LIVRE TROISIÈME
des Chambres. Dans l'exil et la persécution, j'ai soutenu mes droits, l'honneur de mon nom et celui du nom français. Sur le trône, entouré de mon peuple, je m'indigne à la seule pensée que je puisse jamais sacrifier l'honneur de la nation et la dignité de ma couronne. J'aime à croire que la plupart de ceux qui ont voté cette adresse n'en ont pas pesé toutes les expressions. S'ils avaient eu le temps de les apprécier, ils n'eussent pas souffert une sup^iosition que, comme roi, je ne veux pas caractériser, que, comme père, je voudrais oublier. »
Ce langage jeta l'alarme parmi les coalisés. Ils crurent y voir la menace d'une dissolution immédiate. Ainsi qu'il arrive toujours, ceux qui s'étaient laissé entraîner se répandirent en reproches contre ceux qui les avaient entraînés. Il est vraisemblable que si la Chambre eût été dissoute en ce moment, aucune protestation ne se serait fait entendre, et que le ministère aurait eu chance de trouver dans cette mesure un regain d'influence et de force. Mais pour la faire adopter, il aurait fallu un roi plus jeune, des ministres plus énergiques. Quand les coalisés virent, après l'avoir vainement attendue, que l'ordonnance de dissolution ne venait pas, ils reprirent courage, se jetèrent avec plus d'ardeur dans une campagne nouvelle, et M. de Villèle, tout en refusant de s'associer aux violences, abandonna la cause du ministère qu'il avait soutenu jusque-là.
Après ces graves incidents, il paraissait difficile que le duc de Richelieu pût reprendre confiance et croire à la possibilité de se maintenir. Il avait devant lui cette- association mipolitique, mi-religieuse, dont nous avons indiqué l'origine et l'esprit, qui menait à son gré le comte d'Artois, lequel croyait la diriger, quand il n'était dans ses mains qu'un aveugle et docile instrument. Il ne pouvait ni la dominer ni la vaincre, et la position du cabinet était si précaire que le duc de Hichelieu se voyait réduit à prier M. Pasquior de ne plus paraître à la Chambre, où sa présence excitait la défiance des ultras. Il ne désespéra pas cependant, encou-
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ragé par la ferme attitude du roi, de briser la coalition. Dans ce but, il fit présenter, le 3 décembre, un projet de loi (jui aggravait les peines encourues par les délits de presse et créait même de nouveaux délits. C'était une satisfaction donnée à la droite, qui maintes fois l'avait réclamée, et ne pouvait pas plus la repousser que ne pouvait l'adopter la gauche, aux principes de laquelle les nouvelles dispositions étaient contraires. La rupture entre les deux partis semblait donc inévitable. Malheureusement, le ministre, par une inconséquence incompréhensible, leur offrit un terrain sur lequel il leur était aisé de rester unis, en présentant en même temps un projet qui maintenait jusqu'à la fin de 1825 le régime de la censure.
Sur la présentation des deux lois, un violent débat s'engagea dans la Chambre. Les chefs de la coalition attaquèrent le ministère en un langage contraire à tous les usages parlementaires. L'un des meneurs de l'extrême droite, M. Delalot, alla jusqu'à traiter M. Pasquier « d'agent de la police impériale, de détracteur public des Bourbons ». Il confondit d'autres ministres dans une accusation analogue; il fallut toute l'énergie du président Ravez pour empêcher le général Donnadieu d'aggraver ces misérables injures. M. de Serre, chargé d'y répondre et de défendre des lois dont le caractère antilibéral n'était pas douteux, restait comme embarrassé sous le fardeau d'un passé encore récent, pendant lequel il avait affirmé des doctrines contraires. Sa réplique fut faible, provoqua des récriminations nouvelles de la part des coalisés, qui se renouvelèrent dans des séances ultérieures sans élucider les questions qu'il s'agissait de résoudre ni sans modifier la situation. Puis, lorsqu'il fallut décider laquelle des deux lois devait être discutée la première, les coalisés firent accorder la priorité à celle qui maintenait la censure et qu'ils étaient également décidés à repousser.
Le 11 décembre, les bureaux nommèrent les membres de la commission chargée d'examiner le projet et les choisirent