LIVRE QUATRIÈME
budget fut néanmoins voté le 18 avril par les députés et le ÎW par les pairs.
Les (Ihambres se séparèrent pour quelques semaines, le i"' mai. Jusqu'à ce jour, elles n'avaient tenu qu'une session par an. Mais le gouvernement jugea utile de leur demander de siéger deux fois désormais; elles devaient donc avoir ultérieurement une seconde session avant laquelle eurent lieu les élections du cinquième. Pour la première fois, l'administration intervint publiquement et sans mesure dans les opérations électorales. Une circulaire envoyée à tous les fonctionnaires de l'État réclama leur concours actif en faveur des candidats ministériels, en menaçant de destitution ceux qui n'obéiraient pas à cet ordre. Partout, la faveur gouvernementale fut accordée aux candidats de droite pure. M. de Serre lui-même, quoiqu'il fût ambassadeur de France, eut à lutter contre l'administration et échoua, victime d'une ingratitude'qui ulcéra son cœur. Le baron Louis, qui de ses anciennes fonctions avait conservé le titre et le rang de ministre d'Etat, fut destitué pour avoir soutenu un candidat que le ministère ne trouvait pas assez royaliste. Malgré tant d'efforts, la force respective des partis dans la Chambre ne fut pas sensiblement modifiée ; seul, le parti des modérés resta affaibli. L'échec de M. de Serre et la perte du duc de Richelieu, qui mourut à cinquante-cinq ans des héroïques labeurs de ses deux ministères, creusèrent dans ses rangs des vides difficiles à combler.
Au lendemain des élections, la droite imposa au ministère des nominations administratives qu'il eut la faiblesse de consentir. Entre autres, il faut citer celle de M. de Frayssinous, évêqne d'Hermopolis, — au profit duquel fut rétablie lacharge de grand maître de l'Université. Ce choix qui mettait l'instruction de la jeunesse française aux seules mains du clergé, en donnant à celui-ci une part importante dans le gouvernement, indiquait clairement à quelle influence obéissait le minislère. Il ne fut approuvé que (}ai)s la droite.
La seconde session, ouverte le 4 juin, close le IG août, commença par la vérification des pouvoirs des nouveaux élus et se termina par un violent débat sur les procès politiques, dont il suffit de signaler le caractère passionné sans s'y appesantir, les origines en ayant été exposées précédemment. Le rôle que certains députés de la gauche auraient joué dans les conspirations fut dénoncé par l'extrême droite. M. de la Bourdonnaye reprocha au gouvernement de ne les avoir pas traduits devant les tribunaux; il demanda une enquête, d'où, selon lui, leur culpabilité devait ressortir. Le général de la Fayette, mis en cause, répondit, sans rien avouer ni rien nier, que lui aussi réclamait renquéte. M. de Yillèle demanda à la Chambre de n'y pas consentir. Il redoutait pour le repos public, déjà si compromis, des révélations contre la gauche et le parti que Textréme droite ne manquerait pas d'en tirer. 11 trouvait le silence moins dangereux que le choc de tant de passions contraii'es. Conformément a son désir, la proposition d'enquête fut repoussée.
La Chambre eut à discuter dans la même session une question non moins grave, la question espagnole, qui préoccupait chaque jour plus vivement l'opinion publicjue. La guerre civile dont nous avons indiqué les causes continuait à Madrid. Deux pouvoirs étaient en présence, celui du roi, purement nominal, car Ferdinand VII en était réduit à subir des lois, celui des Cortès, qui les lui dictait. Des guérillas royalistes, encouragées secrètement par le prince, qui cherchait à secouer le joug de ses oppresseurs, tenaient la campagne dans le Nord, des guérillas révolutionnaires dans le Midi. L'Espagne était ta feu et à sang, et, tandis que l'Europe suivait avec anxiété celte lutte, la France, plus directement iiiléressée à en suivre de près les péripéties, d'abord à cause du voisinage de ce foyer d'incendie, ensuite en raison de la parenté qui existait entre les familles régnantes des deux pays, se sentait à la merci d'un incident qui l'obligerait à décider si elle devait ou non intervenir