‹ Histoire de la république de Venise sous ManinChapitre 43 sur 57 · L.J. R. DIRECTION GÉNÉRALE DE LA POLICE · texte numérisé non relu

L.J. R. DIRECTION GÉNÉRALE DE LA POLICE

DANS LES PROVINCES VÉNKTES

iV 364. P. R.

Venise le 18 janrier 1848.

Note.

LI. R. tribunal n'ignorera pas que depuis peu , en prenaut exemple sur ce qui a été fait en Lombardie, quelques ennemis de l'ordre actuel de choses ont, ici aussi, poussé

à une agitation, sous forme d'une apparente légalité. En prenant pour prétexte le besoin de modifications dans nos lois et dans notre système d'administration, quelques agitateurs ont adressé à plusieurs autorités des instances qui , non-seulement renferment contre notre gouvernement, d'une manière assez claire, de dures accusations d'arbitraire et de défectueuse administration, mais encore qui réclament des changements si peu mesurés que le gouvernement ne pourrait jamais les accorder qu'en abdiquant sa souveraineté sur ces provinces. En répandant d'innombrables copies de ces écrits dans le peuple , ils propagent la croyance que nos lois et notre système d'administration pèsent d'une manière préjudiciable sur le pays ; ils suscitent toujours de plus en plus la défiance et l'aversion de la population pour le gouvernement, et, en éveillant des désirs inadmissibles, ils augmentent tellement le mécontentement que la tranquillité intérieure ne saurait qu'en être gravement compromise.

Un des principaux, ou plutôt, le premier promoteur de ces menées , l'avocat Manin de cette ville , s'est acquis un certain renom : il a présenté deux pétitions de ce genre à la congrégation centrale vénète et une à S. E. M&r le comte gouverneur. Le langage en est plus impérieux que franc, et notre gouvernement y est dépeint sous des couleurs suffisamment odieuses, tandis que d'un autre côté il y énumère, comme étant nécessaires au bien-être de ces provinces , des mesures que le gouvernement autrichien , dans leur intérêt , ne pourra jamais accorder. Si Manin s'était contenté de présenter ces instances aux autorités à qui elles étaient adressées , on aurait peut-être pu l'accuser d'un zèle imprudent, mais il en a en même temps donné copie à ses amis et adhérents, de manière qu'elles arrivèrent à la connaissance du public avec une rapidité surprenante. On ne saurait douter qu'il en pouvait naître de l'aversion pour la forme du gouvernement, pour l'administration de l'État et le système du pays , et en effet l'esprit public en a sur-le-champ ressenti les tristes conséquences.

Cependant, il s'agissait de prouver qu'il répandait effectivement dans le peuple des écrits compromettant la tranquillité intérieure de l'État. La surveillance à laquelle il fut soumis démontra qu'il correspondait avec Hyacinthe Mompiani de Brescia, et ce fut précisément dans la quasi-certitude qu'il

avait reçu de Manin des écrits de la catégorie indiquée que 1*1. R. délégation de Brescia jugea de son intérêt de faire chez Mompiani une exacte perquisition. Le résultat répondit à l'attente, ce dont l'Illustre Présidence voudra bien se convaincre par la note ci-jointe de la délégation provinciale susdite, et qui est ajoutée ici aux autres pièces justificatives.

D'après ces données , j'ai donc aussi de mon côté fait faire , ce matin , une rigoureuse perquisition dans la maison et dans l'étude de l'avocat Manin , où , par suite de cette opération , l'on a trouvé et séquestré les papiers qui , avec le procès-verbal de perquisition y relatif, sont ci-annexés et classés dans la liste également annexée, dressée par l'I. R. direction gouvernementale avec le concours de Manin même. Parmi ces papiers il faut donner une attention toute particulière à quelques copies d'une circulaire adressée dans le but d'excitation contre le gouvernement , d'après ce qu'il parait , par Nicole Tommaseo, homme de lettres, amnistié, aux T. R. évêques de ces provinces , et aussi à la copie d'une instance présentée , le 14 du courant, par l'avocat Avesani , à la congrégation centrale vénète , instance de la même tendance que celles présentées antérieurement par Manin.

L'ensemble de ces papiers , et de ceux joints à la note de ce jour, nojî4r, prouve bien que ces trois hommes, Manin, Tommaseo et Avesani , se sont mis à la tête de l'agitation qu'ils nomment légale, et qu'ils n'épargnent rien pour exciter le mécontentement et créer des embarras au gouvernement.

Manin, dans l'examen sommaire qu'il a subi, et dont je joins la copie , a avoué sans hésiter avoir donné communication de ces trois susdites instances à ceux qui le lui demandaient.

Parmi les papiers qu'on lui a saisis , on n'a point trouve cependant la minute de la première instance présentée à la congrégation centrale vénète, ni celle adressée à S. E. Mpr le comte gouverneur; mais, afin de mettre à même l'I. R. tribunal de juger de leur valeur, j'en remets ci-joint la copie telle que j'ai pu me la procurer à une autre source.

L'ensemble de toutes ces circonstances me persuadant que l'avocat Daniele Manin est légalement convaincu du crime de perturbation de la tranquillité intérieure de l'État , je crois de mon devoir d'en donner ici la présente dénonciation à l'I. R. tribunal criminel, pour la régularité de la procédure I -22

pénale, dont, en temps et lieu, il me sera agréable de connaître le résultat , et cela en faisant , dès ce moment même , conduire Manin dans les prisons des criminels.

Signé Call.

A l'Illustre Présidence de VI. R. tribunal criminel, à Venise.

RAPPORT DU MÊME AU MÊME CONTENANT LES BIOGRAPHIES DE MANIN ET DE TOMMASEO, ÉCRITES DE LA MAIN MÊME DU DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA POLICE DANS LES PROVINCES VÉNÈTES.

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