‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 45 sur 60 · LE PRINCE DE METTERNICH AU COMTE DIETRICHSTEIN · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE METTERNICH AU COMTE DIETRICHSTEIN

( Communiquée à lord Palmerston le 1 î août. )

Vienne, le 2 août 184 T.

Monsieur le comte ,

L'Italie centrale est livrée à un mouvement révolutionnaire, à la tête duquel se trouvent placés les chefs des sectes qui depuis des années ont miné les États de la péninsule. Sous la bannière de réformes administratives, à Tintroduction desquelles le nouveau souverain de Rome s'est livré par suite d'un indubitable sentiment de bienveillance pour son peuple, les factieux paralysent l'action légale du pouvoir et cherchent à consommer une œuvre qui , pour répondre à leurs vues subversives , ne pourrait point rester circonscrite ni dans les limites de l'État de l'Église , ni dans celles d'aucun des États qui dans leur ensemble composent la péninsule italienne. Ce à quoi visent les sectes > c'est à la fusion de ces États en un seul corps politique, ou, pour le moins, en une fédération d'États placée sous la conduite d'un pouvoir central suprême. La monarchie italienne n'entre pas dans leurs plans ; abstraction faite des utopies d'un radicalisme avancé qui les anime, une raison pratique doit les détourner de l'idée d'une Italie monarchique ; le roi possible de cette monarchie n'existe ni au delà ni en deçà des Alpes. C'est vers la création d'une république vraisemblablement fédérative , à l'instar de celle de l'Amérique du Nord et de la Suisse, que tendent leurs efforts.

L'empereur, notre auguste maître , n'a pas la prétention d'être une puissance italienne; il se contente d'être le chef de son propre empire. Des parties de cet empire se trouvent pla-

cces au delà des Alpes. Il entend les conserver. LVmpereur ne cherche dans aucune direction rien hors de son état de possession actuel; ce qu'il saura faire, c'est le défendre. Telles, monsieur l'ambassadeur , sont les vues et les résolutions de Sa Majesté impériale, et elles doivent être celles de tout gouvernement qui sait maintenir ses droits et respecter ses devoirs.

Nous plaçons une grande question du jour sur le terrain de la plus simple de toutes les bases politiques. Nous désirons apprendre si les premiers gardiens de la paix politique partagent nos vues. Nous n'entendons point faire de la politique sociale ou gouvernementale ; nous parlons de ce qui a la valeur d'un bien commun aux rois comme aux peuples ; et de ce qui dans un avenir peu éloigné devra immanquablement décider de la paix de l'Europe. Ce sujet est trop grave de sa nature pour ne point faire un appel aux sentiments qui n'entendent point livrer cet avenir à d'incalculables chances de perturbation générale.

Mettfknich.

LE MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES DE SARDAIGNE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE VENISE.

Monsieur,

La nouvelle de la formation d'un gouvernement provisoire et de l'expulsion des troupes autrichiennes de votre sol est arrivée par la voix publique et les journaux. S. M. le roi de Sardaigne, à la première demande du gouvernement provisoire de Milan , mû par ce sentiment d'amour pour l'Italie , qui dans tous les temps l'a recommandé à notre reconnaissance, s'est résolument élancé à la tête de son armée en Lombardie, décidé à ne point déposer l'épée tant qu'un étranger restera en deçà des Alpes. Suivant cette impulsion généreuse, le gouvernement de Sa Majesté ne pouvait se dispenser d'envoyer ses congratulations au gouvernement provisoire de Venise sur son avènement aux affaires et de lui offrir, avec ses relations de bonne amitié , les secours matériels nécessaires pour arriver à la complète indépendance de l'Italie : ces secours et ces rela-

lions que, selon l'expression sublime de Charles-Albert, le frère doit au frère et l'ami à Vami, Enfin , pour établir des rapports plus intimes entre nous, pour travailler avec plus d'ardeur et d'efficacité au saint résultat de Tindépendance et delà liberté nationales, le gouvernement sarde envoie à Votre Excellence , en qualité de chargé d'affaires provisoire , M. Lazaro Rebizzo*, déjà connu depuis longtemps par son zèle pour la cause italienne, et nous vous prions de l'honorer de toute la confiance dont il jouit auprès de notre gouvernement.

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