‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 104 sur 177 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

nouveau cabinet, voulut tenter une démarclie auprès de M. de Serre, qu'il était désireux d'y faire entrer : « Je m'en i,^1rderai bien, répondit M. de Serre; vous n'en avez pas pour quinze jours. » Il se trompait dans ses prévisions, mais il se faisait honneur, en refusant de rester au pouvoir, devenu l'apanage de la droite.

Le 15 décembre, le « Moniteur» fit connaître à la France le nom des ministres choisis par le roi, ou plutôt par le comte d'Artois, qui en avait dressé la liste et qui, par leur intermédiaire, allait avoir, pour ses amis et pour lui, une part active dans le gouvernement. Le duc Decazes, qui se trouvait à Londres, en qualité d'ambassadeur, envoya surle-champ sa démission. Il y fut remplacé par Chateaubriand, tandis que l'ambassade de Naples était accordée à M. de Serre. Ainsi, les hommes du centre droit disparaissaient tous avec le duc de Richelieu, vaincus par une coalition odieuse qui avait pu se former pour les renverser, mais qui était hors d'état de marcher unie après leur chute, et ne devait renaître que pour briser successivement le ministère Villèle et le ministère Martignac.

L'histoire a jugé sévèrement l'alliance, nouée en décembre 1821, contre le duc de Richelieu, entre l'extrême droite et la gauche; c'est que cette alliance n'eut d'autre origine que la haine, se traduisit par le plus impitoyable acharnement, et dépassa par sa violence toutes celles dont les annales parlementaires ont conservé le souvenir. Elle réunit un jour pour une œuvre de destruction deux partis qui n'avaient rien de commun entre eux, et dont le plus coupable fut assurément l'extrême droite, assez aveugle en ses colères pour appeler à son aide les pires ennemis de ce trône qu'elle prétendait défendre, à l'exclusion des royalistes moins violents qu'elle. Le duc de Richelieu ne possédait pas la souplesse et la ruse que nécessitent des luttes aussi âpres. Selon le mot de Villeniain, « son àme, naturellement haute et modérée, était étrangère aux passions communes, et

n'admettait que la justice et le devoir ». Comment aurait-il pu prévoir et percer à jour les basses intrigues auxquelles recoururent ses ennemis? M. de Serre n'était pas plus apte que lui à les comprendre; vers la fin de sa vie politique, la crainte de la révolution avait altéré la netteté de ses vues. Ils reculèrent l'un et l'autre devant la solution que proposait leur très fin et très habile collègue, M. Pasquier, la seule qui offrît, dans cet extrême péril, la chance d'un moyen de salut; ils n'osèrent dissoudre cette nouvelle Chambre introuvable où, par leur faute, il faut bien le reconnaître, la droite était rentrée peu à peu en groupes trop épais pour ne pas exiger une part du gouvernement. Ce fut leur erreur de ne se pas résoudre, après avoir favorisé son retour, à gouverner avec elle ou contre elle, et leur illusion d'espérer qu'ils pourraient conserver son appui, sans lui ouvrir l'accès du pouvoir.

L'extrême droite, enivrée de ses victoires électorales, devint plus exigeante à mesure qu'elle vit grossir ses rangs, et quand, après avoir, par ses manœuvres, dominé la droite, elle eut constaté que le ministère ne voulait pas être un instrument servile entre ses mains, elle appela à elle la gauche et le centre gauche pour en finir avec lui. En répondant à cet appel, ceux-ci étaient dans leur rôle, le duc de Richelieu n'ayant pas cessé de les traiter en ennemis. Mais les ultras, qui lui devaient leur rentrée dans la vie publique, ne pouvaient arguer d'une égale excuse. Vaincus en 1816, par la fermeté de M. Decazes, ils prenaient leur revanche et s'avançaient dans la funeste voie qui devait conduire la monarchie à sa perte. Dans l'année 18:21, l'année 1830 commence à se montrer. Déjà M. de Poligiiac a vu la victoire, et les faibles barrières qui, pendant huit ans, seront opposées à ses entreprises, ne serviront qu'à exciter l'ardeur de son parti. L'impartialité la plus rigoureuse ne permet pas un jugement moins sév-ère. Ce fut celui des contemporains les plus perspicaces. La postérité l'a ratifié.

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