PIÈCES JUSTIFICATIVES
MOTION Dl' DÉPITÉ NAZARI A LA CONGRÉGATION CENTRALE DB LOMBARDIE.
Illustre congrégation centrale de Lombardie,
11 n'est pas nécessaire d'être doué d'une grande sagacité pour remarquer combien depuis quelque temps l'opinion publique, dans ces provinces, s'est prononcée contre le gouvernement qui les dirige, je ne dis pas par des sentiments hostiles, mais bien certainement par une manifestation non équivoque de son mécontentement.
Ce mécontentement envahit plus ou moins toutes les classes sociales, et se trahit toutes les fois qu'une occasion se présente, ce que savent fort bien les autorités qui , influencées , ont cru devoir recourir à des mesures de sévérité à l'effet d'empêcher des démonstrations de désordre.
Mais d'où vient ce mauvais levain qui sourdement fermente, et qui va toujours s'élendant de plus en plus à mesure qu'on cherche à l'étouffer? D'où vient cette inquiétude universelle? D'où vient cette mauvaise entente entre les gouvernants et les gouvernés? Ces derniers auraient-ils de justes motifs de se plaindre? et, s'ils en avaient, qui devrait porter leurs plaintes
1 Par un scrupule honorable , l'auteur de celte histoire de la république dfl Venise n'a pas voulu assumer sur lui la responsabilité de la traduction des pièces justificatives; et, afin de ne pas en dénaturer le sens, il a chargé de ce travail un jeune Italien aussi consciencieux qu'habile.
respectueuses à celui-là seul qui peut les satisfaire et les rendre contents?
Quant à moi, je ne vois personne qui mieux que nous puisse interpréter les désirs du pays ; que nous qui , dans une condition privée , partageons les biens et les maux , fruits des bonnes et des mauvaises institutions ; que nous qui, établis par la Providence dans un état d'indépendance morale , pouvons exprimer franchement nos sentiments. Bien plus, personne ne pourrait plus légalement que cette congrégation centrale, porter au trône les vœux de ses sujets fidèles, puisque la clémence souveraine n'a concédé qu'à elle seule la précieuse prérogative d'en révéler les besoins.
Ceci posé , comme je suis d'opinion qu'il est fort à désirer qu'on avise aux moyens de rétablir entre les administrateurs et les administrés ce bon accord, la seule garantie de la tranquillité publique, et qu'on prévienne même la plus lointaine menace de collisions qui deviendraient funestes au pays, je me suis décidé à remettre à cette congrégation cen-trale la présente instance ou motion , comme on voudra l'appeler, par laquelle je demande et propose qu'il lui agrée de nommer une commission choisie dans son sein et composée d'autant de députés qu'il y a de provinces lombardes , afin qu'après un mûr examen de l'état actuel du pays et des causes du mécontentement dont j'ai parlé , elle en fasse le sujet d'un rapport raisonné à la susdite congrégation pour ses propositions ultérieures.
Cette démarche m'est conseillée par le désir du bien public, par l'attachement que je porte à mon souverain et par le sentiment de mes devoirs. C'est que j'aime avec transport ma patrie comme citoyen; c'est que, comme sujet , je désire que mon souverain soit partout et par tous adoré et béni , et enfin, comme député, je croirais manquer à ma mission et à mes serments, si je restais silencieux quand la conscience m'ordonne de parler.
Signé Gio. Batt. Nazari (de Tréviglio) , Député central sans titres de noblesse de la province de Bergame .
Enregistré, le 9 décembre 1847, n0> 2820, 322.