‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 55 sur 60 · PRÉSIDENCE DU GOUVERINEMEINT DU ROYAUME DE SICILE · texte numérisé non relu

PRÉSIDENCE DU GOUVERINEMEINT DU ROYAUME DE SICILE

Excellence ,

En me conformant aux devoirs de mon office, j'ai présenté au conseil des ministres du gouvernement la lettre de Votre Excellence datée de Venise le 14 juin courant; et suivant la teneur des délibérations du conseil tenu hier, je me borne à vous transmettre la réponse claire et prompte que le gouvernement de la république réclame avec raison , vu l'urgence des circonstances actuelles.

Dès le principe de la lutte que nous tous Italiens soutenons de diverses manières, mais dans un seul but, depuis plusieurs mois contre nos oppresseurs , les Siciliens et à ce que nous croyons, tous les autres peuples d'Italie, instruits par l'expérience des siècles , étaient pleinement convaincus que dans la guerre de notre liberté et celle de l'émancipation du reste de l'Italie, ni la Sicile, ni l'Italie entière ne devaient s'en reposer sur l'étranger; elles ne pouvaient s'en fier qu'à elles-mêmes, et devaient se suffire à elles-mêmes.

Cette conviction , jointe à l'impérieuse nécessité des circonstances, la confiance que la justice de notre cause nous portait à mettre dans le secours de cette Providence qui régit les destinées des peuples , et qui ne manque jamais à ceux qui l'invoquent du fond du cœur; tous ces motifs nous donnèrent, ainsi qu'aux autres peuples d'Italie , la ferme persuasion et la conscience de pouvoir, aussi bien en Sicile que dans toute ritalie, nous suffire à nous-même, si nous voulions fortement et en parfait accord.

C'est ainsi que, dénués de moyens, mais riches de volonté et de confiance dans la concorde , nous avons pu nous suffire à Palerme, et avons réussi à nous soutenir contre notre oppresseur natif. C'est ainsi que, plus merveilleusement encore, Milan et Venise se rendirent d'abord redoutables à l'Allemand; puis ensuite par elles-mêmes, aidées

seulement du bon vouloir de quelques princes italiens, soutenues parla généreuse audace de quelques peuples frères; elles ont combattu , résisté , et triomphé plus d'une fois dans cette lutte difficile et obstinée, contre une des plus grandes puissances de l'Europe.

Que si les chances toujours variables d'une guerre entreprise par la résolution virile d'un peuple qui veut être libre à tout prix, contre la brutale obstination d'un puissant oppresseur, ont en ce moment rendu plus difficile ce qui de prime abord était facile et sûr, le gouvernement sicilien ne peut qu'approuver hautement la résolution de celui de la république venète de s'en rapporter dans l'urgence actuelle, aux conseils des divers États de l'Italie, et d'en appeler à leur patriotisme afin de pourvoir aux pressantes nécessités de la république, sans autre aide que celui que les États et les peuples italiens sont tenus de prêter à un autre État de l'Italie.

Notre gouvernement regrette seulement que la position où se trouve maintenant la Sicile , h cause de la guerre qu'elle soutient contre le roi de Naples, ne lui permette pas de contribuer efficacement par de nouveaux et prompts subsides à l'avantage, nous ne dirons pas de Venise seulement, mais de ce qui est la cause commune en Italie. Comme les autres États et peuples de l'Italie n'ont pas manqué jusqu'à présent envers la patrie, il a la confiance qu'ils n'y manqueront jamais dans les suprêmes nécessités d'une si belle et si importante partie de l'Italie. Il se flatte que si les besoins insurmontables du présent forçaient le gouvernement et le peuple vénitiens à recourir aux moyens extrêmes, ils s'adresseraient à cet État si fort et si plein de zèle pour Tindépendance de Tltalie qui est aussi gouvernement et peuple italien , plutôt que de recourir à l'étranger. Quelque honorables que puissent être les conditions d'un traité avec l'étranger, elles ne sauraient être ni aussi honorables ni plus sûres (non-seulement pour la partie de l'Italie qu'une nécessité suprême amènerait à les demander ; mais aussi pour tous les autres États qui devraient de toute manière en subir l'influence) que celles qui rattacheraient cette partie d'Italie à un État qui, étant italien, devra rester toujours responsable au cœur de tous ceux qui , des Alpes au Libybée , ont communs

roriginc, les souvenirs, les malheurs, les destinées, les espérances et la gloire à venir.

