le duc de Bordeaux n'a pas actuellement l'intention de quitter cette ville.

Le comte Ficquelmont, qui est encore ici, a été nommé président du conseil de guerre à Vienne , et quittera Milan dans quelques jours pour aller dans cette capitale.

J'ai , etc.

Signé Clinton G. Dawkins.

LE CONSUL-GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 25 mars.)

Venise, 16 mars 1848.

Milord ,

Depuis que j'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Seigneurie , le 6 du courant , rien n'est venu troubler l'apparente tranquillité générale de ces provinces. Le 10, une foule peu nombreuse s'est assemblée sur la grande place de Milan , et quelques enfants ont crié : « Vive la République ! > Le chef, qui portait un petit drapeau tricolore, a été pris par la police, mais il ne s'en est suivi aucun trouble. Il paraît certain que le mot de république, n'a pas de charmes pour la majorité du peuple. ■ On m'informe que le gouvernement impérial a fait connaître '' son intention de prendre immédiatement en considération les demandes qui lui ont été soumises, par les congrégations centrales de Milan et de Venise, afin d'accorder toutes les concessions qui ne sont pas contraires aux lois fondamentales de l'empire ; ni aux liens qui lui rattachent le royaume lombardvénitien ; que le conseil du vice-roi sera changé et augmenté ; ([ue Son Altesse Royale sera investie de pouvoirs plus étendus, et résidera dorénavant à Vérone ; et qu'une chancellerie des affaires d'Italie , entièrement composée d'Italiens , sera établie à Vienne.

On doit vivement regretter que ces résolutions n'aient pas été prises et promulguées il y a quelques mois.

Venise et les provinces vénètes sont tranquilles.

J'ai, etc.

Signé Clinton G. Dawkins.

P. S. 11 vient d'arriver des nouvelles de troubles sérieux à Vienne.

LE CONSUL-GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 4 avril.)

Venise, 18 mars 1848- Milord ,

J'avais Thonneur d'informer Votre Seigneurie le 16 du courant, que tout était tranquille ici , et qu'on venait d'y recevoir la nouvelle des troubles de Vienne. Le matin du 17, on apprit, et la Gazette publia immédiatement , que l'empereur avait accordé la liberté de la presse , et la convocation des congrégations centrales du royaume lombard-vénitien. Cependant, on n'avait pas d'information exacte sur le véritable état des affaires à Vienne. Une grande excitation envahissait Venise, et la foule se concentrait sur la place Saint-Marc , demandant une entrevue au gouverneur. Une députation fut admise, et demanda la libération immédiate de MM. Manin et Tommaseo, dont j'ai fait connaître l'arrestation dans mes dépêches du 9 et du 20 du mois dernier. Après quelque hésitation, on satisfit à cette demande, qui fut suivie de la demande de mise en liberté de trois autres personnes moins importantes, arrêtées aussi pour délits politiques, elle fut pareillement accordée. Des bandes populaires parcoururent les rues, brisant les fenêtres, criant : « Vive l'Italie ! » et portant des rubans tricolores. Des drapeaux tricolores furent hissés sur les trois mâts de pavillon de la place , et comme les cordes furent ensuite coupées, il fut impossible de les enlever. On fit sortir des troupes , et la foule salua de ses acclamations les grenadiers italiens.

Il y eut une occasion où la populace fut repoussée à la pointe de la baïonnette par un corps de troupes allemandes , et où deux personnes furent légèrement blessées, et une autre écrasée sous les pieds de la foule. Il n'y eut pas d'autre accident; le soir le théâtre fut illuminé, et la soirée se passa tranquillement.

Hier 18 , on n'eut pas encore de nouvelles de Vienne. De grands rassemblements se formèrent , des bandes d'hommes circulaient demandant de l'argent pour l'amour de l'Italie ; toutes les boutiques et les banques étaient fermées. Les troupes furent mises en bataille sur la place ou postées sur les principaux ponts ; la populace applaudit comme la veille aux Italiens, hua et siffla les Allemands. Non contente de cela, elle commença bientôt à jeter des pierres aux troupes allemandes, et les pavés de la place Saint-Marc furent arrachés en certains endroits, afin de fournir des projectiles à cet effet. La patience de ces troupes étant enfin lassée, une partie d'entre elles firent feu, et tuèrent quatre personnes et en blessèrent cinq ou six. Ceci produisit une grande excitation ; il était visible que les autorités n'avaient ni union, ni énergie; et on admettra qu'en l'absence de toute information précise sur ce qui se passait à Vienne, elles étaient dans une situation très-difficile , et il semblait probable que des troubles sérieux allaient s'ensuivre. Peu après ces faits, la municipalité publia une proclamation, pour autoriser, avec le consentement du gouverneur, la formation provisoire d'une garde civique, ce qui sembla calmer le peuple. Les troupes furent ensuite retirées de la place, et, avant le coucher du soleil, des corps de citoyens portant des écharpes blanches, et armés de diverses façons, parurent et la tranquillité fut rétablie.

