IS° 6204. K
Le soussigné gouverneur de la Hongrie a l'honneur de communiquer à Votre Excellence, qu'en vertu du pouvoir qui lui a été conféré par l'Assemblée nationale , il nomme M. Jean Bratich , chargé d'affaires de la Hongrie auprès de la république de Venise , et qu'il prie Votre Excellence de le reconnaître comme tel.
M. Jean Bratich est chargé par le soussigné de communiquer à Votre Excellence ou aux autorités compétentes la copie d'une partie de ses instructions et le soussigné prie M. le chef du pouvoir exécutif pour les intérêts réciproques des deux pays, de ses habitants et de la liberté, de rendre à M. Jean Bratich toute assistance dont il pourrait avoir besoin. Le soussigné promet au nom de la nation hongroise toute réciprocité en cas que la république de Venise, comme il espère, honorera aussi la Hongrie par la présence d'un agent diplomatique.
Le soussigné saisit en même temps cette occasion pour exprimer à M. le chef du pouvoir exécutif l'assurance de la plus haute estime et de sa considération très-distinguée.
Debreczen, en Hongrie, le 20 avril 1849.
Le gouverneur de TÉtat hongrois,
Signé Louis Kossuth.
Au chef du pouvoir exécutif de la république de Venise.
INSTRUCTION POUR M. JEAN BRATICH, AGENT DE l'ÉTAT DE HONGRIE AUPRÈS DE LA RÉPUBLIQUE DE VENISE.
Vous êtes autorisé à ouvrir des négociations avec la république de Venise, et en cas que mon envoyé à Turin ne soit pas en Sardaigne, aussi avec celle-ci, pour faciliter le retour des troupes hongroises dans leur patrie, en vous donnant le droit de signer les contrats concernant les frais de transport sur des vaisseaux italiens.
Vous notifierez outre cela la déclaration de l'indépendance de la Hongrie à la république de Venise, et vous organiserez des dépôts d'armes pour la Hongrie à Venise.
Outre cela vous êtes autorisé à agir aussi en qualité d'agent militaire en faisant tout ce que vous croyez bon pour nuire à Tarmée autrichienne, soit en armant des bâtiments aux corps francs, soit en usant des troupes nationales hongroises en Italie, soit enfin en concluant des conventions militaires avec les Etats de l'Italie se trouvant en guerre avec l'Autriche.
Debreczen, le 26 avril 1849.
Le gouverneur président de l'État hongrois, Signé Louis Kossuth.
Pour copie conforme :
Signé Jean Bràtich.
(Parvenutall 4 giugno 1849.)
CONVENTION ENTRE l'ÉTAT DE LA HONGRIE ET LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE.
Près de Duino , le 20 mai 1848.
Le soussigné, Jean Bratich, agent plénipotentiaire , diplomatique et militaire de l'État de la Hongrie près des différents États de l'Italie en général , et chargé d'affaires spécial près du gouvernement de Venise, d'une part, et M. N. N., agent plénipotentiaire du gouvernement de Venise , de l'autre, après avoir échangé leurs pouvoirs respectifs , qui ont été trouvés en pleine règle , ont conclu et stipulé au nom de leurs gouvernements respectifs la convention suivante :
1" Une alliance offensive et défensive est conclue entre l'État de la Hongrie et le gouvernement provisoire de Venise. Aucun des deux États ne pourra stipuler un pacte ou un traité de paix quelconque, avec l'ennemi commun , sans le concours et l'approbation de l'autre;
2° Cette alliance étant absolue, les forces de terre et de mer des deux États devront agir de concert toutes les fois que
l'inlérêt commun l'exigera. Le commandement des forces navales réunies appartiendra à l'officier le plus élevé en grade , soit que cet officier appartienne aux forces navales de la Hongrie ou aux forces navales de Venise. Si le commandant des forces navales vénitiennes était de même grade que le commandant des forces navales hongroises, le commandement des forces navales réunies reviendrait au plus ancien de ces deux officiers dans son grade ;
3° A l'arrivée des forces navales hongroises , que l'État de la Hongrie se propose de faire apparaître et d'armer dans l'Adriatique, ces forces agiront de concert avec les forces navales de l'État de Venise , et le commandement des forces réunies sera donné ainsi qu'il est dit dans l'art. 2. Le gouvernement de Venise aura soin de porter au complet tant le personnel que le matériel et tout ce qui sera nécessaire aux forces navales hongroises. Pour le personnel il choisira de pi'él'érence parmi les officiers et marins qui sont à ses gages , les originaires de Fiume et du littoral de la Hongrie ;
4° Toute dépense relative à l'armement et au maintien des bâtiments hongrois sera à la charge de la Hongrie ; toute dépense pour les navires de Venise sera à la charge de l'État de Venise ;
5° L'État de la Hongrie se propose de faire , aussitôt que possible, selon les circonstances de la guerre, une puissante diversion stratégique du côté de l'Adriatique. Le gouvernement de Venise s'engage à son tour à aider, avec toutes ses forces de terre et de mer disponibles et avec tous les moyens qui sont en son pouvoir, les opérations de l'armée hongroise ;
6" Tous les militaires hongrois, maintenant isolés en Italie , seront reçus à Venise et incorporés dans la légion hongroise à la solde de Venise. Cette légion hongroise sera à son complet lorqu'elle aura atteint le triple de son chiffre actuel. Du surplus on formera un dépôt armé à la disposition et aux frais du gouvernement hongrois. Le gouvernement de Venise se chargera, si c'est nécessaire, du transport de ces troupes hongroises sur le littoral de la Hongrie ;
7° Toutes les armes que l'État de la Hongrie jugera convenable de déposer à Venise seront, aux soins et aux frais du gouvernement provisoire de Venise , conservées et arrangées de manière à être débarquées sur le littoral hongrois ou sur les
côtes de l'Istrie, aussitôt qu'une colonne de l'armée hongroise paraîtra aux bords de l'Adriatique ;
8" L'État de la Hongrie, reconnaissant les sacrifices que Venise a faits pour la cause de la liberté, lui fournira dans le plus bref délai possible, à titre de subvention de guerre , une somme d'argent, et cette subvention sera renouvelée de temps en temps jusqu'au terme de la guerre.
Cette convention , signée par les susdits agents plénipotentiaires et faite en double, aura force et valeur d'un traité solennellement conclu.
Signé Jean Beatich,
au nom et par autorité du gouverneur, président de la Hongrie ,
Signé N. N., agent plénipotentiaire du gouvernement provisoire de Venise.