Palerme, 29 juin 1848.

Le ministre des affaires étran- Le président du gouvernement gères et du commerce , du royaume de Sicile,

M. Stobile. RuGGiERO Settimo.

A Son Excellence le président du gouvernement provisoire de la république venète à Venise.

Excellence,

Les événements bien connus de l'année dernière, la trahison de la dynastie autrichienne envers la Hongrie et enfin principalement l'invasion des Russes, invoquée par la maison d'Autriche contre ses propres sujets ont décidé l'assemblée nationale de la Hongrie en séance à Debrecze à proclamer l'indépendance entière du pays. En même temps le soussigné eut l'honneur d'être nommé et installé par la volonté du peuple, exprimée par ses représentants légitimes, gouverneur de rÉlat hongrois et en cette qualité chef suprême du pouvoir exécutif.

Le soussigné se fait un devoir et un plaisir à communiquer ces événements à Votre Excellence, espérant bien, que la république de Venise cultivera les relations d'amitié , qu'un but commun et des intérêts communs exigent entre deux gouvernements à la tête de deux peuples libres et indépendants, et tous les deux combattant contre la même tyrannie.

Le soussigné saisit cette occasion pour prier M. le président du gouvernement provisoire d'accepter Tassurance de la plus haute estime et de sa considération très distinguée.

Debreczen , le 20 avril 1849.

Le gouverneur de l'État hongrois ,

Signé Louis Kossuth.

Au président du gouvernement provisoire de la république de Venise.

Du gouvernement provisoire de Venise, 26 juin 1848. Excellence ,

J'ai l'honneur d'accuser réception de votre note du 20 avril dernier, n° 6204, dans laquelle vous m'annoncez que l'Assemblée nationale de Hongrie a proclamé l'indépendance entière du pays, et vous a nommé gouverneur de l'État de Hongrie et clief suprême du pouvoir exécutif; et vous m'exprimez en même temps la conviction que l'État de Venise cultivera avec l'État hongrois les relations d'amitié qu'un but commun et des inlérêts communs exigent entre deux peuples libres combattant contre la même tyrannie.

J'ai donné communication de cette note à l'Assemblée des représentants de mon pays, qui, avec le plus vif enthousiasme, en a interrompu et suivi la lecture aux cris répétés de Vive la Hongrie! vive Kossuthî et m'a chargé de lier promptement les relations les plus intimes avec votre gouvernement.

L'état de blocus vigoureux, dans lequel depuis longtemps se trouve la ville de Venise, a empêché M. le général Bratich, votre chargé d'affaires, de me remettre personnellement sa lettre de créance. Mais nous avons réussi à lui procurer une entrevue ailleurs avec un de nos agents, et, parce moyen, fut stipulé un traité d'alliance, dont Votre Excellence aura déjà reçu la communication.

Pour que les liens entre les deux gouvernements soient de f)lus en plus resserrés et que vous puissiez connaître avec précision notre condition politique, financière et militaire, j'ai l'honneur d'envoyer près de vous , en qualité de chargé d'affaires de Venise, M. N. N., qui vous remettra la présente avec ses lettres de créance.

Je prie Votre Excellence de recevoir l'assurance de ma haute cslime et de ma considération très-distinguée.

Signé Daniel Manin.

A Son Excellence M. Louis Kossuth , gouverneur de l'État hongrois.

Excellence ,

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