LIVRE TROISIÈME
de Vaublanc, les principaux meneurs de l'extrême droite, lurent élus membres de la commission chargée de rédiger cette adresse et dans laquelle le ministère comptait un seul représentant. Le texte qu'ils proposèrent était une déclaration de guerre au cabinet ; ils parvinrent à le faire adopter.
Nous devons citer les passages qui condamnaient la politique ministérielle. Le premier était ainsi conçu : « Nous nous félicitons, Sire, de vos relations constamment amicales avec les puissances étrangères, dans la juste confiance qu'une paix si précieuse n'est point achetée par des sacrifices incompatibles avec l'honneur de la nation et la dignité de votre couronne. »
Dans le second étaient exprimés des regrets sur « l'insuffisance des précautions tardives opposées à la funeste introduction des blés de l'étranger,» considérée comme la principale cause de la détresse de l'agriculture.
Le troisième enfin disait : « Vos peuples attendent le complément de vos bienfaits ; ils attendent ces institutions nécessaires sans lesquelles la Charte ne saurait vivre. »
Cette dernière phrase confirmait la promesse faite à la gauche par les ultras de supprimer la censure, s'ils arrivaient au pouvoir; c'était le payement de son conconrs. Les deux autres étaient dirigées à la fois contre l'attitude du gouvernement à Troppau et à Laybach et contre sa conduite dans la crise agricole.
Après avoir imposé à la commission ce langage, les ultras l'imposèrent à leurs alliés. M. Royer-Collard, sollicité à son tour, n'hésita pas à entrer avec ses amis dans la coalition dont l'extrême droite avait pris l'initiative. En lui donnant ses voix, il assurait son succès, de même qu'en les accordant au ministère, il lui eût apporté la victoire. On regrette de rencontrer dans ce rôle, compromis dans une alliance immorale, un homme du caractère de M. Royer-Collard et de ne trouver pour le justilier aucune bonne raison.
La discussion eut lieu le ^10 novembre. Quand arriva le
passage relatif à la politique extérieure, M. Pasquier en demanda la suppression. MM. Delalot, de Serre, de la Bourdonnaye, le général Foy, de Courvoisier prirent la parole tour à tour pour et contre celte suppression. Le paragraphe fut enfin voté tel que la commission l'avait rédigé ; les deux autres le furent également, et au scrutin sur l'ensemble de l'adresse, elle réunit cent soixante - quatorze voix contre quatre-vingt-huit. La coalition était victorieuse; il ne restait au ministère d'autre ressource que de se démettre ou de dissoudre la Chambre. M. Pasquier offrit de nouveau de se retirer; le duc de Richelieu persista à refuser sa démission ; il entendait lutter encore, comme si déjà la partie n'était pas définitivement perdue.
Il est vrai que, arraché à son indifférence maladive par la colère que lui fit éprouver la manifestation de la monstrueuse alliance formée entre les partis extrêmes, le roi ne voulait pas se séparer de son ministère. Il déclara qu'il ne tolérerait pas qu'on lût devant lui une adresse qui était une injure pour sa couronne. En même temps qu'il refusait d'en entendre la lecture, il manifestait la volonté d'y répondre sévèrement et chargeait M. de Serre de rédiger cette réponse. Dans la soirée du 29 novembre, le président et les deux secrétaires de la Chambre se présentaient chez lui. Il prit des mains de M. Ravez le manuscrit de l'adresse, le posa sur une table et dit d'un accent où perçait son irritation :
« Je connais l'adresse que vous me présentez. Je sais les difficultés qu'éprouve la vente des grains. Malgré le souvenir d'une disette encore récente, j'ai restreint, pour la première fois en France, l'introduction des blés étrangers. Les lois ont été exécutées; mais aucune loi ne peut prévoir les inconvénients qui naissent de la surabondance des récoltes. L'Europe entière les recherche en ce moment. Les améliorations dont la Chambre retrace le tableau déposent en faveur des actes de mon gouvernement. Elles ne peuvent se conserver et s'accroître que par le loyal concours et la sagesse