Vers neuf heures du soir, un steamer arriva de Trieste avec une dépêche pour le gouverneur , qui parut peu après à son balcon, et s'adressa à la multitude assemblée, disant que l'empereur s'était déterminé à accorder la liberté de la presse , à sanctionner la formation de la garde nationale, et à convoquer le plus tôt possible les congrégations centrales. Le gouverneur termina en exprimant sa joie d'être le premier gouverneur constitutionnel de Venise , et en exhortant le peuple à maintenir l'ordre. Ce discours fut reçu avec de grands applaudissements ; la plupart des maisons de la place furent illuminées ; des ban-

des de citoyens armés continuèrent les patrouilles, et il n'y eut pas d'autres troubles. On montre beaucoup de colère contre le régiment allemand dont une partie a tiré sur la populace, et on a poussé quelques cris pour demander son éloignement. Il faut espérer qu'on prendra des mesures pour empêcher toute collision entre ce régiment et le peuple , ce matin tout paraît gai , la place est encombrée, la garde civique y fait des patrouilles, et la tranquillité est rétablie. La question est de savoir combien elle durera. Le gouvernement local paraît avoir perdu toute influence sur le peuple , mais heureusement cette influence est maintenant exercée par l'autorité municipale.

J'ai reçu ce matin des nouvelles de Trieste , où celles de Vienne paraissent aussi avoir produit de l'excitation. Cependant la population y étant mêlée, et avec plus d'éléments allemands que de ce côté-ci de l'Adriatique , il ne paraît pas qu'il y ait eu de manifestation hostile aux troupes, et les excès paraissent s'être bornés à briser les vitres et à forcer les habitants à illuminer. Deux ou trois mille citoyens ont entrepris de maintenir la paix dans la ville, et les autorités leur ont fourni des armes.

J'ai, etc.

Signé Clinton G. Dawkins.

LE CONSUL-GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 8 avril.)

Venise, 22 mars 1848, sept heures du soir. Milord ,

Depuis que j'ai écrit à Votre Seigneurie, le 19 du courant, la tranquillité a été maintenue jusqu'à ce matin par les efforts de la garde civique , quoique l'excitation de la populace ait toujours été croissante, ce à quoi n'a pas peu contribué l'absence de toute nouvelle précise sur ce qui se passe à Milan. (Car nous sommes encore sans rapports , la communication étant inter-

rompue.) Ce malin, les ouvriers de l'arsenal se sont soulevés, et ont tué un officier, le colonel Marinovich , qui était depuis longtemps impopulaire parmi eux, et il était visible qu'une crise était imminente ; cependant, le gouvernement ne prenait aucune mesure pour détourner le danger. Le régiment allemand que j*ai mentionné dans ma dépêche du 18, a été retiré des différents postes de la ville, une partie s'est retirée auLido, une partie a été consignée dans les casernes, pendant que la garde civique occupait tous les postes qu'il avait gardés jusqu'alors; quelques troupes croates qui occupaient différents postes , ont été aussi remplacées par la garde civique. Enfin , la panique semblait avoir saisi les autorités. Cet après-midi, un corps nombreux de la garde civique qui possédait quelques postes dans l'arsenal, a voulu s'emparer des armes qui y sont déposées, le major du régiment des troupes de marine a alors reçu l'ordre d'arrêter cette tentative. Il a, en conséquence, marché avec son bataillon sur l'arsenal, et a enjoint à la garde civique de se désister, on lui a répondu : « Nous sommes maintenant maîtres ici. » Le major a alors ordonné à ses troupes de faire feu , là-dessus on a tiré sur lui et on l'a tué sur-le-champ. Le cri de « Vive la république » s'est alors élevé. Le gardien d'un brick de guerre a amené le pavillon autrichien et hissé le pavillon tricolore (rouge , blanc et vert), et la foule s'est portée sur la place Saint-Marc, où un individu est monté sur une chaise et a de nouveau proclamé la république, ce que la foule a reçu avec de grands cris, et la plupart des personnes qui se pressaient aux fenêtres , avec une surprise apparente. Les troupes italiennes ont toutes fraternisé avec le peuple; mais je ne puis pas croire qu'elles étaient préparées à la proclamation de la république. On peut estimer à environ deux mille cinq cents hommes le nombre des soldats allemands qui se trouvent à Venise, ou dans les forts adjacents.

Je n'ai pas le temps d'écrire plus longtemps parce qu'un steamer va partir immédiatement pour Trieste. Si quelques-uns des détails que j'ai donnés ne se trouvaient pas exacts, la confusion qui règne doit être mon excuse. On ne paraît pas disposé à molester les étrangers, les Anglais moins que tous autres ; et j'espère qu'il n'arrivera pas d'accident aux sujets ni aux propriétés britanniques.

J'ai, etc. Signé Clinton G. Dawkins.

:xiv.

LE CONSUL-GÉNÉRAL DAWKINS AD VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 3 avrU.)

Venise, 22 mars 1848.

Milord ,

En me reportant à mon autre dépêche d'aujourd'hui , j'ai l'honneur de joindre ici copie de la correspondance qui a été échangée entre moi et M. Manin ce matin avant la proclamation de la république.

Pour expliquer la partie dans laquelle je dis que j'ai pris des mesures pour la sûreté des sujets britanniques en cas de nécessité, je prends la liberté de dire que j'ai averti depuis quelques jours, les capitaines de plusieurs navires anglais de commerce, qui sont dans le port, de recevoir à leur bord tous les sujets anglais qui pourraient désirer s'y réfugier.

J'ai , etc.

Signé Clinton G. Dawkins.

(Annexe NM.)

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