‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 106 sur 177 · LIVRE (JUATKIÈME. t>8l · texte numérisé non relu

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Marseille et à Strasbourg. Partout force resta à la loi. Mais de si ii:raves événements ne purent s'accomplir sans jeter un trouble profond dans le pays, sans surexciter les partis, lis donnèrent lieu à un grand nombre de procès politiques qui vinrent démontrer que les plus grands coupables n'étaient pas les malheureux que les tribunaux avaient à juger. Les véritables organisateurs de ces complots étaient des personnages politiques, le général de la Fayette, Manuel, MM. d'Argenson, Kœchlin, Ary et Arnold SchelTer, le colonel Fabvier, Armand Carrel, alors lieutenant d'artillerie. Le général de la Fayette s'était même rendu dans l'Est pour se mettre à la tête des insurgés, qu'on n'avait soulevés qu'en leur promettant son concours et celui de M. d'Argenson, qui disparut au moment de l'action. Averti que la conspiration était découverte, le général de la Fayette n'eut que le temps de fuir pendant que quelques bommes dévoués à sa personne allaient brûler sa voiture.de l'autre côté du Rhin, pour anéantir le témoignage de sa complicité.

Soit que les preuves lissent défaut contre lui et ceux de ses complices que couvrait leur haute situation, soit qu'on n'osât les traduire devant les tribunaux, le gouvernement ne retint que les pauvres diables qui s'étaient jetés dans cette aventure, avec la certitude que leurs chefs ne les abandonneraient pas. Ils furent, pour la plupart, condamnés à mort, et au nombre de onze exécutés. Le général Berton, le colonel Caron, le capitaine Vallée, les quatre sergents de la Rochelle, montèrent sur l'cchafaud ou tombèrent sous les balles. Le médecin Caffi n'échappa au supplice qu'en s'ouvrant les veines. Encore que ces exécutions fussent légales et dictées par des nécessités de légitime défense, on doit reconnaître que la clémence eût mieux servi les intérêts du pouvoir que les terribles vengeances qu'il exerça sous l'empire des passions de l'extrême droite, dont le concours lui était nécessaire dans les Chambres, et qu'il n'osait mécontenter. Un sentiment de pitié accueillit la mort des coupables, celle surtout des quatre sergents de la

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Rochelle, ([ui avaient courai^eusement refuse de racheter leur vie au prix de dénonciations, et en qui la jeunesse n'affaiblit pas le courage.

Faisant allusion à la fermeté de ces malheureux devant l'échafaud, au lâche abandon de leurs chefs et aux rigueurs du pouvoir, M. Guizot a écrit : « De tels dévouements méritaient des chefs plus prévoyants et des ennemis plus généreux. » Il faut ajouter comme lui, en ce qui touche ces violents complots, que si, à cette époque, il y avait de justes motifs pour une opposition publique et vive contre le gouvernement, il n'y avait point de justes causes de conspiration ni de révolution.

Les événements qui viennent d'être résumés et qui se prolongèrent jusqu'au mois d'août 18:2:2, exercèrent sur la session parlementaire une funeste influence. Elle était commencée déjà, on. s'en souvient, quand le ministère Villèle avait succédé au ministère Richelieu, et quand celui-ci annon(;ait déjà une nouvelle loi sur la presse destinée à remplacer la libérale loi de 1819. M. de Villèle s'appropria le projet de son prédécesseur et le lit présenter aux Chambres, le 2 janvier, par son collègue M. de Peyronuet. Par ce projet, le gouvernement renonçait à la censure perpétuelle sur les journaux; mais il se réservait le droit de la rétablir temporairement, sauf en temps d'élections. En outre, les journaux ne pouvaient se créer qu'en vertu d'une autorisation. Enfin, mesure plus grave, les délits de presse cessaient d'être jugés par le jury et étaient réintégrés dans les attributions des cours royales.

La gauche manifesta dans ses organes, aux applaudissements de la majorité du pays, une très violente irritation. Dans la Chambre des députés, cette législation rigoureuse arracha à Royer-Collard une éloquente protestation. Il revendiqua pour son pays la liberté de la presse, et d'autres orateurs. Manuel, MM. de Kératry, Humann, Etienne, avec plus ou moins de violence, développèrent une thèse analogue

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